Un mystère vieux de 2 100 ans mis au jour avec le démantèlement d’un mur de l’époque hasmonéenne à Jérusalem
Une fortification au cœur de la capitale a probablement été construite peu après les événements de Hanoukka ; mais pourquoi a-t-elle été systématiquement démolie, et par qui ?
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De nouvelles recherches font la lumière sur un mystère vieux de plusieurs millénaires : pourquoi les habitants de Jérusalem ont-ils, il y a 2 100 ans, démantelé avec soin une grande muraille fortifiée – plus imposante que les murs actuels de la Vieille Ville – et enterré cet emplacement sous un palais royal ?
Une impressionnante section des remparts de Jérusalem datant du IIᵉ siècle avant notre ère a été découverte dans l’enceinte du complexe de la Tour de David, dans la Vieille Ville, ont annoncé lundi l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) et le Musée de la Tour de David à Jérusalem.
Longs de plus de 40 mètres et larges d’environ 5 mètres, ces vestiges ont été découverts dans la zone connue sous le nom de complexe Kishle, qui servait de prison pendant le mandat britannique, notamment pour les membres de la résistance juive.
Vers 134 avant notre ère, soit trois décennies après l’histoire de Hanoukka et l’établissement de la dynastie hasmonéenne, Jérusalem fut à nouveau attaquée par un autre roi grec nommé Antiochus, qui portait le même nom que le méchant de Hanoukka. Selon l’historien juif Flavius Josèphe, qui vivait au Iᵉʳ siècle de notre ère, pour sauver Jérusalem, le chef hasmonéen Jean Hyrcan Iᵉʳ accepta de détruire les fortifications de la ville et de verser à Antiochus VII Sidetes 3 000 talents d’or, qu’il retira du sépulcre du roi David.
« Il détruisit les fortifications qui entouraient la ville. Et dans ces conditions, Antiochus leva le siège et partit », écrit Josèphe dans le livre XIII des « Antiquités des Juifs » (8:3).
Selon le Dr Amit Reem, codirecteur des fouilles de l’IAA et archéologue en chef pour le district de Jérusalem, le récit de Flavius Josèphe pourrait expliquer la destruction historique des vestiges du mur révélés lors des fouilles.
« Ce que nous avons constaté lors des fouilles, et c’est vraiment intéressant, c’est que le mur, cette fortification massive, a été délibérément détruit jusqu’à ses fondations », a déclaré Reem lors d’un entretien téléphonique.
« Seul le vestige du mur a survécu. Il ne s’agissait pas d’une destruction aléatoire, ni des conséquences d’une bataille gigantesque ou de l’usure du temps. La grande question est donc : qui a fait cela ? »
Dans les années 1980, des centaines de pierres de catapulte, de pointes de flèches, de pierres de fronde et de balles de plomb ont été découvertes lors de fouilles dans une zone adjacente au mur. Les chercheurs ont interprété cette découverte comme une preuve du siège d’Antiochus VII.
Reem et son équipe proposent une autre interprétation de la destruction intentionnelle du mur. Étant donné que la section mise au jour se trouvait exactement à l’endroit où le roi Hérode allait faire construire son palais, environ un siècle après le règne de Hyrcanus sur Jérusalem, il est possible qu’il ait ordonné la démolition du mur.
« Nous savons que le palais royal privé du roi Hérode se trouvait dans la zone où se trouvent aujourd’hui la porte de Jaffa, la Tour de David et le quartier arménien, comme le décrivent clairement les écrits de Flavius Josèphe », a déclaré Reem.
« Notre mur a été délibérément enfoui profondément dans les fondations du palais d’Hérode, et la question est la suivante : [s’il était toujours debout], pourquoi le roi Hérode n’a-t-il pas utilisé cet immense mur pour son palais ou les remparts de sa ville ? »
« Je pense que la réponse pourrait être que le roi Hérode voulait à l’époque faire passer un message au peuple juif : plus de rois juifs, plus de dynastie hasmonéenne. Je suis là. »
Hérode, qui régnait sur la Judée en tant que roi vassal de l’Empire romain, descendait d’Iduméens convertis au judaïsme du côté de son père, tandis que sa mère était une Arabe d’origine probablement nabatéenne.
Selon Reem, les archéologues ont daté le mur de la période hasmonéenne en se basant sur le contexte archéologique.
« Tout d’abord, le mur est construit avec des pierres très typiques que l’on retrouve souvent dans les bâtiments hasmonéens de Jérusalem et d’Israël en général. La technique de construction est également caractéristique [de cette période] », a-t-il déclaré.
« De plus, nous avons trouvé de petits objets tels que des céramiques et des pièces de monnaie datant de la période hasmonéenne qui sont liés à ce mur. Un autre argument est la stratigraphie de la découverte : le mur est enfoui sous le palais d’Hérode, ce qui signifie qu’il est antérieur à celui-ci, et au-dessus se trouvent des vestiges datant de la période du Premier Temple [1200-586 avant notre ère]. »
Cependant, les chercheurs n’ont pas pu obtenir d’échantillons adaptés à la datation au carbone 14.
En effet, il arrive souvent que des restes organiques tels que des graines, de la paille ou d’autres matériaux similaires permettant de dater les murs ou les bâtiments soient retrouvés emprisonnés dans le mortier ou le ciment utilisés pour construire les structures. Cependant, Reem a expliqué que le mur des Hasmonéens avait été érigé selon une technique à sec, sans ciment ni mortier.
Selon Reem, compte tenu de la taille de la structure, le mur a dû être construit lorsque la dynastie hasmonéenne était déjà bien établie, soit au plus tôt vers 140 avant notre ère.
« Josèphe a décrit cette fortification avec beaucoup de précision, avec ses tours et ses portes », a-t-il indiqué.
« Une largeur de cinq mètres est vraiment énorme, et nous pensons que la hauteur d’origine du mur était peut-être supérieure à celle du mur ottoman actuel. »
D’autres parties du mur hasmonéen avaient déjà été mises au jour dans la ville, mais cette nouvelle découverte est particulièrement importante en raison de sa taille, de son état de conservation et du fait qu’elle permet aux archéologues de voir toute la largeur de la structure, a expliqué Reem.
« Dans la plupart des cas, seule la face extérieure du mur est exposée, mais ici, nous avons découvert la partie intérieure, ce qui est très intéressant pour la recherche », a-t-il fait remarquer.
Au cours des fouilles, les archéologues ont également découvert une partie d’un mur plus ancien, qui, selon eux, remonterait à la période du Premier Temple.
« Pour ce mur, nous effectuons actuellement une datation au carbone 14 ; les recherches sont toujours en cours », a déclaré Reem.
Les fouilles ont été menées alors que le Musée de la Tour de David se préparait à ouvrir le complexe Kishle, qui abritera sa nouvelle aile Schulich consacrée à l’archéologie, à l’art et à l’innovation.
« Nous nous engageons à préserver ce site impressionnant et unique, et à permettre au grand public de découvrir ce lien tangible avec le passé millénaire de Jérusalem », a déclaré Eilat Lieber, directrice du Musée de la Tour de David, dans un communiqué.
« Dans la nouvelle aile, les visiteurs se tiendront sur un sol transparent au-dessus de ces pierres anciennes, et grâce aux créations d’artistes contemporains, cette aile créera un nouveau lien avec l’histoire et le patrimoine de la ville. »
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