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Syrie: les États-Unis et la France appellent au calme, Erdogan vitupère contre Israël

Washington dément avoir soutenu les frappes israéliennes en Syrie ; Paris appelle au respect du cessez-le-feu et Ankara accuse Israël de saboter les efforts de désescalade

À la recherche de zones plus sûres face aux affrontements en cours, des résidents bédouins quittent la région à bord de camions chargés de leurs biens, près du village druze d’al-Mazraa, gouvernorat de Soueïda, sud de la Syrie, le 17 juillet 2025 (Crédit : Bakr Alkasem / AFP)
À la recherche de zones plus sûres face aux affrontements en cours, des résidents bédouins quittent la région à bord de camions chargés de leurs biens, près du village druze d’al-Mazraa, gouvernorat de Soueïda, sud de la Syrie, le 17 juillet 2025 (Crédit : Bakr Alkasem / AFP)

Les États-Unis ont affirmé jeudi n’avoir pas apporté leur soutien aux frappes israéliennes en Syrie où la désescalade « semble continuer », après des affrontements meurtriers dans le sud du pays et des bombardements d’Israël.

« Je peux vous dire qu’en ce qui concerne l’intervention et l’activité d’Israël, les États-Unis n’ont pas soutenu les récentes frappes israéliennes », a déclaré à la presse la porte-parole du département d’État Tammy Bruce.

Elle a cependant refusé de dire si Washington a exprimé son désaccord auprès d’Israël ou si les États-Unis s’opposaient à d’autres bombardements israéliens en Syrie. Un raid a été mené jeudi près de Soueïda, province du sud de la Syrie, selon l’agence officielle syrienne Sana.

Israël avait notamment bombardé mercredi plusieurs cibles au cœur de Damas, dont le QG de l’armée, faisant trois morts selon les autorités.

Jeudi, le président intérimaire syrien Ahmad al-Sharaa, disant vouloir éviter une « guerre ouverte » avec Israël, a retiré ses troupes de la ville à majorité druze de Soueïda, le tout, quelques heures après l’annonce par Washington de la conclusion d’un accord pour rétablir le calme dans le pays.

« Dès que les États-Unis se sont impliqués dans le conflit, nous avons été capables d’entraîner une désescalade » et « cela semble continuer », s’est par ailleurs félicitée jeudi la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt.

Les autorités syriennes « ont accepté de retirer leurs troupes qui étaient dans la région où les affrontements étaient en cours », a-t-elle précisé, ajoutant que Washington continuait « d’observer de manière très active la situation ».

Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré jeudi qu’il appelait au respect du cessez-le-feu à Soueïda, à l’ouverture d’une enquête sur les exactions commises contre les minorités ainsi qu’à la fin des actions unilatérales d’Israël.

Le ministre Jean-Noël Barrot s’est entretenu ces derniers jours avec ses homologues syrien et israélien sur la situation, a précisé le Quai d’Orsay dans un communiqué.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a, lui, accusé jeudi Israël « d’utiliser les Druzes comme prétexte à son action illégale » en Syrie et de « saboter » l’accord de cessez-le-feu.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) et le dirigeant intérimaire syrien Ahmed al-Sharaa (à gauche) se serrent la main lors de leur rencontre à Istanbul, en Turquie, le 24 mai 2025. (Crédit : SERVICE DE PRESSE DE LA PRESIDENCE TURQUE / AFP)

« Israël, utilisant les Druzes comme prétexte, étend son action illégale à la Syrie voisine depuis deux jours », a accusé le chef de l’État turc, estimant que « le principal problème de la région est l’agression israélienne ».

« Si ce monstre n’est pas arrêté immédiatement, il n’hésitera pas à incendier notre région, puis le monde entier », a-t-il poursuivi, qualifiant Israël « d’État terroriste sans loi, sans discipline, sans principes ».

Erdogan s’est entretenu jeudi par téléphone avec le président syrien par intérim Ahmed al-Sharaa, qu’il a appelé « mon cher frère », après que ce dernier a accepté de retirer ses troupes de la région de Soueïda.

De violents affrontements ont fait plus de 500 morts dans cette zone, dont les troupes gouvernementales et les groupes qui leur sont alliés ont été jugés responsables.

