Sous la pression de Trump et la menace iranienne, l’Ukraine resserre ses liens avec Israël
En visite à Jérusalem, le vice-Premier ministre Taras Kachka évoque un rapprochement bilatéral, malgré des tensions persistantes liées aux relations d’Israël avec la Russie
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Après des années de frustration face à la position de Jérusalem sur la guerre en Ukraine, Kiev modifie son approche et se rapproche d’Israël, perçu comme un modèle pour composer à la fois avec les pressions américaines et la quête d’une paix avec un adversaire inflexible.
En visite à Jérusalem la semaine dernière, le vice-Premier ministre Taras Kachka confiait au Times of Israel qu’il était satisfait des relations bilatérales récentes.
À peine quelques jours plus tard, le Premier ministre Benjamin Netanyahu se vantait de ses relations avec le président russe Vladimir Poutine, provoquant une brève agitation diplomatique et illustrant les défis qui persistent dans ces relations.
Kachka est le plus haut responsable ukrainien à s’être rendu en Israël depuis le début de la guerre. Il est venu à la tête d’un délégation chargée de convoquer la première réunion de la Commission économique intergouvernementale Israël-Ukraine depuis 2021.
« C’est un bon signe de la très bonne coopération entre nos gouvernements », a affrimé Kachka.
L’Ukraine cherche à élargir l’aide humanitaire israélienne aux municipalités de première ligne, ainsi qu’à la réhabilitation des soldats et des civils blessés pendant la guerre, a-t-il précisé. Les deux pays discutent également de technologies liées à l’eau et à l’alimentation, de coopération énergétique et de cybersécurité.
Une aide militaire est également en discussion entre les institutions de défense et les dirigeants politiques des deux pays, a-t-il ajouté.
« Nous recherchons un soutien accru et nous sommes prêts à apporter un soutien accru à Israël également », a déclaré Kachka.
Il a indiqué que l’Ukraine voterait également plus souvent en faveur d’Israël dans les forums internationaux, notamment aux Nations unies (ONU).
« Nous avons de plus en plus de sujets sur lesquels nous partageons une compréhension commune. Je pense qu’il y aura aussi une convergence croissante dans nos votes », a-t-il déclaré.
Bien qu’elle ait fourni une aide humanitaire à l’Ukraine, Jérusalem a adopté une réponse relativement mesurée à l’invasion russe de 2022, en raison notamment de la présence militaire significative de la Russie en Syrie, voisin hostile d’Israël au nord. Israël a ainsi cherché à trouver un équilibre entre ses intérêts sécuritaires nationaux et sa politique étrangère, tout en maintenant des relations avec Moscou comme avec Kiev.
Le renversement du régime de Bashar el-Assad, allié de la Russie, en Syrie l’an dernier, avait entraîné un léger réchauffement des relations entre Kiev et Jérusalem.
Ce rapprochement se poursuit aujourd’hui.
Kachka a souligné qu’Israël et l’Ukraine devaient agir de concert face à la menace commune à laquelle les deux pays sont confrontés : la République islamique d’Iran.
« L’Iran soutient notre ennemi et alimente l’agression », a déclaré Kachka. « C’est pourquoi il est essentiel pour nous de comprendre comment nous pouvons y faire face ensemble et coordonner nos efforts. »
L’Iran s’est ouvertement engagé à détruire Israël et soutient nombre de ses adversaires les plus virulents, notamment un axe de mandataires qui ont attaqué à plusieurs reprises l’État hébreu pendant la guerre à Gaza. Israël et l’Iran se sont livrés une confrontation directe pendant près de deux semaines en juin. Les frappes israéliennes et américaines ont contribué à retarder le programme nucléaire de la République islamique.
Téhéran a également fourni à Moscou des centaines de drones explosifs destinés aux combats en Ukraine et a contribué à lancer leur sur le territoire russe, selon les services de renseignement ukrainiens et occidentaux. Ces livraisons, que Moscou et Téhéran ont niées, ont permis des frappes de drones à longue portée contre des infrastructures ukrainiennes.
En janvier, la Russie et l’Iran ont signé un traité de « partenariat stratégique global ».
Lors d’une visite à Kiev en juillet, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar avait annoncé qu’Israël et l’Ukraine entameraient un dialogue stratégique sur la menace iranienne.
