« Tu es tellement avec moi, Rani, je suis Talik Gvili, une mère fière, très fière »
Isaac Herzog a déclaré que la nation pouvait désormais "commencer lentement" à panser ses plaies ; Benjamin Netanyahu s'est engagé à démanteler le Hamas et à honorer l'héritage de Ran Gvili
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Suite aux recherches menées dans un cimetière de l’est de Gaza-City, l’armée israélienne a annoncé, lundi après-midi, que le corps du sous-officier de l’unité d’élite de la police Yassam, Ran Gvili, avait été localisé et identifié sur place par des experts médico-légaux.
Avant son enterrement dans sa ville natale de Meitar, prévu peu après midi ce mercredi, une cérémonie en son honneur a été organisée à la base militaire de Shura, dans le centre d’Israël.
Le cortège funèbre a quitté la base à 10 h 30.
La famille Gvili avait invité tous ceux qui le souhaitaient à se poster le long du parcours du cortège funèbre, drapeaux d’Israël à la main, pour lui rendre hommage.
Une foule brandissant des drapeaux d’Israël attendait devant la base militaire de Shura, tandis que le cortège funèbre de Ran Gvili, se mettait en route vers Meitar, près de Beer Sheva.
Le convoi était mené par l’unité nationale de motards de la division de la circulation de la police israélienne.
Des dizaines de policiers, alignés en rangs serrés de part et d’autre de la route, ont salué le passage du cortège.
Itzik et Talik Gvili, vêtus de tee-shirts noirs à l’effigie de leur fils, ont accompagné le convoi et se sont arrêtés régulièrement le long du parcours pour prendre les policiers dans leurs bras et les saluer.
Des sympathisants et des voisins ont accompagné le fourgon qui se dirigeait vers la cour de l’école de Meitar, ornée de drapeaux d’Israël et de la police israélienne.
Une grande banderole à l’avant du site montrait Ran en uniforme avec l’inscription : « Le premier à partir et le dernier à revenir ».
Sous un ciel gris, des centaines de personnes se sont rassemblées dans l’enceinte d’un stade à Meitar pour assister aux funérailles de Ran Gvili. Certains portaient encore le ruban jaune, symbole des otages.
Talik a laissé échapper un profond soupir avant de commencer à rendre hommage à son fils.
« Je suis la fière mère de Ran Gvili, le dernier à être revenu. »
Talik a remercié tous les dirigeants gouvernementaux présents, ainsi que les membres du Forum des familles des otages et disparus et du Forum Tikvah, connu pour ses positions nationalistes, sans oublier sa famille, notamment ses propres parents, et les habitants de Meitar.
Talik imagine son fils au paradis, entouré de tous les héros tombés au combat. Elle l’imagine avec un verre d’arak à la main, invitant les autres à venir écouter son éloge funèbre.
« Ça va être cool », s’est-elle imaginé son fils dire.
Talik a raconté avoir vu un arc-en-ciel alors qu’elle se rendait avec son époux à la première réunion des familles des otages en octobre 2023.
Elle a déclaré qu’ils avaient roulé dans l’arc-en-ciel et qu’elle avait senti que c’était un signe de son fils.
« Mon fils bien-aimé, l’espoir que tu reviennes sur tes deux jambes ou même sur une seule nous a donné la force de traverser cette épreuve sans toi. »
« Je t’imaginais me regardant et me disant : ‘Ne pleure pas, tu es fière, tu es fière’ », a-t-elle poursuivi.
« Chaque fois que je pleure, je sens que tu me regardes et me dis : ‘Ma fière maman’. »
Elle a raconté à l’assistance comment son fils, policier, était revenu un jour après avoir géré un mouvement de protestation et lui avait dit que les manifestants lui avaient craché dessus.
« Quoi, ils ne comprennent pas que nous sommes du même côté ? », avait demandé Ran à sa mère.
« J’ai senti qu’il était de mon devoir de montrer à tout le monde que nous formons une seule nation, que nous sommes tous du même côté », a déclaré Talik.
