Sous les missiles iraniens, les hôpitaux cherchent des fonds pour financer leurs abris
Après des coupes budgétaires, les hôpitaux improvisent des espaces protégés et sollicitent des dons pour renforcer leurs infrastructures
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Alors que le personnel médical de l’hôpital Hillel-Yaffe, à Hadera, réalisait une intervention cardiaque dans l’une des trois salles d’opération protégées de l’établissement, une sirène a retenti, signalant une attaque imminente de missiles balistiques iraniens.
Le missile a été intercepté et l’intervention s’est poursuivie avec succès. Après l’opération, le patient a été transféré vers un autre bâtiment doté d’une salle de réveil sécurisée.
Mercredi, un missile iranien est tombé près de la centrale électrique de Hadera, à moins d’un kilomètre de l’hôpital. La Compagnie d’électricité d’Israël (IEC) n’a signalé aucun dommage aux infrastructures.
« Nous essayons de fournir des soins médicaux d’excellence malgré l’absence de sécurité adéquate », a déclaré le professeur Mickey Dudkiewicz, directeur général de l’hôpital, au Times of Israel, lors d’un appel vidéo avant la frappe.
Depuis le début du conflit contre la République islamique d’Iran et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par Téhéran, l’hôpital, situé à mi-chemin entre Tel Aviv et Haïfa et desservant 650 000 personnes, a été contraint d’évacuer un bâtiment entier dédié aux patients hospitalisés.
Les patients ont été transférés vers d’autres hôpitaux, ce qui, selon Dudkiewicz, « nous inquiète, car que se passerait-il si une roquette frappait l’ambulance ? »
Les services des urgences, y compris pédiatriques, fonctionnent désormais dans un sous-sol qui n’est pas adapté à la prestation de soins médicaux complets.
« Nous devons maintenir notre capacité à soigner les patients, mais des vies sont en danger », a ajouté Dudkiewicz.
La situation à Hillel-Yaffe illustre les difficultés auxquelles sont confrontés les hôpitaux à travers le pays en temps de guerre.
Faisant preuve de créativité et d’adaptation, les hôpitaux et autres établissements transforment des parkings souterrains, des zones de stockage et d’autres espaces inutilisés en abris afin de protéger patients et personnel pendant le conflit en cours contre l’Iran et le Hezbollah, une guerre qui a été déclenchée par des frappes conjointes américano-israéliennes, le 28 février.
Cependant, de plus en plus d’hôpitaux constatent qu’ils ne disposent pas des ressources nécessaires pour garantir la sécurité de leurs patients et ils se tournent vers des donateurs privés pour combler ce manque.
Les autorités israéliennes sont bien conscientes de l’ampleur du problème. Dans un rapport publié en janvier, le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a indiqué que 56 % des lits d’hospitalisation et 41 % des salles d’opération du pays ne disposaient pas d’infrastructures de protection standard.
La situation est encore plus critique dans les hôpitaux psychiatriques, où environ 75 % des lits ne sont pas protégés. Dans les hôpitaux gériatriques, environ 63 % des lits ne disposent pas non plus d’une protection standard.
Le rapport souligne également que, dans les hôpitaux situés près des frontières nord et sud, 56 % des salles de cardiologie interventionnelle et d’imagerie vasculaire ne sont pas protégées.
« Même les sites désignés comme bénéficiant du “niveau de protection le plus élevé”, où les hôpitaux fonctionnent actuellement, ne répondent en réalité pas aux normes requises », a écrit le contrôleur.
Englman a insisté sur la nécessité de renforcer les infrastructures de protection dans l’ensemble des hôpitaux afin de garantir la continuité des soins en cas de guerre prolongée et à grande échelle, une situation à laquelle Israël est actuellement confronté.
Il a également rappelé la frappe aux missiles iraniens sur l’hôpital Soroka à Beer Sheva lors de la guerre contre le régime iranien du mois de juin dernier, qui avait fait 80 blessés et détruit huit salles d’opération ainsi que six laboratoires de recherche.
« Cela doit servir de signal d’alarme pour le gouvernement », a déclaré Englman. « Il s’agit d’une menace pour la résilience nationale. »
Englman a estimé le coût d’un plan pluriannuel à environ 4,8 milliards de shekels.
Mais la semaine dernière, le gouvernement a voté une réduction de 66,6 millions de shekels du budget du ministère de la Santé, une décision qui a suscité un tollé parmi les experts de la santé.