« L’Iran ne menace pas seulement Israël », a déclaré Saar. « Il menace la sécurité régionale et mondiale. Il menace l’Ukraine. Nos opérations contre ses armes et ses technologies contribuent à la sécurité de l’Europe comme à celle de l’Ukraine. »
Kachka a indiqué que la coopération bilatérale était « de la plus haute importance » pour l’Ukraine et a qualifié le soutien de l’Iran à la Russie « d’absolument inacceptable ».
Selon lui, la réunion de haut niveau devrait se tenir « dans quelques semaines » et sera présidée par les ministres des Affaires étrangères des deux pays. Des représentants militaires et d’autres agences gouvernementales y participeront également.
Malgré ces évolutions encourageantes, les relations bilatérales restent tendues, notamment en raison des relations difficiles entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
La dernière conversation entre les deux dirigeants remonte à janvier, il y a près d’un an.
« Je pense qu’il y a un intérêt à se rencontrer », a insisté Kachka. « Je ne sais pas si cela est prévu ou non, mais c’est une question qui revient constamment. Nous en parlons, comme avec tous les ministres que nous avons rencontrés. »
De son côté, Netanyahu a évoqué lundi ses contacts étroits avec le président russe Vladimir Poutine, qu’il a qualifiés de stratégiques pour Israël.
« Je m’entretiens régulièrement avec le président Poutine », a déclaré Netanyahu à la Knesset, « et cette relation personnelle de longue date sert nos intérêts vitaux ».
L’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk, a réagi aux propos du Premier ministre, qui semblaient soutenir Poutine, en déclarant dans une interview accordée à Ynet qu’il se disait « surpris par les remarques de Netanyahu, surtout au vu de ce qu’Israël a enduré le 7-Octobre. Il est important de se tenir du côté moral et juste de l’histoire ».
Suite à ces propos, Korniychuk a été convoqué mercredi au ministère des Affaires. Le ministère a indiqué dans un communiqué que l’ambassadeur avait été reçu « pour une réunion de réprimande » avec le directeur général adjoint pour l’Eurasie, Yuval Fuchs.
Fuchs « a clairement fait savoir à l’ambassadeur que ses propos étaient tout à fait inacceptables et contraires au protocole diplomatique. En outre, les déclarations de l’ambassadeur ignorent la position claire d’Israël depuis le début de la guerre en Ukraine, position illustrée, entre autres, par la visite du ministre des Affaires étrangères Gideon Saar à Kiev cette année et par les votes d’Israël aux Nations unies », poursuit le communiqué.
Les conseils d’Israël sur les plans de paix américains
La visite de Kachka intervient alors que les États-Unis sont en train d’intensifier leurs efforts pour mettre fin aux combats en Ukraine. Contrairement à son prédécesseur Joe Biden, l’actuel président américain n’est toutefois pas perçu comme un soutien inconditionnel de Kiev ni comme disposé à répondre indéfiniment à ses besoins en matière de défense.
La semaine dernière, après la fuite d’un projet de plan de paix américain qui semblait reprendre plusieurs éléments de la position russe, des envoyés de Trump ont rencontré Vladimir Poutine pendant cinq heures à Moscou. Ils ont ensuite tenu des pourparlers à Miami avec le négociateur en chef de Kiev.
Kachka a indiqué que l’Ukraine soutenait globalement les efforts de Trump pour mettre fin à la guerre, tout en se montrant prudente face à son insistance pour que Kiev cède des territoires à la Russie dans le cadre d’un règlement.
« Nous nous félicitons du fait que l’Ukraine et les États-Unis aient engagé un dialogue constructif afin de trouver la bonne approche pour tous les éléments d’une solution pacifique. Mais, le problème principal reste la Russie elle-même, car c’est elle l’agresseur et elle seule peut mettre fin à cette agression à tout moment. C’est pourquoi il est essentiel d’accroître la pression sur la Russie », a-t-il déclaré.
Il a suggéré qu’Israël pourrait apporter des éléments de réflexion sur la manière de gérer la pression américaine, et plus particulièrement celle exercée par Trump, pour faire accepter à l’Ukraine un accord qu’elle n’aurait pas accepté autrement.