« Je te promets que grâce à toi, nous nous sommes tous souvenus que, malgré nos désaccords, nous formons une seule et même nation. »
« 700 soldats t’ont cherché et t’ont trouvé, 700 soldats t’ont trouvé et t’ont ramené », a-t-elle souligné.
Elle s’est ensuite adressée aux ennemis d’Israël.
« Vous, nos ennemis, vous avez essayé de nous faire peur. Regardez ce qu’il vous reste et vous verrez ce qu’il vous restera », a déclaré Talik.
« Rani et les autres héros nous donnent la force. »
« Tu es tellement avec moi, Rani, je suis Talik Gvili, une mère fière, très fière. »
Dans son éloge funèbre, le président Isaac Herzog a déclaré qu’Israël pouvait « lentement commencer » à panser ses plaies en tant que nation après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
« Ran, le héros et l’être cher, ‘le dernier otage’, repose enfin en paix, dans la terre de son pays natal », a poursuivi Herzog, ajoutant à l’intention de la famille Gvili : « Une nation entière vous a accompagnés, vous et toutes les familles des otages, pendant des centaines et des centaines de jours. »
« Le retour de Ran est également un moment important pour toute une nation. »
« Dans la sainteté de ce moment, les fragments brisés de nos cœurs peuvent lentement commencer à se rassembler pour guérir et se réparer, ce dont nous avons désespérément besoin en tant que peuple. »
« Aujourd’hui, toute une nation vous regarde… et sait que grâce à votre parcours et à celui de Ran, nous devons nous relever de cette terrible douleur », a déclaré Herzog à la famille Gvili, ajoutant que la nation devait désormais « passer à la prochaine étape de notre existence en tant que peuple ».
« Nous devons nous relever forts, confiants dans notre voie ; nous relever main dans la main… en croyant en notre État d’Israël – juif et démocratique – et en le protégeant avec la plus grande dévotion, comme l’a fait Ran. » »
À l’instar d’autres hommages rendus à des otages assassinés, Herzog a présenté ses excuses à la famille Gvili au nom de l’État pour la perte et le rapatriement tardif de leur proche : « En ce moment, je vous demande, en tant que président d’Israël, au nom de l’État d’Israël : votre pardon. Le pardon de ne pas avoir été là pour lui. Le pardon d’avoir été contraints, comme tant d’autres familles, d’attendre le retour de votre être cher pendant tant de jours, dans une attente si douloureuse », a-t-il déclaré.
Il a également réitéré indirectement son appel en faveur d’une commission d’enquête approfondie sur les événements qui ont conduit au 7-Octobre, affirmant que, en mémoire de Ran et des autres héros tombés au combat pendant la guerre, « nous avons le devoir : de regarder directement la blessure en face ; d’enquêter de manière approfondie, de clarifier les choses en profondeur, de rechercher la vérité sans relâche, de guérir et de nous reconstruire ».
« Ainsi, et ainsi seulement, et ensemble seulement, nous pourrons construire ici un avenir israélien commun. Pour ton bien, cher et bien-aimé Ran, et pour le nôtre », a déclaré le président.
Shira Gvili a prononcé l’éloge funèbre de son frère aîné, en larmes.
« Quand maman est entrée dans ma chambre et m’a dit que tu mettrais du temps à rentrer à la maison, je n’aurais jamais imaginé que cela prendrait 843 jours. »
« La forêt n’est plus la même, les beaux vêtements ne me procurent plus les mêmes sensations et le schnitzel n’aura plus jamais le même goût », a déclaré Shira.
« Tous les rires ont disparu et il ne me reste que des souvenirs. Chaque moto que je vois me ramène » à celles que son frère conduisait.
« Parfois, je souris en en voyant une, et parfois, c’est comme une flèche qui me transperce le cœur. »
Shira a promis à son frère qu’elle choisissait de vivre et qu’il serait toujours à ses côtés. Elle a ajouté qu’il lui était apparu en rêve, sous forme de symboles et de signes.