Interrogé par le Times of Israel, un porte-parole du ministère de la Santé a indiqué que celui-ci « s’efforce d’assurer les meilleurs soins médicaux tout en maintenant la continuité des services en temps normal comme en situation d’urgence, et de protéger les hôpitaux et leurs services en fonction des besoins et des contraintes budgétaires ».
Le ministère des Finances n’a pas répondu à une demande de commentaire.
« Ce n’est toujours pas suffisant »
À Hillel-Yaffe, un bâtiment hospitalier protégé, dont l’achèvement était initialement prévu en 2023, n’en est encore qu’aux premiers stades de construction, indique Dudkiewicz, qui estime le coût des travaux restants à environ 450 millions de shekels.
Il précise que le ministère de la Santé s’est engagé à verser 100 millions de shekels pour ce projet.
« Le ministère accorde une grande importance au renforcement de l’hôpital Hillel-Yaffe compte tenu de son emplacement, de son éloignement des autres hôpitaux et de la taille de la population qu’il dessert », a déclaré un porte-parole de l’établissement.
Le ministère « comprend nos besoins et souhaite faire davantage, mais ce n’est toujours pas suffisant », a ajouté Dudkiewicz.
Après la frappe d’un missile iranien sur l’hôpital Soroka en juin, le gouvernement avait annoncé que l’établissement de Beer Sheva bénéficierait de financements publics et privés totalisant plus d’un milliard de shekels, dont une contribution de 100 millions de dollars de l’homme d’affaires israélo-canadien Sylvan Adams.
Afin d’achever la construction de nouveaux bâtiments protégés, Soroka a également organisé en novembre un gala à l’hôtel Plaza de New York afin de lever 50 millions de dollars supplémentaires.
Dudkiewicz et d’autres directeurs d’hôpitaux ont eux aussi lancé des campagnes de collecte de fonds pour répondre à leurs besoins urgents en temps de guerre.
Un porte-parole de l’hôpital Tzafon, à Tibériade, a indiqué que la campagne actuelle se concentrait sur les équipements de sauvetage, les solutions avancées de protection et d’abri, ainsi que sur le renforcement de « la résilience de nos équipes médicales ».
Il a ajouté que la construction et le développement des infrastructures progressaient « grâce à un partenariat solide entre le ministère de la Santé et le soutien philanthropique ».
À l’hôpital Shaare Zedek de Jérusalem, un porte-parole a annoncé une levée de fonds destinée à couvrir la forte hausse des dépenses liée à la crise actuelle.
« Il est évidemment plus coûteux de faire fonctionner l’hôpital en sous-sol », a-t-il expliqué.
Il a précisé que les technologies de l’information, les communications Internet et l’ensemble des systèmes de données des patients sont désormais gérés en sous-sol, « ce qui représente une dépense très importante ».
Collecte de fonds pour un service de soins intensifs fortifié
Tirant les leçons de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, durant laquelle aucune protection n’était disponible, le Rambam Health Care Campus de Haïfa a construit – entre 2010 et 2014 – un hôpital souterrain dans son parking.
« La particularité réside dans le fait que tout est déjà intégré aux murs et aux plafonds », a indiqué un porte-parole au Times of Israel. « Il suffit de retirer les voitures, de nettoyer et d’installer les lits. »
Actuellement, 900 personnes se trouvent en sous-sol et 200 autres dans des services protégés en surface.
« Nous disposons de 22 salles d’opération protégées, ce qui nous permet de fonctionner à 80 % de notre capacité normale », a indiqué le porte-parole.
L’hôpital a toutefois également fait appel à des donateurs pour financer l’achat d’équipements destinés à son hôpital d’urgence souterrain fortifié et à son unité de soins intensifs protégée.
« Les hôpitaux ne sont pas conçus pour fonctionner en sous-sol », a déclaré au téléphone au Times of Israel le Dr Yuval Dadon, directeur général adjoint de l’hôpital Wolfson. « Nous savons que lorsque le personnel et les patients restent trop longtemps sous terre, cela nuit à leur santé. »
Dadon a indiqué que, depuis le début du conflit, Wolfson s’efforce de « transformer des espaces de stockage en installations pleinement équipées et opérationnelles ».
« Personne ne s’attendait à être confronté à des bombardements d’une telle intensité et sur une durée aussi longue », a-t-il ajouté. « À ce stade, nous faisons preuve d’une grande créativité pour trouver des solutions et poursuivre notre mission, tout en assurant une prise en charge de qualité à tous nos patients. C’est un véritable changement de perspective. »
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