Un ostréiculteur anti-Israël du Maine, possible candidat démocrate au Sénat US
La gouverneure de l'État a retiré sa candidature après que des publicités négatives n'ont pas réussi à ébranler Graham Platner, malgré son tatouage nazi et ses antécédents de propos outranciers sur Internet
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JTA — Graham Platner, ostréiculteur et nouveau venu sur la scène politique, dont le tatouage nazi ancien et les propos anti-Israël actuels ont alarmé plusieurs groupes juifs, s’est de fait imposé comme candidat démocrate au Sénat américain dans le Maine après que sa rivale aux primaires, Janet Mills, a suspendu sa campagne jeudi.
Chuck Schumer, figure de proue des démocrates juifs et chef de la minorité au Sénat, a annoncé dans un communiqué qu’il soutiendrait la candidature de Platner face à la sénatrice républicaine sortante, Susan Collins. Schumer avait initialement encouragé Mills à se présenter.
« Après avoir des années durant toléré les abus de pouvoir de Trump, la sénatrice Collins n’a jamais été aussi vulnérable. Nous ferons, avec le potentiel candidat démocrate Graham Platner, tout notre possible pour la battre », a indiqué Schumer dans un communiqué conjoint publié avec Kirsten Gillibrand, sa collègue sénatrice de New York, qui dirige la branche électorale des démocrates au Sénat.
Mills, l’actuelle gouverneure de l’État, n’a ni apporté son soutien à Platner ni même mentionné son nom dans sa déclaration de renonciation, invoquant plutôt un manque de fonds de campagne.
« Si j’ai la motivation et la conviction, l’engagement et l’expérience, et plus que tout, la combativité nécessaire pour poursuivre, il me manque tout simplement la ressource essentielle à toute campagne politique aujourd’hui : les moyens financiers », a-t-elle écrit.
Dans un communiqué, Platner a quant à lui fait savoir que « nous serons éternellement reconnaissants » envers Mills, ajoutant qu’il « se réjouissait de travailler avec elle » pour battre Collins, avant de conclure par un message de mobilisation : « Nous allons reprendre ce qui nous appartient. »
Mills est considérée comme la candidate « de l’establishment » à un siège que les démocrates jugent essentiel : c’est une candidate épargnée par les casseroles de Platner, notamment sur les questions juives, à l’heure où le Parti démocrate doit repousser les critiques d’antisémitisme qui s’infiltrent par son flanc gauche.
Si Mills a été critiquée pour son âge, elle a mené une campagne qui visait à contenir la montée en puissance de Platner, vétéran de l’armée et populiste de gauche assumé.
Malgré une campagne qui avait été marquée, l’année dernière, par la polémique autour de son tatouage, réalisé il y a 17 ans, représentant le « Totenkopf » (tête de mort et os croisés) associé au nazisme et par les propos discriminatoires qu’il avait pu écrire sur Reddit à l’encontre de divers groupes, Platner a refusé de se retirer.
Mills, en dépit d’une vaste campagne négative contre Platner, a échoué à profiter de l’élan suscité par les scandales qui ont entouré ce dernier. (Platner a fait recouvrir son tatouage, affirmant qu’il ignorait ses liens avec le nazisme, et il a assuré avoir mûri depuis ses remarques passées ; ses commentaires sur Reddit incluaient, selon certaines informations, les éloges d’une attaque du Hamas en 2014.)
Platner, qui a également une famille élargie juive, et notamment un demi-frère en Israël, a récemment organisé un seder de Pessah dans le Maine avec son équipe de campagne, au cours duquel il a évoqué la montée de l’antisémitisme – et qu’il a filmé pour une vidéo électorale. Steven Koltai, dirigeant du lobby pro-israélien libéral J Street au niveau de l’État, figure parmi les principaux soutiens juifs de Platner.
Le mois dernier, le candidat a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency que les liens familiaux qu’il entretient avec Israël lui ont permis de mieux comprendre la région, ajoutant en avoir notamment conclu qu’Israël avait commis un génocide à Gaza, ce qui l’a poussé à demander la fin de l’aide militaire américaine à l’État juif.
Platner, interrogé sur la manière dont il comptait s’attirer les faveurs des Juifs du Maine, s’est dit déterminé à « nouer des liens avec la communauté juive et à se rendre dans les synagogues. Heureusement pour moi, j’ai toujours eu des amis juifs très proches et engagés dans le Maine. »
Et d’ajouter : « Comme pour toute autre communauté de l’État, la meilleure façon de nouer des liens avec les gens, selon moi, c’est d’aller à leur rencontre, de partager un moment avec eux, d’écouter leurs préoccupations et de répondre à leurs questions. »
I found myself deeply moved by last night's Seder.
The Passover story is one of action, and we are in a time where our action is required.
Thank you to all who made it possible. pic.twitter.com/68gCjJCAmE
— Graham Platner for Senate (@grahamformaine) April 3, 2026
Pourtant, plusieurs groupes juifs, dont l’Anti-Defamation League, le Jewish Democratic Council of America et l’unique fédération juive du Maine, ont fait part de leurs inquiétudes concernant la candidature de Platner. Ils ont invoqué son tatouage et ses propos passés.
La veille du désistement de Mills, Platner avait participé au podcast de l’humoriste juif Jon Stewart. Impressionné, Stewart a confié à ses coanimateurs : « Après lui avoir parlé, je trouve assez ahurissant que toute l’histoire se résume au ‘type au tatouage pourri’. Vous vous dites : ‘Oh, on a peut-être enterré l’essentiel de l’info sur ce coup-là.' »
Dans sa campagne, Collins a déjà mis en avant le tatouage de Platner pour discréditer Schumer.
« Chuck essaie de dissimuler ses mauvais choix en attaquant les autres », a expliqué la sénatrice cette semaine, lors de la convention du Parti républicain de son État, en référence aux publicités négatives soutenues par les Démocrates qui sont déjà diffusées contre elle. « Beaucoup ne sont pas dupes. Vous savez, à bien y réfléchir, son approche rappelle celle qui consiste à essayer de cacher un tatouage indécent. Même si on le recouvre, on sait tous ce qu’il y a en dessous. »
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