« Tout ça à cause de Ben Gvir » : l’ex-otage Segev Kalfon évoque les tortures subies à Gaza, par vengeance
Otage du Hamas durant 2 ans, il revient sur les coups, la faim, la torture psychologique ; D'autres, comme lui, font un lien entre les mauvais traitements et les agissements du ministre d'extrême droite
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Selon l’ex-otage Segev Kalfon, enlevé au festival Nova le 7-octobre, ses ravisseurs du Hamas disaient davantage le frapper, lui et les autres otages, lorsqu’Itamar Ben Gvir, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, membre d’un parti d’extrême droite, tenait des propos provocateurs, alors même que sa vie quotidienne était déjà faite de brutalités, de violences et de faim.
Dans une interview diffusée samedi sur la chaîne N12, suite à sa libération à la faveur du cessez-le-feu d’octobre dernier, Kalfon a déclaré : « A chaque fois que Ben Gvir disait ou faisait quelque chose, ils s’en prenaient à nous. »
Dans une autre interview diffusée samedi sur Ynet, Kalfon a raconté qu’aux environs du 270e jour de la guerre, les mauvais traitements s’étaient considérablement aggravés. « Les terroristes qui, chaque jour, venaient nous frapper ont redoublé de violence », a-t-il expliqué. « Tout ça à cause de Ben Gvir », lui ont-ils dit.
Selon l’interview de la chaîne N12, les conditions de vie se sont aggravées lorsque Kalfon – ainsi que ses compagnons d’infortune Yosef-Haim Ohana et Maxim Herkin, séquestrés ensemble – ont été transférés d’une maison privée à un tunnel. C’est là qu’ils ont retrouvé les otages Bar Kuperstein, Ohad Ben Ami et Elkana Bohbot.
« C’est là que les mauvais traitements ont commencé – j’appellerais même cela de la torture », confie Segev. « Ils nous frappaient de toute leur force, ils mettaient des bagues à leurs doigts pour laisser des traces. J’ai abondamment saigné du cou et du dos. »
Il a ajouté que les ravisseurs les avaient également délibérément affamés, avant même les passages à tabac.
« Ils nous ont affamés », a indiqué Kalfon. « Je voyais ce qu’ils mangeaient : un bol de fromage, un bol de fèves, un paquet de saj – le saj est comme un pita mince. Et ils mangeaient beaucoup. Nous, nous avions un saj. La faim ravage le corps. Le matin, on nous apportait une tomate – c’était le petit-déjeuner. Elle était coupée en quatre ; il [le ravisseur] en mangeait un morceau et nous laissait les trois autres. »
Halfon est par ailleurs revenu sur un effroyable incident également rapporté par l’ex-otage Ben Ami.
« Un jour, j’ai vu un nouveau gars, très en colère », se souvient Kalfon. « Il avait allumé Al Jazeera et il a dit : ‘Vous voyez ça ? Votre armée a tué trois de nos civils. Nous, au Hamas, nous avons décidé de tuer trois otages. Choisissez qui va être exécuté’. »
Kalfon a déclaré que le garde du Hamas avait alors chargé son arme avant de la pointer sur eux.
« Nous étions terrifiés, pétrifiés, nous ne savions pas quoi faire », a déclaré Kalfon. « Je voyais la balle sur le point d’être tirée. C’est alors qu’il a dit : ‘D’accord, vous ne voulez pas choisir maintenant’. Ils nous ont assis face à face, trois contre trois, pour que nous nous regardions dans les yeux et réalisions que trois d’entre nous n’y survivraient pas. Nous étions arrivés ici à six et seuls trois d’entre nous allaient s’en sortir vivants. »
Kalfon a rappelé que le terroriste avait passé des heures à les tourmenter, déplaçant à plusieurs reprises les hommes qu’il avait marqués comme blessés et ceux marqués pour l’exécution – un exercice cruel qui les avait terrifiés.
