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Un résident d’implantation extrémiste acquitté face à la fragilité des témoignages oculaires

Le tribunal du district central a confirmé que quatre femmes arabes israéliennes avaient été agressées et blessées par des Juifs et critiqué l'enquête menée par la police

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

David Hasdai, un habitant de l'avant-poste illégal de Givat Ronen, en Cisjordanie. (Naomi Hasdai)
David Hasdai, un habitant de l'avant-poste illégal de Givat Ronen, en Cisjordanie. (Naomi Hasdai)

Résident d’implantation extrémiste figurant sur la liste des personnes soumises à sanctions américaines, David Hasdai a été acquitté cette semaine de terrorisme et crimes à caractère raciste par le tribunal du district central de Lod.

Hasdai avait été inculpé suite à un incident au cours duquel quatre femmes arabo-israéliennes et un bébé avaient été brutalement agressés après avoir pénétré par erreur dans un avant-poste illégal en Cisjordanie, il y a de cela un an. Il a été acquitté en raison de problèmes d’identification par les victimes et d’erreurs de la police au niveau de l’enquête.

La juge Efrat Fink a souligné qu’il ne faisait malgré tout aucun doute que ces femmes avaient été brutalement agressées et blessées par des émeutiers juifs après être entrées dans l’avant-poste, ce qui aurait, selon elle, pu leur coûter la vie.

Elle a ajouté qu’il ne faisait non plus aucun doute que Hasdaï était présent lors de cet incident, au moment où les femmes sont entrées par erreur dans l’avant-poste, puisqu’il a reconnu avoir parlé avec elles (les femmes ont témoigné qu’il les avait menacées).

Yaakov Goelman, lui aussi accusé, a plaidé et été déclaré coupable de chefs d’accusation d’une moindre gravité que ceux de l’acte d’accusation initial, pour avoir pourchassé les femmes, leur avoir volé leurs affaires, à commencer par leur téléphone, et avoir appelé la mère de l’une des victimes pour lui dire qu’il allait tuer sa fille.

Goelman a été condamné à huit mois de travaux d’intérêt général pour chantage et dégâts matériels.

Détenu par la police pendant près d’un an suite à son inculpation, Hasdai a retrouvé la liberté suite à son acquittement lundi. Huit suspects avaient été interrogés suite à cette agression, mais seuls Hasdai et Goelman ont été inculpés.

Lamis al-Jaer, une Arabe israélienne agressée après s’être rendue par erreur dans l’avant-poste illégal de Givat Ronen, en Cisjordanie, le 9 août 2024, lors d’une interview pour la chaîne N12, le 11 août 2024. (Capture d’écran via N12, utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

L’incident, qui date du 9 août 2024, avait suscité un tollé et le président Isaac Herzog l’avait lui-même rapidement et fermement condamné.

Une fois entrées par erreur dans l’avant-poste illégal notoirement radical de Givat Ronen, dans le nord de la Cisjordanie, les femmes ont été prises en chasse par 20 extrémistes juifs, en majorité masqués, qui ont jeté des pierres sur leur voiture, les ont aspergées de gaz lacrymogène, ont incendié leur véhicule alors qu’elles se trouvaient à bord, les ont menacées de les tuer, torturées psychologiquement et grièvement blessées, à la fois physiquement et psychologiquement, les laissant traumatisées.

Une des femmes a eu l’épaule et un doigt fracturés, subi des blessures au dos et aux pieds sans compter un traumatisme psychologique grave qui l’empêche de quitter son domicile et lui provoque des insomnies, peut-on lire dans l’acte d’accusation.

L’autre femme a souffert de blessures à la tête ayant occasionné une « importante hémorragie », a eu une cheville fracturé, une perte de conscience, des douleurs intenses un peu partout dans le corps, des malaises, des vomissements, des insomnies, des brûlures au troisième degré et d’autres blessures aux pieds.

Une troisième femme a eu des côtes cassées, des blessures et de graves contusions aux hanches et à la cuisse, ainsi que des blessures à un genou, aux pieds, au dos et à la poitrine. Une quatrième femme a été blessée aux pieds et brûlée au niveau des yeux, sans compter le traumatisme psychologique. L’enfant, âgé de deux ans, a souffert de coupures et de brûlures au niveau de la plante des pieds.

« Il s’en est fallu de peu mais les cinq femmes sont parvenues à échapper à la foule et à leur véhicule en feu, blessées par les jets de pierres, couvertes de suie suite à l’incendie de leur véhicule. On a attenté à leur vie », a écrit Fink dans son jugement.

« Il s’agit d’un incident violent, grave et impensable, au cours duquel des Juifs ont attaqué cinq femmes arabes, au point de presque les tuer, tout cela parce qu’elles étaient arabes. On imagine ce que ces émeutiers auraient ressenti si des Juifs avaient été blessés de la même manière, simplement en raison de leur identité », poursuit la juge.

« Le traumatisme et les blessures sont encore bien présents dans le cœur, le corps et l’esprit des plaignantes, et il est probable qu’ils restent longtemps. »

Fink a ajouté que le témoignage des femmes était « totalement fiable » et que l’acquittement de Hasdai était « le résultat de problèmes d’administration de la preuve en matière d’identification et d’établissement d’un lien entre l’accusé et l’événement violent ».

Le caractère déroutant et traumatisant de l’incident, doublé de la multiplicité des agresseurs, n’a pas permis de statuer avec certitude, sur le plan pénal, qu’Hasdai avait été l’un des auteurs de la partie la plus violente de cett agression.

Fink reproche à la police de ne pas avoir mené correctement une partie de l’enquête, en particulier certains aspects du processus d’identification des agresseurs, et aussi de ne pas s’être rendue sur les lieux du crime, entre autres.

« Ce verdict pose réellement problème, car personne n’est au final reconnu responsable des actes graves commis à l’encontre des plaignantes, ce qui va s’ajouter à la charge psychologique qui pèse sur elle », a écrit Fink en conclusion.

Adi Kedar, l’avocat d’Hasdai et membre de l’organisation d’aide juridique de droite Honenu, s’est réjoui de cette décision du tribunal. « Après une année de lutte et d’emprisonnement, pour mon client, le tribunal a rendu un verdict courageux qui acquitte l’accusé de toutes les charges qui pesaient contre lui en vertu de l’acte d’accusation grave déposé contre lui. »

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