Un homme d’affaires iranien sous sanction aurait aidé le régime à contourner les sanctions via une plateforme crypto – média
Selon le WSJ, Babak Zanjani a transféré 850 millions de dollars pour le compte de l'Iran via Binance, qui "sert de canal financier au CGRI" malgré la grâce accordée par Trump au fondateur de la société
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Selon un article paru dans le Wall Street Journal, le magnat iranien Babak Zanjani, frappé par des sanctions américaines pour avoir effectué des transactions financières en faveur des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), aurait réalisé des opérations en cryptomonnaies pour un montant total d’environ 850 millions de dollars pour le compte du régime sur Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde.
Ces transactions auraient eu lieu sur une période de deux ans. La plupart d’entre elles provenaient d’un seul compte de trading qui, en janvier – soit un mois avant le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran – était actif depuis au moins 15 mois. L’article indique que « ces sommes colossales montrent comment Binance a servi de canal financier au CGRI », l’acronyme désignant le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique iranien.
Ces transactions, qui ont aussi bien compris des dépôts que des retraits, ont été autorisées malgré les avertissements répétés des enquêteurs internes de Binance. Elles ont permis d’injecter quelque 425 millions de dollars dans la machine militaire iranienne, a précisé le Journal, citant des documents de Binance, des responsables des forces de l’ordre et d’autres sources proches du dossier.
D’après l’article, les transactions ont été exécutées via un réseau de comptes gérés depuis les mêmes appareils par Zanjani et ses complices, notamment sa sœur, sa compagne et l’un des directeurs de ses sociétés.
Zanjani est depuis longtemps une personnalité incontournable des réseaux iraniens de contournement des sanctions. Il a été condamné à mort par les autorités iraniennes en 2016 pour détournement de fonds, peine qui a été commuée en 2024. Zanjani reste toutefois en conflit ouvert avec la banque centrale iranienne, laquelle l’accuse de ne pas avoir restitué les milliards détournés. En décembre, il a publié sur les réseaux sociaux des adresses de portefeuilles électroniques, qui ont permis à des analystes externes spécialisés dans les cryptomonnaies de mettre au jour un stratagème complexe de contournement des sanctions, au cœur duquel se trouve la plateforme iranienne d’échange de cryptomonnaies Nobitex.
Le réseau de Zanjani aurait facilité le transfert via Binance, un transfert qui a été signalé en interne en novembre dernier, de plus de 1,7 milliard de dollars « passant de clients chinois vers des portefeuilles numériques utilisés par l’Iran pour financer ses proxys ». Au début de l’année, le Journal avait révélé que Binance avait dissous l’équipe chargée d’enquêter sur ces flux financiers.
Selon le journal, les représentants d’organismes étrangers chargés de l’application de la loi, qui traquent les milliards de dollars qui transitent par Binance vers des entités iraniennes associées au régime, ont relevé des transactions « encore ce mois-ci ».
La société Binance, qui a attaqué le Journal en justice pour ses précédents articles, a insisté sur le fait que les transactions présumées liées à Zanjani « n’ont rien à voir » avec la plateforme, et que « Binance applique une tolérance zéro envers les activités illicites sur sa plateforme ».
En 2023, le fondateur de Binance, Changpeng Zhao, a plaidé coupable aux États-Unis pour infraction aux lois sur le blanchiment d’argent et les sanctions. Le président américain Donald Trump lui a accordé sa grâce l’année dernière, mais Binance fait à nouveau l’objet d’une enquête concernant l’utilisation présumée et continue de sa plateforme par l’Iran. Binance est par ailleurs l’un des principaux soutiens de l’entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump, World Liberty Financial.
L’article du Journal fait suite à une information de Reuters selon laquelle Nobitex aurait transféré au moins 2,3 milliards de dollars depuis 2023 via BNB Chain et Tron, des blockchains respectivement créées sous l’égide de Zhao et de son homologue milliardaire de la crypto, Justin Sun, et que des fonds iraniens ont continué à transiter par ces deux registres numériques durant la récente guerre. Les utilisateurs de Tron et de BNB Chain sont tenus de s’acquitter de frais en contrepartie de l’utilisation de ces blockchains, véritables registres sécurisés et inviolables.
À l’instar de Binance, Sun est un soutien majeur de World Liberty Financial. Rien n’indique néanmoins que la famille Trump ait eu connaissance de l’utilisation de Tron et de la BNB Chain par Nobitex.
Depuis son entrée en fonction, Trump a adopté une série de mesures favorables aux cryptomonnaies. Les régulateurs américains ont quant à eux suspendu les poursuites qui avaient été engagées contre les entreprises et les magnats du secteur. En mars, la Commission américaine des opérations boursières (SEC) a réglé à l’amiable un procès intenté contre Sun pour fraude présumée, pour un montant de 10 millions de dollars, sans que Sun n’ait admis la moindre faute.
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