Un cinéma de Francfort critiqué pour son refus de participer au festival du film juif
La communauté juive de cette ville allemande y voit un « terrible signal sociétal » ; l'Astor Film Lounge évoque des questions financières, et une ONG juive un « simple prétexte »
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JTA — La décision d’un cinéma allemand de ne pas participer à un festival du film juif lui a valu des accusations d’antisémitisme, alors même que son directeur a évoqué des problèmes de nature financière.
La semaine dernière, la communauté juive de Francfort a annoncé que l’Astor Film Lounge ne souhaitait pas s’associer aux Journées du film juif, cette année. Selon elle, le cinéma a invoqué la réticence de ses employés à travailler dans le contexte de ce festival biennal ainsi que des questions tenant aux conditions de sécurité nécessaires pour accueillir des événements juifs.
« Cette décision est le signe manifeste que la vie juive, le peuple juif et la présence médiatique juive ne sont plus les bienvenus à l’Astor Film Lounge », a déclaré la communauté par voie de communiqué.
« C’est très décevant et cela envoie un terrible signal à la société : si la vie et la présence juives sont réduites au silence de crainte de possibles réactions, c’est une capitulation face aux pressions antisémites », lit-on dans cette déclaration. « Le fait que la vie juive ne puisse plus avoir lieu que sous protection policière est déjà une honte. Le fait que cette nécessaire protection policière serve désormais de prétexte pour empêcher la tenue des événements juifs est proprement scandaleux. »
Le directeur général du cinéma, Tom Flebbe, s’est érigé contre l’interprétation faite par la communauté juive de Francfort de sa décision. Dans un communiqué repris dans un grand journal local, il a indiqué que son cinéma avait renoncé à participer cette année pour des raisons économiques, la précédente édition n’ayant attiré qu’une cinquantaine de spectateurs tout au plus.
Flebbe a précisé que l’un de ses employés s’était exprimé sans y avoir été autorisé et qu’il avait fait état d’informations erronées concernant des questions de sécurité.
« La viabilité économique est une base légitime et nécessaire des décisions commerciales, et ce, quel que soit le contexte thématique d’un événement », a déclaré Flebbe en ajoutant que d’autres projets avec la communauté juive allaient se tenir comme prévu.
« Le festival cinématographique ASTOR MyZeil célèbre la vie juive, laquelle fait partie intégrante de cette société, ce dont nous nous réjouissons », conclut la déclaration.
« Le fait que nous ne participions pas aux Journées du film juif 2026 ne veut pas dire que nous sommes contre le peuple juif, la culture juive ou la présence juive. C’est le résultat de la prise en compte attentive de facteurs économiques. Nous regrettons que notre décision ait été interprétée ainsi, mais nous la maintenons. »
Lors de l’édition 2024 du festival du film juif, une demi-douzaine de lieux avaient organisé des projections. L’Astor Film Lounge avait accueilli une seule projection, celle du film « March ’68 », une histoire d’amour sur fond de la campagne antisémite du gouvernement polonais après la guerre des Six Jours en Israël.
Les festivals de cinéma sont devenus une ligne de faille des tensions autour d’Israël et de l’antisémitisme.
Le plus grand festival de cinéma d’Allemagne, la Berlinale, a été secoué cette année par de telles tensions alors que son président du jury a refusé de critiquer Israël.
L’an dernier, un grand festival du film de Toronto a défrayé la chronique en annulant puis en projetant un documentaire sur l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023. En 2025 toujours, un festival de films juifs a été annulé à Malmö, en Suède, face au petit nombre de cinémas participants.
Les explications de Flebbe concernant la défection du cinéma Astor, cette année, n’ont pas convaincu.
Dans une lettre ouverte, la German-Jewish Values Initiative [NDLT : Initiative germano-juive pour les valeurs], think tank apolitique dont le siège se trouve à Berlin, a qualifié cette explication économique de « simple prétexte ».
« À notre connaissance, la communauté juive de Francfort était prête à garantir un revenu minimum » à ce festival du film, lit-on dans cette lettre. En cédant, semble-t-il, aux « menaces et pressions antisémites », ajoutait-elle, le cinéma a capitulé « devant les forces mêmes qui cherchent à chasser les Juifs de la sphère publique ».
la Communauté du Times of Israël !