« Nous avons discuté avec al-Sharaa de la situation sur le terrain et de ce que nous pouvons faire pour arrêter l’effusion de sang … Nous voyons que le cessez-le-feu, obtenu hier grâce aux contributions de la Turquie, est saboté par les massacres perpétrés par des militants armés provoqués par Israël », a-t-il dénoncé.

« Nous n’avons pas consenti à la désintégration de la Syrie hier, et nous n’y consentirons ni aujourd’hui ni demain », a prévenu Erdogan qui soutient depuis le début les autorités de transition syriennes.

La Turquie a soutenu le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dirigé par l’actuel président syrien, connu autrefois sous le nom de guerre d’Abou Mohammed al-Jolani, bien avant que ce groupe ne renverse le régime de Bachar el-Assad en décembre et ne prenne le contrôle du pays.

Tsahal : « Nous n’étions pas préparés à voir des Druzes israéliens franchir la frontière en courant »

Lors d’une conférence de presse jeudi soir, le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defri, a reconnu que Tsahal n’était pas préparé à gérer le chaos survenu à la frontière syrienne ces derniers jours, dans le contexte du conflit à Soueïda.

Environ 1 000 Druzes ont franchi la frontière d’Israël vers la Syrie, tandis que des dizaines de Druzes syriens sont entrés en Israël pendant les combats. Cette situation a poussé plusieurs députés druzes israéliens à se rendre eux-mêmes en Syrie pour appeler leurs concitoyens à revenir.

Defri a admis que « Tsahal n’était pas préparée à faire face à des milliers de citoyens israéliens atteignant la frontière et tentant de la franchir », ajoutant que « des leçons seraient tirées ».

Des Druzes israéliens manifestent près de la barrière frontalière avec la Syrie, en solidarité avec leurs proches Syriens, le 16 juillet 2025. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Jeudi matin, la police a déclaré avoir arrêté deux Druzes israéliens à la frontière syrienne alors qu’ils tentaient de rentrer en Israël avec un fusil d’assaut Kalachnikov.

La police a annoncé avoir colmaté les brèches ouvertes le long de la frontière israélo-syrienne et coopère actuellement avec les dirigeants druzes locaux pour faciliter le retour des Israéliens ayant franchi la frontière vers la Syrie – et inversement.

« Les agents du district nord, aux côtés des forces de la Police des frontières et d’autres unités, opèrent depuis hier en coordination avec Tsahal, en réponse aux récents événements sur le plateau du Golan », a indiqué un porte-parole de la police.

Deux jeunes hommes ont été placés en garde à vue pour être interrogés ; un fusil et un chargeur ont été saisis. La police a précisé qu’elle demanderait la prolongation de leur détention provisoire devant le tribunal.

Sharaa, dont le gouvernement intérimaire entretient des relations difficiles avec les minorités ethniques et religieuses depuis qu’il a renversé le dirigeant vétéran Bashar al-Assad en décembre, s’est également engagé à protéger les Druzes.

Des femmes kurdes syriennes portent des pancartes lors d’une marche de soutien au peuple de Soueïda, dans la ville orientale de Qamishli, le 17 juillet 2025. (Crédit : Delil SOULEIMAN/AFP)

Ces violences ont ravivé le souvenir des massacres sur la côte syrienne en mars, où plus de 1 700 civils, majoritairement alaouites, ont été tués.

Les forces gouvernementales ont également affronté des combattants druzes dans la province de Sweida et près de Damas en avril et mai, faisant plus de 100 morts.

Israël, qui compte environ 150 000 Druzes, dont beaucoup servent dans l’armée israélienne, a réaffirmé à plusieurs reprises son intention de défendre la communauté druze de Syrie.

L’armée, qui a pris le contrôle de la zone démilitarisée surveillée par l’ONU sur le plateau du Golan et mené des centaines de frappes contre des cibles militaires en Syrie, affirme également qu’elle ne tolérera aucune présence militaire syrienne dans le sud.

Bien qu’il ait pris l’initiative d’une première rencontre en face-à-face en Azerbaïdjan au début du mois, Israël reste extrêmement méfiant à l’égard des nouveaux dirigeants syriens, notamment Sharaa, dont le mouvement Hayat Tahrir al-Sham était autrefois lié à Al-Qaïda.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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