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« Trop dangereux d’aller à l’hôpital » : un témoin raconte la répression en Iran

Depuis Istanbul, un manifestant explique que la police attend à l’hôpital pour arrêter et interroger toute personne blessée

Cette photographie, prise lors d'une visite organisée pour les médias étrangers, montre un vidéaste filmant les dégâts causés à la mosquée Al-Aqsa lors des récentes manifestations publiques à Téhéran, le 21 janvier 2026. (Crédit : Atta Kenare/AFP)
Cette photographie, prise lors d'une visite organisée pour les médias étrangers, montre un vidéaste filmant les dégâts causés à la mosquée Al-Aqsa lors des récentes manifestations publiques à Téhéran, le 21 janvier 2026. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Des jeunes ont été abattus dans le dos, des plombs ont été tirés dans le visage d’un médecin et des blessés craignent de se rendre à l’hôpital.

« Chaque famille a été touchée », confie à l’AFP un manifestant iranien de passage à Istanbul.

Cet ingénieur de 45 ans, qui se présente sous le nom d’emprunt de Farhad, s’est retrouvé au cœur des manifestations qui ont secoué sa ville d’un million d’habitants, non loin de Téhéran, et qu’il préfère ne pas nommer.

L’Iran étant coupé du monde faute d’Internet, après des semaines d’actions de protestation massive réprimées dans le sang, les témoignages de première main sont essentiels pour comprendre ce qui s’est joué dans ce pays de plus de 92 millions d’habitants.

La colère a d’abord éclaté contre la crise économique fin décembre pour déboucher sur les plus grands mouvements anti-régime depuis la Révolution islamique de 1979.

« Le premier jour, il y avait tellement de monde dans les rues que les forces de sécurité sont simplement restées à distance » se souvient Farhad.

Des personnes brûlant des drapeaux américains et d’Israël lors d’un rassemblement en soutien au gouvernement iranien, à Istanbul, en Turquie, le 18 janvier 2026. (Crédit : Emrah Gurel/AP)

« Mais le deuxième jour, elles ont compris que si elles n’ouvraient pas le feu, les gens ne se disperseraient pas. »

« Atteint en plein visage

À mesure que les manifestations prenaient de l’ampleur, la répression s’est accentuée, puis, le 8 janvier, les communications ont été coupées.

Cet employé discret de l’industrie pétrolière iranienne raconte qu’il se trouvait dans sa voiture avec sa sœur la nuit où les tirs ont commencé.

« Nous avons vu une vingtaine de militaires jaillir de leurs véhicules et ouvrir le feu sur des jeunes à une centaine de mètres. J’ai vu les gens courir mais ils leur tiraient dans le dos », dit-il, précisant qu’ils utilisaient aussi des fusils de chasse.

« Sous mes yeux, l’un de nos amis, un médecin, a été atteint au visage par les plombs d’un fusil de chasse », poursuit Farhad, qui ignore ce qu’il est devenu.

Les ONG Amnesty International et Human Rights Watch ont accusé les forces de sécurité d’avoir utilisé des balles métalliques pour viser la tête et la poitrine des manifestants.

« J’ai vu deux personnes qu’on emportait, très grièvement blessées, peut-être mortes. »

Cette image extraite de vidéos prises entre le 9 et le 11 janvier 2026 et diffusées sur les réseaux sociaux d’une morgue où se trouvent des dizaines de corps et de personnes en deuil après la répression dans la banlieue de la capitale iranienne, à Kahrizak, dans la province de Téhéran. (Crédit : UGC via AP)

Beaucoup d’autres ont été touchés « dans leur voiture, parce que les balles fusaient de partout ».

« Interrogés à l’hôpital » 

Les blessés étaient souvent trop effrayés pour se rendre à l’hôpital, assure Farhad, « parce que les autorités et la police s’y trouvaient ».

« Tout blessé par balle ou ayant reçu des plombs était arrêté et interrogé. »

Des gens passant devant un bâtiment incendié et détruit lors de manifestations anti-régime, à Téhéran, en Ira, le 19 janvier 2026. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

« Des médecins se rendaient au domicile des victimes pour leur prodiguer des soins », affirme-t-il.

Il a lui-même été frappé à coups de matraque par deux personnes à moto et a cru avoir le bras cassé. Mais il n’est pas allé à l’hôpital, car c’était « trop dangereux ».

Malgré les risques, la solidarité a joué, enchaîne-t-il.

Beaucoup de gens « ont ouvert leur maison pour laisser entrer les manifestants et leur apporter les premiers soins », comme sa sœur et son amie qui ont accueilli « une cinquantaine de garçons et leur ont offert du thé et des gâteaux ».

Farhad précise qu’il y avait beaucoup de très jeunes gens dans les rues et « beaucoup de femmes et de filles ». Il a vu des enfants de « six ou sept ans » scander des slogans hostiles au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Les forces de sécurité procédaient à des contrôles ponctuels, ciblant quiconque présentait des blessures liées aux manifestations, épluchant les vidéos sur les téléphones portables, poursuit-il.

« C’était très dangereux parce qu’ils vérifiaient alors les téléphones au hasard. S’ils voyaient quoi que ce soit de lié à cette révolution, vous étiez fichu. Ils obligeaient aussi les gens à relever leur chemise pour rechercher des traces de blessures par balle. »

Des femmes traversant une rue sous une immense banderole représentant des mains tenant fermement des drapeaux iraniens en signe de patriotisme, tandis que l’une d’entre elles fait le signe de la victoire, à Téhéran, en Iran, le 14 janvier 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

« S’ils en trouvaient, ils emmenaient immédiatement la personne pour l’interroger. »

Malgré tout cela, les gens étaient encore prêts à manifester, affirme-t-il, « parce qu’ils sont tellement en colère ».

Farhad a décidé de parler à l’AFP juste avant de repartir en Iran – « parce que j’ai un travail qui m’attend » — et a insisté sur le fait qu’il n’avait « absolument pas peur » de rentrer.

Il reste convaincu que le président américain, Donald Trump, tiendra finalement sa promesse d’intervenir, faisant valoir de récentes informations sur l’arrivée de navires de guerre américains dans la région.

« Le système ne peut pas survivre. En Iran, tout le monde est écrasé par cette dictature. Nous en avons assez d’eux, des actuels dirigeants », assure-t-il.

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