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Un film raconte l’histoire d’un survivant de la Shoah qui a aidé des dizaines d’ados en difficulté

« The Optimist » revient sur la vie de Herbert Heller, qui a fait de son expérience un outil pour aider les jeunes en détresse

Stephen Lang et Elsie Fisher dans 'The Optimist'. (Avec l’aimable autorisation de Jeanine Thomas)
Stephen Lang et Elsie Fisher dans 'The Optimist'. (Avec l’aimable autorisation de Jeanine Thomas)

Pendant 60 ans, Herbert Heller, survivant de la Shoah, a gardé le silence sur ce qu’il a enduré.

Emprisonné à Auschwitz, enfant, avec sa famille, il y perd son père, Karel, ainsi que son frère Heinz, échappe à une marche de la mort, retrouve sa mère Melanie à Prague, d’où ils sont originaires, avant d’émigrer aux États-Unis, où il fonde un magasin pour enfants des plus prospères.

Même après s’être marié et avoir fondé une famille, il ne révèle jamais l’origine de cette mystérieuse cicatrice : l’emplacement où figurait autrefois le numéro matricule qui lui avait été tatoué dans le camp de concentration, avant qu’il ne l’efface à l’acide.

Mais des dizaines d’années plus tard, il décide de briser le silence. Non seulement il parle de ce qu’il a vécu lors de la Shoah dans le cadre d’un projet, mais il prend aussi part à des présentations scolaires, devant des adolescents bouleversés.

Et aujourd’hui, ce survivant – décédé depuis – est le sujet d’un tout nouveau long-métrage, « The Optimist ».

« The Optimist » se fonde sur l’histoire vraie de Herbert, interprété par l’acteur Stephen Lang, que l’on a vu dans « Avatar » dans le rôle du méchant, le colonel Miles Quaritch.

Dans « The Optimist », Stephen Lang joue le rôle d’un Californien, propriétaire de magasin de jouets au grand cœur affublé d’un secret tout aussi grand, dont il commence à se décharger auprès d’une ado bénévole dénommée Abbey. Le véritable enregistrement de l’interview d’Herbert est disponible via l’United States Holocaust Memorial Museum.

Pour donner vie au personnage d’Abbey, la productrice Jeanine Thomas et le scénariste-réalisateur Finn Taylor se sont inspirés des nombreux adolescents que Heller a marqués par ses présentations.

Interprétée par Elsie Fisher, que l’on a vue dans « Eighth Grade », Abbey a elle aussi sa part d’ombre, dont une tentative de suicide.

Les bénéfices du film iront à Bring Change to Mind, organisation cofondée par l’actrice Glenn Close destinée à normaliser les problèmes de santé mentale des adolescents, et Kavod (« respect » en hébreu), une organisation d’aide aux survivants de la Shoah sans ressources.

Thomas cite de tristes chiffres sur ces deux sujets : sur les 35 000 survivants de la Shoah qui vivent aux États-Unis, plus de 11 000 vivent dans la pauvreté, et le suicide est la deuxième cause de décès chez les personnes entre 10 et 34 ans.

Installée dans le Maine, Thomas a, entre autres, fait cours à des détenus du quartier de haute sécurité d’une prison californienne, travaillé dans la technologie, l’éducation et la psychologie, tout en élevant quatre enfants.

C’est en 2014 qu’elle a connu Herbert, l’a aidé à parler de son histoire avec les jeunes et a décidé de faire un film sur lui. Ce qui fut compliqué. En 2021, pendant la pandémie de COVID-19, on lui a diagnostiqué des tumeurs cérébrales puis un cancer de stade 4.

« [En fait], le cancer m’a permis de réaliser ce film et de le faire connaître dans le monde entier », affirme Thomas au Times of Israel via Zoom. « J’ai le sentiment que c’était un cadeau venu de là-haut, pour me décider à faire ce film et tenir le coup, même quand tout semblait impossible. »

Cette même année, une fois autorisée par ses médecins à prendre l’avion, elle se rend en Californie pour voir Herbert.

« Je lui ai dit : ‘Ce film va se faire, on va te connaitre, toi et ton histoire’ », souligne Thomas. « Il est décédé un mois plus tard [à l’âge de 92 ans]. »

Tourné au milieu des séquoias du comté de Marin et dans les rues de Prague, sur une musique composée par la cousine du réalisateur, Jenny Scheinman, le film raconte l’histoire de récits cachés.

La centralité de la Shoah était important pour Taylor — Scheinman et lui sont de la famille du procureur de Nuremberg, Telford Taylor. Elle l’était aussi pour Thomas, qui a fréquenté un collège catholique mais a découvert plus tard par des tests généalogiques qu’elle était juive ashkénaze à 50 %.

Elle révèle par ailleurs que son grand-père, vétéran de la guerre, a lui aussi une histoire cachée, mais contrairement à Herbert, il n’en a jamais parlé : il a fait la Seconde Guerre mondiale, a été emprisonné dans un Stalag en Autriche d’où il est revenu changé, mais pas en bien.