« Le mois dernier, je suis allée aux États-Unis, nous avons visité des endroits où je n’aurais jamais imaginé aller », a-t-elle raconté à son frère.
« J’ai vraiment tout fait ; j’ai pris la parole aux Nations unies, au Congrès et à la Maison Blanche, tout cela en anglais. Tu es fier de moi ? »
« Je l’ai fait pour que tu reviennes », a-t-elle ajouté en sanglotant.
« Maintenant, permets-moi d’enlever cet uniforme et le titre de ‘sœur d’un otage’, et d’être simplement la sœur de Rani. »
Elle a diffusé un enregistrement audio que son frère lui avait envoyé : « Ne t’inquiète pas, ma sœur, tout va bien », pouvait-on entendre dire le policier assassiné par le groupe terroriste palestinien du Hamas.
« Je t’aime et tout va bien, je ne m’inquiète pas », a-t-elle répondu avant de s’approcher du cercueil de son grand frère pour l’embrasser et poser brièvement sa tête dessus.
Itzik a expliqué qu’il parlait avec son cœur et qu’il n’avait pas préparé de texte.
« Lorsque nous sommes arrivés à Shura [une base militaire], que nous avons ouvert le cercueil et que nous t’avons touché pour la première fois depuis deux ans et demi, tu étais intact », a déclaré Itzik.
Il a expliqué que les unités de l’armée israélienne de Tsahal avaient déterré 250 tombes dans le cimetière de Gaza-City où le corps de son fils avait été enseveli, dans le but de le retrouver. Il a ajouté que le chiffre 250 correspondait à la valeur numérique du prénom de son fils, Ran, en lettres hébraïques.
« C’est une autre des choses que nous avons apprises de toi », a poursuivi Itzik.
« Tu as tout organisé depuis là-haut. Je suis si fier d’être ton père. Tu me manques à chaque minute et à chaque seconde. »
Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité publique, était également présent.
« Votre douleur est notre douleur, votre tristesse est notre tristesse, votre fierté est notre fierté », a déclaré le ministre en charge de la police.
« Votre combat nous oblige, droite et gauche, religieux et laïcs, Arabes et musulmans, Druzes et Circassiens, à détruire le Hamas ! Les terroristes, ceux qui ont violé nos femmes et tué nos enfants, méritent la peine de mort, » a-t-il affirmé sous les applaudissements – telle une harangue prononcée d’une tribune politique.
« La famille Gvili est une famille de lions », a-t-il déclaré, ajoutant : « Talik Gvili nous enseigne ce que signifie être une mère juive fière. »
« Rani est né avec l’ADN de Talik et Itzik. »
Ben Gvir a évoqué le courage dont Ran avait fait preuve le 7 octobre 2023.
Âgé de 24 ans, ce sous-officier de l’unité d’élite Yassam et passionné de moto, était en arrêt maladie le jour du pogrom, dans l’attente d’une opération à l’épaule.
Vivant dans la petite ville de Meitar, dans le sud du pays, avec ses parents, il avait décidé de sortir de chez lui avec son arme personnelle pour rejoindre son unité, lorsqu’il a compris que celle-ci se portait au devant des terroristes du Hamas infiltrés en Israël.
« Il s’est battu contre nos ennemis, même avec l’épaule cassée », a déclaré Ben Gvir, qui a remercié le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour sa ténacité à ramener le corps de Ran afin qu’il puisse être enterré.
Netanyahu était également présent.
C’était la première fois que le Premier ministre assistait à l’enterrement d’un otage.
Netanyahu a déclaré qu’Israël était déterminé à atteindre son objectif de guerre restant : vaincre le Hamas, et ainsi honorer la mémoire de Ran.
Israël a réussi à « ramener tous nos frères et sœurs à la maison », a-t-il ajouté, sous les applaudissements de l’assistance, avant de préciser : « Ce n’est pas encore la fin. »
« Nous sommes déterminés… à démanteler le Hamas, à démanteler la bande de Gaza – et cela aussi, nous y parviendrons », a-t-il déclaré, suscitant de nouveaux applaudissements.
