Un meurtre à Petah Tikva le jour de Yom HaAtsmaout relance le débat sur la violence juvénile
L’assassinat d’un employé de Pizza Hut par un groupe d’ados s’inscrit dans une tendance plus large de violences commises par des jeunes errants dans les villes
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Les policiers étaient plus nombreux que d’ordinaire, lundi, à patrouiller dans le centre de Petah Tikva, en banlieue de Tel Aviv. À un coin de rue, deux adolescents qui traînaient ont été interpellés par des policiers, qui leur ont parlé quelques minutes avant de les laisser repartir, estimant qu’ils ne posaient pas de problème.
Pour Yemanu Binyamin Zelka, ce renforcement de la présence policière est toutefois intervenu trop tard. Tôt mercredi matin, alors que le pays célébrait Yom HaAtsmaout, cet employé de Pizza Hut âgé de 21 ans a été violemment battu puis poignardé à mort par un groupe d’adolescents devant le restaurant, alors qu’il terminait son service.
Ce meurtre, commis dans une rue principale sous les yeux de passants et capté par des caméras de sécurité, a provoqué une onde de choc dans le pays, remettant la question de la délinquance juvénile au centre du débat public.
Le phénomène d’adolescents violents semant le trouble dans les rues de Petah Tikva, comme dans d’autres villes, suscitait déjà des inquiétudes depuis un certain temps, avant de dégénérer en meurtre la semaine dernière.
« Ce meurtre ne me surprend pas ; je dénonce ce problème depuis plus d’un an. Ce qui me surprend, c’est que personne ne s’en soit soucié jusqu’à présent », affirme Yaron Kedoshim, activiste social et patrouilleur bénévole de la police à Petah Tikva, qui gère également un centre pour personnes atteintes de troubles du développement.
Depuis le meurtre, le lieu du crime s’est transformé en mémorial improvisé devant le Pizza Hut, des couronnes de fleurs ont été déposées, des affiches dénonçant la violence ou appelant au pardon recouvrent les vitrines, et des dizaines de bougies brûlent sur le trottoir.
Un peu plus au sud, l’artère principale du centre-ville restait animée comme à l’accoutumée un lundi midi. Des retraités prenaient leur café devant les kiosques et, à la sortie des classes, les trottoirs se sont remplis de parents raccompagnant leurs enfants, flânant devant les magasins en chemin.
« Je n’ai pas peur de me promener ici, mais mon petit-fils a 13 ans et je m’inquiète beaucoup pour lui », confie une femme se présentant sous le prénom de Yehudit, tandis que des policiers contrôlent deux jeunes garçons en trottinette à proximité.
L’agression de mardi soir, filmée par une caméra de sécurité, impliquait un groupe d’une douzaine de jeunes, qui n’ont pas supporté que Zelka leur demande d’arrêter de vaporiser de la mousse de fête dans le restaurant. La police soupçonne le groupe d’avoir attendu que Zelka termine son service pour l’agresser.
Ils se sont jetés sur lui, le rouant de coups de pied et de poing alors qu’il tentait de se défendre.
À un moment donné, l’un des adolescents a sorti un couteau et a poignardé Zelka. Sur la vidéo, on voit l’agresseur s’éloigner de sa victime, le couteau encore à la main, tandis que cette dernière gît au sol, se vidant de son sang.
Plusieurs membres du groupe continuent de rouer de coups de pied Zelka écroulé sur le trottoir, avant de prendre la fuite.
Zelka a été transporté à l’hôpital, où il a succombé à ses blessures le lendemain.
Selon la presse israélienne, la police a mis plus de 36 heures à ouvrir une enquête approfondie sur ce meurtre, traitant initialement l’affaire comme une simple rixe entre adolescents ayant dégénéré. Jusqu’à samedi, aucune arrestation n’avait été effectuée.
Lundi, la police a annoncé avoir arrêté neuf suspects, âgés de 12 à 17 ans, en lien avec ce meurtre.
Selon Kedoshim, ce type de violences est monnaie courante dans la ville. Les auteurs sont généralement des adolescents que leurs parents ne parviennent pas à garder chez eux la nuit. Ils errent en groupes dans les rues, provoquent des bagarres ou circulent à vive allure en trottinette.
Lors d’un incident récent, un passant qui avait refusé de donner une cigarette à deux adolescents a été violemment passé à tabac.
« Ces enfants sortent dans les rues, ils s’ennuient et sont à la recherche de sensations fortes ; ils veulent aussi prouver qu’ils sont virils, qu’ils sont courageux », a expliqué Kedoshim au Times of Israel. « Ils ne comprennent pas la gravité de leurs actes ; ce ne sont pas des criminels agissant avec préméditation. »
La sœur aînée de Zelka a déclaré que, malgré leur jeune âge, les agresseurs s’étaient comportés comme des « criminels professionnels », l’attendant à l’extérieur et évitant de rentrer chez eux après le meurtre tout en éteignant leur téléphone.
« Non seulement ce sont des criminels extrêmement organisés, mais leurs parents les aident. Cela devrait nous amener à nous poser de sérieuses questions », a déclaré Yaros, sa sœur, aux journalistes lundi devant la pizzeria.
L’auteur présumé de l’attaque au couteau, un adolescent de 15 ans, a été retrouvé caché dans un appartement qui n’était pas le sien. Il a tenté de s’enfuir avant d’être interpellé. Ses parents ont été placés en garde à vue, soupçonnés de l’avoir aidé à échapper aux forces de l’ordre.
