Trump : il est « obligatoire » que les pays arabes impliqués dans l’accord avec l’Iran adhèrent aux accords d’Abraham
Le président américain presse le Pakistan, l'Arabie saoudite et le Qatar d'établir des relations officielles avec Israël ; Ryad ne normalisera ses relations avec Israël que si une "feuille de route irréversible" vers la création d'un État palestinien est mise en place
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Lundi, le président américain Donald Trump a pressé six pays à majorité musulmane d’adhérer aux accords d’Abraham, instrument de normalisation des relations avec Israël, préalablement à tout accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre – des négociations qui, selon lui, « avancent bien ».
C’est la deuxième fois en l’espace de deux jours que Trump conditionne le possible futur accord avec l’Iran aux accords d’Abraham, conclus en septembre 2020 entre les Émirats arabes unis et Bahreïn, rejoints quelques mois plus tard par le Maroc et le Soudan.
« Les négociations avec la République islamique d’Iran avancent bien ! Ce sera soit un Grand Accord pour tous, soit pas d’Accord du tout », a annoncé Trump, ce lundi, sur Truth Social, réaffirmant une fois de plus que si faute d’accord, il y aurait un « retour au front et aux tirs, mais bien plus intensément et fortement que jamais ».
Il a déclaré que lors de pourparlers avec les dirigeants d’États musulmans et arabes, il leur avait dit qu’« après tout le travail accompli par les États-Unis pour tenter d’assembler ce puzzle très complexe, ces pays devraient a minima signer simultanément les accords d’Abraham ». Il a précisé que cela s’appliquait selon lui tout particulièrement à l’Arabie saoudite, au Qatar, au Pakistan, à la Turquie, à l’Égypte et enfin à la Jordanie. Il a ajouté qu’il avait évoqué cette possibilité avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.
La raison pour laquelle l’Égypte et la Jordanie seraient tenues de signer les accords d’Abraham n’est pas claire, étant donné que ces deux pays entretiennent des relations avec Israël, respectivement depuis 1978 et 1994. La Turquie et Israël entretiennent des relations tumultueuses depuis la fondation de l’État d’Israël ou presque, avec de longues périodes de relations amicales mais aussi une profonde dégradation ces dix dernières années.
La demande faite par Trump aux États musulmans et arabes de rejoindre les accords d’Abraham a été rapportée pour la première fois par Axios, ce dimanche.
Le président américain n’a pas mentionné Israël dans son long message, et il n’a pas été immédiatement possible de savoir s’il envisageait une adhésion en bonne et dûe forme aux accords d’Abraham — négociés du temps de son premier mandat — ou s’il envisageait la création d’un cadre politique ad hoc autour d’objectifs plus larges.
Il a déclaré que l’élargissement des accords « devrait commencer par la signature immédiate de l’Arabie saoudite et du Qatar, et que tous les autres devraient suivre le mouvement ».
Si les pays ne signent pas, a-t-il dit, ils ne devraient être impliqués dans aucun accord avec l’Iran, car « cela dénote de mauvaises intentions ».
« Il est possible qu’un ou deux pays aient une raison de ne pas le faire, et cela sera accepté, mais la plupart devraient y être prêts, pour faire de cet accord avec l’Iran un événement bien plus historique qu’il ne le serait autrement », a-t-il ajouté.
Parmi les pays mentionnés par Trump, l’Arabie saoudite est le candidat le plus probable à l’adhésion aux accords d’Abraham, du fait des années d’efforts diplomatiques de la part de Trump et de son prédécesseur, Joe Biden. Ryad a toutefois répété à maintes reprises qu’elle ne rejoindrait pas les accords tant qu’Israël ne s’engagerait pas sur la voie d’un État palestinien, une idée que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu se refuse a catégoriquement à envisager, surtout après le 7-Octobre.
Tout comme l’Arabie saoudite, le Pakistan a déclaré qu’il ne reconnaîtrait pas Israël avant l’établissement d’un État palestinien indépendant. Le Qatar n’entretient pas non plus de relations officielles avec Israël, bien que Doha soit un allié clé des États-Unis et ait été un médiateur essentiel lors des négociations entre Israël et le Hamas, tout au long des deux années de guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Axios, citant un responsable américain, a déclaré que les autorités des pays avec lesquelles Trump s’était entretenu avaient réagi par le silence à sa demande de normalisation.
« Il y a eu un silence dans la conversation et Trump en a plaisanté en demandant s’ils étaient toujours là », a déclaré l’un des responsables mentionnés.
Sans se démonter, semble-t-il, le président américain aurait affirmé par la suite sur Truth Social que « de nombreux » dirigeants avec lesquels il s’était entretenu « seraient honorés », dès qu’un accord avec Téhéran sera signé, « de voir la République islamique d’Iran faire partie des accords d’Abraham ».
Dimanche, Trump a suggéré que l’Iran, qui souhaite la destruction d’Israël, rejoigne « peut-être » les accords après la conclusion d’un accord.
« Les accords d’Abraham se sont avérés être, pour les pays impliqués (les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc, le Soudan et le Kazakhstan), un BOOM financier, économique et social, même en cette période de conflit et de guerre, les membres actuels n’ayant jamais suggéré de partir, ni même de faire la moindre pause », a-t-il poursuivi.
Suggérant qu’il envisageait effectivement un cadre des accords d’Abraham considérablement élargi, et non le simple établissement de relations diplomatiques officielles entre Israël et ses voisins, Trump a déclaré que « rien dans le passé, ni dans l’avenir, ne le surpassera ».
« Par conséquent, je demande que tous les pays signent immédiatement et obligatoirement les accords d’Abraham. Si l’Iran conclut un accord avec moi, en ma qualité de président des États-Unis d’Amérique, ce serait un honneur de les voir également faire partie de cette coalition mondiale sans précédent », a écrit le président.
Une telle coalition, a-t-il ajouté, permettrait au Moyen-Orient d’être « uni, puissant et économiquement fort, peut-être comme aucune autre région, nulle part ailleurs ! »
Il a en outre précisé qu’il avait demandé à ses représentants — probablement Steve Witkoff et Jared Kushner — de « commencer immédiatement et de mener à bien le processus de signature de ces pays dans les accords déjà historiques d’Abraham ».
Le message de Trump est sans doute le signe qu’il tente d’offrir à Israël une contrepartie positive au projet d’accord visant à mettre fin à la guerre avec l’Iran, dont les conditions, telles que rapportées pour l’heure, ont déclenché des tirs de signal d’alarme à Jérusalem.
Dimanche, la chaîne israélienne N12 a rapporté que de hauts responsables israéliens avaient dit « Apparemment, [l’accord] ne sert pas les intérêts d’Israël ». D’autres responsables ont été cités qualifiant cet accord de mauvais et extrêmement problématique pour Israël.
Les autorités israéliennes craignent que l’accord, qui pourrait, selon les informations disponibles, entrer en vigueur par une prorogation de 60 jours du cessez-le-feu, laisse de côté les programmes nucléaires et balistiques de Téhéran, ainsi que son soutien à ses mandataires régionaux, ce qui aurait pour effet de retarder les négociations sur ces points et sur d’autres objectifs clés de la guerre.
Selon les informations de N12, les autorités craignent que l’accord donne à l’Iran le temps de se reconstituer, économiquement et militairement parlant, après quoi « il sera difficile pour les Américains et pour nous de reprendre le combat ».
L’Arabie saoudite ne normalisera ses relations avec Israël que si une « feuille de route irréversible » vers la création d’un État palestinien est mise en place, a ensuite confié une source saoudienne à la presse internationale.
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