Un responsable culturel juif dénonce une « banalisation » de l’antisémitisme en Belgique
"Les panneaux ‘Interdit aux Juifs’ ne sont plus accrochés aux portes, ils arrivent désormais dans votre boîte mail", écrit Ralph Pais
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Le vice-président du Centre d’information et de documentation juif (JID), Ralph Pais, s’inquiète de la situation des Juifs en Belgique dans une tribune publiée samedi 25 juillet dans le journal belge La Libre. Il y dénonce notamment la décision d’un centre événementiel d’Anvers de ne plus accueillir les manifestations de son organisation, jugées « trop politiquement sensibles ».
Dans cette tribune, intitulée « Les panneaux ‘Interdit aux Juifs’ ne sont plus accrochés aux portes, ils arrivent désormais dans votre boîte mail », Ralph Pais revient sur une conférence organisée quelques mois auparavant par le JID au centre événementiel Vestar, à Anvers, consacrée à la lutte contre l’antisémitisme et à l’avenir de la vie juive en Belgique.
Cette conférence avait notamment réuni un rabbin et un imam, ainsi que des responsables politiques de plusieurs partis, dont le Premier ministre belge Bart De Wever. La sécurité de l’événement avait été organisée et financée par le JID, en concertation avec la police, et aucun incident n’avait été signalé, affirme-t-il.
Pourtant, poursuit Ralph Pais, le centre Vestar a ensuite informé le JID qu’il n’accepterait plus ses futures réservations, en raison du caractère « trop politiquement sensible » de ses événements.
« Depuis quand la lutte contre la discrimination est-elle devenue une question politique ? Depuis quand défendre une minorité menacée est-il devenu un sujet controversé ? », s’interroge le responsable juif, qui voit dans cette décision le symptôme d’un phénomène plus large.
Ralph Pais affirme avoir entendu d’autres récits similaires provenant d’organisations juives, évoquant des hôtels ou des centres de congrès qui auraient renoncé à accueillir certains événements. Il estime que ces situations ne relèvent pas nécessairement d’une hostilité explicite envers les Juifs, mais plutôt d’une volonté d’éviter les risques ou les controverses.
C’est précisément cette logique qu’il dénonce. « Les extrémistes n’ont même plus besoin de fermer eux-mêmes les portes. La peur le fait à leur place », écrit-il.
Le vice-président du JID établit également un parallèle avec l’histoire de sa propre famille. Ses grands-parents ayant vécu la Seconde Guerre mondiale, il compare les refus contemporains aux anciens panneaux portant l’inscription « Interdit aux Juifs », tout en reconnaissant que les formes de discrimination actuelles sont plus indirectes.
Il reprend également l’image du « canari dans la mine de charbon », traditionnellement utilisée pour désigner les Juifs comme un indicateur précoce des dérives d’une société. Lorsque des Juifs commencent à cacher leur identité ou à ne plus se sentir en sécurité dans l’espace public, estime-t-il, le phénomène dépasserait selon lui la seule question de l’antisémitisme.
« La manière dont une société traite sa communauté juive en dit long sur sa propre santé démocratique », écrit-il. « Aujourd’hui, c’est une organisation juive que l’on refuse. Demain, ce sera peut-être une autre minorité. »
La tribune aborde également la question d’un éventuel départ de Belgique. Ralph Pais affirme que certaines familles juives commencent à envisager de quitter le pays, non par rejet de la Belgique, mais parce qu’elles se demandent si elles y seront encore pleinement les bienvenues.
Il évoque notamment les inquiétudes de jeunes parents concernant la possibilité pour leurs enfants de porter publiquement une kippa sans craindre pour leur sécurité.
Pour Ralph Pais, le débat dépasse donc largement le cas du centre Vestar. « Au fond, cette tribune ne parle pas d’une salle », écrit-il, mais d’une question plus fondamentale : celle de la place des Juifs dans la société belge.
Le texte se conclut sur une nouvelle référence au canari : « Le véritable problème n’est pas lorsque le canari cesse de chanter. Le véritable problème est lorsque les mineurs décident qu’il ne vaut plus la peine de l’écouter. »
L’an dernier, Ralph Pais avait dénoncé dans une interview, relayée par le Times of Israël, une « glorification » des actes antisémites sur Internet.
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