S’exprimant sur la chaîne publique Kan, des sources au sein des forces de l’ordre ont indiqué que les suspects avaient éteint leurs téléphones après le meurtre et n’avaient pas été retrouvés à leur domicile. Certains étaient en fuite depuis l’attaque, tandis que d’autres n’ont tenté de se cacher qu’après la confirmation du décès de Zelka.
Quelques jours après le meurtre de Zelka, Destao Tzakul, 19 ans, a été poignardé à mort devant son domicile à Beer Sheva. La police a arrêté trois suspects, tous mineurs. Dans la ville de Hatzor HaGlilit, au nord du pays, Adam Sawaed, 16 ans, a également été poignardé à mort ; la police a arrêté un habitant de 28 ans soupçonné d’être impliqué dans ce meurtre.
Si la criminalité violente a fortement augmenté dans la société arabe ces dernières années, les homicides restent relativement rares dans la majeure partie du pays.
Petah Tikva a une longue histoire liée à la criminalité, qui a connu un regain ces quatre dernières années. La population est toutefois rarement touchée directement par cette violence, contrairement à la situation observée dans la société arabe, où elle affecte plus fréquemment des civils ordinaires.
Selon Kedoshim, le meurtre de Zelka ne serait pas directement lié au crime organisé, même si les agresseurs ont pu être influencés par leur environnement.
« Ils les imitent : ces jeunes du quartier voient les grands criminels et se disent : “C’est un homme, je veux être comme lui.” Beaucoup sont en échec scolaire ; ils ne peuvent pas dire qu’ils deviendront pilotes, mais ils peuvent dire qu’ils savent frapper, qu’ils savent voler », a-t-il déclaré.
Ce phénomène a été aggravé par les interruptions répétées de la scolarité ces dernières années, d’abord avec la pandémie de COVID-19, puis plus récemment en raison des restrictions de sécurité liées à la guerre, qui ont affecté le développement de la jeune génération, selon les experts.
La violence chez les adolescents n’est pas un phénomène nouveau. Dans une affaire survenue en 2012, qui rappelle celle de Zelka, Gadi Vichman, un père de 36 ans, avait été poignardé à mort par un adolescent après avoir demandé à un groupe de jeunes de faire moins de bruit dans un parc près de son domicile à Beer Sheva, afin de ne pas réveiller sa fille.
Le lendemain, Orgil Muati, 17 ans, était poignardé à mort par d’autres adolescents dans un parc de Rehovot.
Des habitants affirment que la violence, même rarement mortelle, semble en hausse ces dernières années.
Dans le district de Tel Aviv, juste à l’ouest de Petah Tikva, les arrestations de mineurs en 2025 ont presque doublé par rapport à 2022, selon des données de la police obtenues par le site d’information Ynet. La plupart des cas concernent des troubles à l’ordre public, notamment des bagarres, des rassemblements illégaux, des dégradations et des violences.
Cette hausse est souvent attribuée au SSQ, un gang de jeunes violents qui sème la peur dans le sud de Tel Aviv et a noué des liens avec des organisations criminelles plus importantes.
Toutefois, bien que le SSQ, abréviation de « Shapira Squad », soit composé en majorité d’enfants de migrants africains et philippins, près de 80 % des procédures engagées contre des mineurs dans le district ces dernières années concernent des citoyens israéliens, selon ces mêmes données.
Oron Meiri, avocat et ancien journaliste spécialisé dans les affaires criminelles pour Yedioth Ahronoth, qui couvrait Petah Tikva et ses environs, a indiqué que la ville avait connu une recrudescence des vols et de la violence des gangs ces dernières années. Il a toutefois estimé que le meurtre de Zelka n’avait aucun lien avec le problème plus large de la criminalité.
« Nous avons constaté une hausse très importante de la criminalité ces derniers temps et, malheureusement, la police n’a pas été en mesure d’y faire face. Mais ici, ce qui s’est passé relève avant tout d’un manque de fermeté à l’égard des jeunes », a-t-il déclaré. « Lorsqu’il n’y a pas de mesures dissuasives et que les jeunes peuvent agir sans contraintes, cela finit en catastrophe. »
Dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé à agir contre la violence des jeunes, affirmant que le phénomène devait être stoppé « tant qu’il en est encore à ses débuts ».
Quelques heures plus tôt, le commissaire général de la police, Danny Levy, avait qualifié les meurtres de Zelka et de Tzakul « d’incidents spontanés et imprévisibles » contre lesquels la police ne peut pas faire grand-chose.
Avi Mantzur, avocat et ancien inspecteur de police, estime néanmoins que les autorités pourraient lutter contre la délinquance juvénile à la fois par des moyens policiers classiques et par un travail accru au niveau communautaire.
« Ce n’est pas seulement une question de force, mais aussi de respect envers les policiers », a ajouté Mantzur, qui a dirigé la division des enquêtes et du renseignement du district central avant de prendre sa retraite en 2011.
La police ne devrait pas se contenter de réagir aux incidents violents, mais aussi effectuer des visites régulières au domicile d’adolescents ayant des antécédents et maintenir un contact suivi avec leurs parents, a-t-il suggéré.
Selon Meiri, la police n’a pas été suffisamment proactive pour dissuader la violence chez les jeunes. Les agents pourraient intensifier leurs patrouilles nocturnes dans les parcs et les aires de jeux, a-t-il indiqué, ajoutant que les autorités devraient également intervenir plus rapidement sur les lieux d’incidents violents afin de localiser les suspects, sécuriser les scènes de crime et préserver les preuves.
« La police doit agir et mener les enquêtes nécessaires dans ces cas-là, afin que de tels événements ne se reproduisent plus », a-t-il déclaré.
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