Le survivant de la Shoah Herbert Heller est le sujet du nouveau film « The Optimist ». (Autorisation)

Herbert, disait Thomas, « était tout le contraire. Ce n’était pas un monstre quand il y repensait. Au contraire, cela lui donnait envie de faire des choses, d’être optimiste, plein d’espoir et d’amour. C’était incroyable, avec tout ce qu’il avait traversé. »

Comme Herbert l’indique dans le film, il a hérité cet optimisme de son père ingénieur, qu’il adorait, et qui emmenait ses fils au cirque quand il ne laissait pas, au mépris du danger, le jeune Herbert conduire sa voiture.

« Herbert adorait son père », explique Taylor au Times of Israel lors d’une autre interview Zoom. Le réalisateur de films indépendants dit de Karel qu’il était « incroyablement positif … et quelqu’un de brillant. »

Un plan fixe de « The Optimist ». (Avec l’aimable autorisation de Jeanine Thomas)

Malgré tout, l’optimisme de Karel l’a trahi. Il y avait pourtant des signes avant-coureurs à Prague : l’antisémitisme croissant de la part des camarades de classe d’Herbert et dans les rues, de la part des soldats de la Wehrmacht.

Karel y voyait un désagrément temporaire. Il se rendit compte qu’il avait eu tort lorsqu’ils forcèrent les Heller, ainsi que de nombreux autres Juifs de Prague, à quitter leur logement pour les déporter dans des camps. Dans le film, on voit que certains préfèrent se suicider.

« Parfois, notre plus grande force — l’optimisme dans le cas [de Karel] — peut aussi être notre pire vulnérabilité. C’est ce qui a fait qu’il n’a pas quitté [Prague] quand il était encore temps », rappelle Taylor avant de préciser que le frère de Karel, plus têtu, a fui Prague avant la guerre et est parti se réfugier en Angleterre.

Dans le film, Herbert dit à Abbey que la vie était relativement supportable dans le premier camp, celui de Theresienstadt. Les nazis avaient fait de Theresienstadt un camp modèle, avec un potager et des musiciens, pour convaincre le reste du monde que tous les camps de concentration allemands étaient gérés avec humanité.

Dans une des scènes du film, on voit Herbert, dans le camp de concentration, ému par un concert dirigé par Viktor Ullmann, le célèbre compositeur, pianiste et chef d’orchestre autrichien. On ignore dans quelle mesure Heller et Ullmann se sont parlé là-bas mais ils se sont effectivement trouvés en même temps à Theresienstadt. De même qu’à Auschwitz, dont Ullmann ne sortit jamais.

À Auschwitz, les nazis faisaient d’effroyables tas avec les cheveux des prisonniers, le tristement célèbre Dr Josef Mengele y menait des expériences indicibles sur des jumeaux et les détenus qui tentaient de s’évader étaient exécutés. Il était quasiment impossible de s’enfuir : une clôture électrifiée entourait le camp. À un moment, Herbert a envisagé de la toucher, avant de se raviser.

C’est la progression de l’armée russe qui force les nazis à évacuer Auschwitz et mener ses détenus dans une marche de la mort vers l’ouest, à l’intérieur des frontières toujours plus limitées de l’Europe occupée.

Herbert marche aux côtés de son codétenu, M. Waldman, qui lui redonne du courage avec cette citation des Pirkei Avot, ou Éthique des Pères : « Ce n’est pas ton devoir de finir le travail, mais tu n’es pas non plus libre de le négliger. »

A un moment, ils aperçoivent un sac à dos abandonné. Waldman se sacrifie en laissant Herbert retirer son uniforme rayé et mettre les vêtements qui se trouvaient à l’intérieur, avant de s’échapper et de revenir à Prague, où une bienveillante voisine catholique l’héberge, et où il retrouve par miracle sa mère.

Jeanine Thomas, productrice de « The Optimist ». (Avec l’aimable autorisation de Thomas)

Abbey finit par se sentir suffisamment à l’aise en présence de Herbert — et par sa mention de la clôture d’Auschwitz — pour lui confier ses propres pensées suicidaires et parler de la culpabilité du survivant. Ignorée et rabaissée par ses parents divorcés, harcelée par ses camarades, elle trouve refuge dans la photographie et la musique, sans oublier l’amitié de Sabrina, une jeune artiste qui lutte elle aussi contre ses démons. Elle ne leur échappera pas.

Dans une scène très émouvante, on voit une Abbey, très affectée, manquer à l’appel de leur rendez-vous habituel. Lorsqu’il s’en rend compte, Herbert part à sa recherche à bord de sa Lexus. Et quand il la retrouve, ils ont une conversation sincère.

Elsie Fisher et Ursula Parker dans « L’Optimiste ». (Avec l’aimable autorisation de Jeanine Thomas)

Cette relation entre Herbert et Abbey a beau être fictive, Herbert a effectivement marqué la vie de nombreux ados — l’un d’entre eux l’a d’ailleurs reconnu pendant le tournage et s’est précipité pour l’accueillir, comme le montre une scène émouvante du générique.

« Parfois, les ados se disent ‘Personne ne peut comprendre ma douleur’ », résume Taylor. « Jusqu’à ce qu’ils entendent son histoire … Il n’était pas qu’un survivant, son histoire est réellement incroyable. C’était quelqu’un de tellement agréable et gentil. Il fait partie de ces héros dont la force vient de leur authenticité et de leur gentillesse. »

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