« Le parallèle le plus évident est celui d’Israël et de l’histoire de ses accords avec ses voisins », a expliqué Kachka. « Étant donné qu’Israël et les États-Unis entretiennent des liens très forts et des relations étroites dans tous les domaines, le gouvernement israélien peut également donner des conseils sur ce qui pourrait fonctionner dans un tel cadre. Cela dit, les discussions se poursuivent entre la délégation ukrainienne et les États-Unis. »
La pression exercée par Trump sur Netanyahu aurait joué un rôle clé dans l’aboutissement du cessez-le-feu à Gaza en octobre, un objectif auquel le Premier ministre israélien s’était jusque-là opposé tant que le Hamas n’était pas défait. Bien que façonné par des médiateurs égyptiens, qataris et turcs, l’accord qui en a résulté est largement considéré comme répondant à de nombreuses exigences israéliennes.
Étant donné qu’Israël et les États-Unis entretiennent des liens très forts et des relations étroites dans tous les domaines, le gouvernement israélien peut également donner son avis sur ce qui pourrait être approprié dans ce type de plans
Sur la question d’une éventuelle reconnaissance de la souveraineté russe sur les territoires conquis par Moscou pendant la guerre, Kachka a été catégorique, affirmant que « jamais nous n’abandonnerons ces territoires. Cela me semble évident, et je pense que c’est un sujet essentiel pour les Israéliens. Nous n’abandonnerons aucun des territoires qui appartiennent à l’Ukraine. »
Il a toutefois laissé entendre que l’Ukraine pourrait être amenée à consentir à des concessions importantes pour parvenir à la paix, affirmant que les pays reconnaissaient « ce que pourrait être le prix d’une paix durable et juste. Nous verrons bien ».
Mais pour que la Russie accepte de mettre fin à la guerre, a-t-il insisté, il faudra exercer des pressions, et non faire des cadeaux à Poutine.
« Il faut multiplier les sanctions, augmenter les livraisons d’armes pour nous défendre, et renforcer les pressions diplomatiques », a-t-il déclaré.
« Il faut renforcer les sanctions, accroître les livraisons d’armes pour nous défendre et intensifier les pressions diplomatiques », a-t-il déclaré.
Kachka a établi un parallèle entre la menace permanente qui pèse sur les deux pays, soulignant la difficulté de parvenir à un accord de paix qui tienne compte de cette réalité.
Tout accord de paix devra reconnaître que « la Russie ne cessera pas d’être un agresseur, que ce soit par des agressions directes ou par des menaces », a-t-il déclaré.
« C’est comparable à la situation d’Israël : il peut y avoir une phase active de guerre ou des attaques sporadiques, mais l’hostilité à l’égard d’Israël ne disparaîtra pas. »
L’Ukraine, à l’instar d’Israël, a besoin de garanties de sécurité, a-t-il souligné, notamment de la capacité à maintenir « une armée forte, capable de dissuader la Russie ».
Les Ukrainiens et leurs soutiens occidentaux évoquent souvent un « modèle israélien » pour l’avenir du pays : une société armée et mobilisée, tout en développant une économie avancée fondée sur l’innovation et la technologie.
Kachka a exprimé une vision similaire pour l’avenir de l’Ukraine. « Je pense que, pendant une génération, il sera absolument nécessaire de maintenir une défense adéquate pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que la Russie change de comportement et devienne un voisin pacifique. »
Près de quatre années de guerre ont profondément affecté le pays et sa communauté juive, dont la population était estimée avant le conflit à au moins 47 000 personnes.
La communauté juive ukrainienne est néanmoins parvenue à prospérer malgré de multiples crises, notamment l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, la Révolution orange de 2005, ainsi que l’instabilité politique et financière qui en a découlé. Des dizaines de synagogues, de mikvaot, d’écoles juives et de jardins d’enfants ont ouvert au cours des trente dernières années.
Des milliers de Juifs ont fui le pays depuis le début de la guerre, beaucoup vers Israël.
Kachka s’est dit optimiste quant à l’avenir de la communauté juive en Ukraine.
« Nous avons plus de Juifs, plus de communautés juives et plus de synagogues en Ukraine que dans n’importe lequel de nos pays voisins », a-t-il déclaré.
« Nous comptons de nombreux responsables politiques d’origine juive, tout comme il existe de nombreux responsables israéliens d’origine ukrainienne. Nous avons donc beaucoup en commun, et de nombreuses communautés juives soutiennent l’armée ukrainienne. »
« La menace principale à laquelle qui nous vise tous en Ukraine, Ukrainiens, Juifs et autres communautés, ce sont les missiles russes meurtriers et les soldats russes », a-t-il conclu.
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