Il a déclaré à la chaîne N12 que passé un certain cap, cett épreuve avait renforcé sa détermination contre le Hamas.
« Je me suis dit que pour mettre fin au Hamas, je devais me sacrifier pour le pays », a déclaré Kalfon. « Je voulais que la guerre continue, pour les exterminer. Même si cela devait me coûter la vie. Ce mal devait être détruit, fût-ce au prix de ma vie. »
Mais au fil du temps et avec l’espoir des négociations, son état d’esprit a changé.
« Puis il y a eu une autre période – celle des pourparlers, avec soudain un semblant de lumière au bout du tunnel, un mince espoir – et j’ai changé de façon de penser », a-t-il poursuivi. « Alors on se dit, non, je veux rentrer chez moi. On m’attend. J’ai une famille. »
Le témoignage de Kalfon est le dernier en date émanant d’un ex-otage faisant état de coups, de tortures et d’une faim ingligés suite aux déclarations publiques de Ben Gvir, qui s’est à plusieurs reprises vanté de l’aggravation des conditions de détention des prisonniers palestiniens.
Quelques jours plus tôt, Herkin avait déclaré pour l’émission d’investigation « Uvda », sur la chaîne N12, que ses ravisseurs du Hamas l’avaient battu et avaient écrit sur son dos « Oœil pour œil, dent pour dent » en guise de message à Ben Gvir.
Herkin a déclaré que la photo de ce message avait été envoyée à Israël et que « C’était un message pour quelqu’un en particulier, qui l’avait effectivement reçu. »
Ses ravisseurs, se souvient Herkin, avaient alors dit, en arabe, « Ashan Ben Gvir ».
« Ce qui signifie à cause de Ben Gvir. Tout était à cause de Ben Gvir », a expliqué Herkin en ajoutant « Tout ce que Ben Gvir faisait, ils nous le faisaient payer. Ils se vengeaient sur nous. »
Par ailleurs, Kuperstein a déclaré dans une interview diffusée par la chaîne publique Kan qu’il avait été battu si violemment qu’il n’avait pas pu marcher pendant un mois et que ces mauvais traitements étaient une façon de venger – « Oeil pour œil » – le traitement réservé par Ben Gvir aux prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.
« Comment les avez-vous laissés nous maltraiter ? » a demandé Kuperstein lors de l’interview. « Vous êtes ministre… Vous êtes supposé prendre soin de nous. Pourquoi n’avez-vous pas pris soin de nous ? »
Plus que jamais opposé au cessez-le-feu et aux accords de libération d’otages, Ben Gvir reproche aux médias israéliens d’avoir « servi la version du Hamas », ce qui a, selon lui, aidé l’organisation terroriste.
Once again, Israel’s far-right National Security Minister Ben Gvir speaks about the Palestinian abductees and openly incites against them while they stand bound before him, saying: “Do you see them? This is how they are now — but one thing remains to be done, and that is to… pic.twitter.com/k9ylK5Fkvk
— غزة 24 | التغطية مستمرة (@Gaza24Live) October 31, 2025
Ben Gvir a réagi à l’interview de Herkin, la semaine passée, en balayant d’un revers de main des propos qualifiés par lui « de campagne au service du Hamas destinée à améliorer les conditions de détention des terroristes ».
Vendredi dernier, le ministre d’extrême droite a publié une vidéo de lui, debout, en surplomb de prisonniers palestiniens allongés face contre terre, les mains liées, en train de demander la « peine de mort pour les terroristes ».
« Ces gars-là, c’est la Nukhba [force d’élite du Hamas], ceux qui sont venus pour tuer des enfants, des femmes, nos bébés. Regardez-les aujourd’hui », a déclaré Ben Gvir dans la vidéo, tournée devant un drapeau israélien et diffusée sur sa chaîne Telegram personnelle. Il a poursuivi en se vantant, en commentaire, des difficiles conditions de détention imposées aux prisonniers palestiniens.
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