Il a mis en garde les ennemis d’Israël : « Que tous ceux qui pensent pouvoir nous vaincre sachent – regardez Talik Gvili [la mère de Ran], et sachez que ce n’est pas vous qui nous vaincrez. C’est nous qui vous vaincrons. Nous vous vaincrons.’ »
Netanyahu a salué l’héroïsme de Ran le jour où il est tombé au combat : « Après avoir reçu deux balles dans le corps, alors que son épaule était déjà blessée, il a défendu le kibboutz Alumim et tué quatorze terroristes maudits. »
« Le combat exemplaire de Ran Gvili, jusqu’à la dernière balle, restera dans les mémoires pendant des générations », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que la mémoire de Ran « perdurera », soulignant que le gouvernement avait approuvé dimanche un plan visant à promouvoir la création d’une nouvelle communauté dans le Néguev « qui commémorera Ran ».
La communauté, qui s’appellera Renanim (qui signifie « réjouissance » en hébreu), sera construite à l’est de Beer Sheva et « exprimera dans son nom l’ampleur de la contribution de Ran à Israël », a déclaré Netanyahu.
Il a également annoncé une autre initiative visant à créer une académie prémilitaire portant le nom de Ran, qui préparera les jeunes soldats à servir dans la police et les unités Yassam.
Cette académie « inculquera son esprit et son héritage à des générations de combattants », a-t-il déclaré.
Le Grand Rabbin séfarade David Yosef a aussi rendu hommage à Ran Gvili, comparant son combat et celui de la nation israélienne le 7-Octobre à celui du chef rebelle juif Simon Bar Kokhba, qui a lancé une rébellion contre l’Empire romain au IIᵉ siècle.
Faisant référence à une légende selon laquelle les corps du peuple juif ne se seraient pas décomposés pendant la révolte de Bar Kokhba, malgré l’interdiction des Romains de les enterrer, le rabbin Yosef a déclaré qu’un « miracle » similaire s’était produit lundi, lorsque Ran était revenu « intact, le corps entier ».
Le Grand Rabbin a ensuite évoqué l’antisémitisme qui sévit dans le monde.
« Dieu nous aime, mais les autres nations pas tellement », a-t-il déclaré.
« Nous sommes confrontés à l’antisémitisme – nous qui avons créé, nous qui voulons survivre, vivre, mais le monde nous blâme même si nous voulons nous défendre. Nous n’avons pas de solution à cet antisémitisme, mais nous devons le combattre et savoir qu’ils nous haïssent parce que nous sommes juifs. »
Le rabbin Yosef a ajouté que les Juifs devaient être fiers de ce qu’ils sont : « Nous sommes le peuple élu de Dieu et nous sommes fiers d’être la nation de Dieu. »
Il a poursuivi en disant que ce que le peuple juif a subi, le 7-Octobre et depuis, y compris la tuerie antisémite de Hanoukka à Bondi Beach en Australie, prouve que les Juifs forment toujours une nation unie et « que nous nous aimons toujours les uns les autres ».
Le rabbin Yosef a appelé le peuple israélien à soutenir les milliers de familles endeuillées et les orphelins, et à « les soutenir et les aider ».
« Vous, la famille Gvili, avez uni tout Israël autour de vous. »
« On aurait voulu qu’il revienne d’une autre façon », a confié à l’AFP Reut Gavrieli, 44 ans.
« Mais je suis quand même heureuse qu’il soit rentré à la maison, qu’il trouve enfin le repos et que l’on referme ce chapitre. »
Connu pour son rôle dans la série à succès « Fauda », l’artiste Idan Amedi a chanté son titre « Nigmar » (c’est terminé) à la fin de la cérémonie. Selon les médias, il aurait participé, en tant que réserviste, aux recherches pour retrouver Ran Gvili.
L’AFP a contribué à cet article.
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