Une ancienne otage révèle qu’elle a tenté de se suicider à Gaza
Arbel Yehoud et Ariel Cunio ont évoqué les conditions épouvantables de leur captivité à l'isolement, racontant que les terroristes leur faisaient passer des lettres - leur permettant ainsi d'un peu communiquer
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L’ancienne otage Arbel Yehoud a révélé au cours d’une interview qui a été diffusée vendredi qu’elle avait tenté de mettre fin à ses jours à plusieurs reprises pendant sa captivité à Gaza – mais qu’elle avait finalement décidé de ne pas le faire après que ses geôliers du Hamas lui ont montré une vidéo d’une manifestation en Israël. Elle a raconté qu’elle avait alors aperçu une affiche à son effigie, comprenant que les Israéliens se battaient pour elle.
Dans une autre interview, Yehoud a indiqué qu’elle avait été victime de nombreux abus pendant sa détention à l’isolement, et notamment d’agressions sexuelles presque quotidiennes.
« Une fois, peu avant ma libération, j’ai vu des images qui avaient été filmées par un drone sur la place des Otages de Tel Aviv. J’ai vu des gens qui brandissaient des pancartes avec des photos de personnes que je ne connaissais pas et tout à coup, j’ai vu des pancartes avec des photos de personnes que je connaissais. J’ai vu une pancarte pour Ariel [Cunio] et une pancarte pour moi, des pancartes pour des personnes du kibboutz », a expliqué Yehoud devant les caméras de la chaîne d’information N12, alors qu’elle s’exprimait aux côtés de Cunio.
« À partir du moment où j’ai vu cela, je n’ai plus essayé de mettre fin à mes jours », a-t-elle ajouté.
Au cours de cette guerre qui a duré deux ans, des dizaines de milliers de personnes ont organisé des manifestations à Tel Aviv et dans tout le pays, chaque samedi, exigeant que le gouvernement parvienne à un accord ouvrant la porte au rapatriement des otages.
« Cela a été la dernière fois que j’ai essayé », a-t-elle poursuivi, précisant qu’elle avait tenté de se suicider au moins trois fois pendant sa captivité. « Quand j’ai vu les images filmées par le drone et que j’ai compris que des gens que je ne connaissais pas se battaient pour moi comme si j’étais leur sœur ou leur fille, j’ai compris que j’avais le devoir de retourner auprès d’Ariel et de ma famille, mais aussi auprès de tous ceux qui luttaient ainsi pour moi ».
Déchirés
Cunio et Yehoud – « amoureux depuis le lycée », disent-ils – avaient été kidnappés, tous les deux, dans leur habitation du kibboutz Nir Oz lors du pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023 – l’attaque sanglante qui devait déclencher la guerre.
Yehoud avait été libérée après 482 jours de captivité lors d’une trêve, au mois de janvier 2025. Pour sa part, Cunio a été relâché par les terroristes dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu qui a été conclu entre Israël et le Hamas, au mois d’octobre dernier.
Cunio se souvient de la terreur ressentie lors de leur enlèvement et de leur séparation une fois arrivés à Gaza.
« Je lui ai dit : ‘Le plus important, c’est que nous restions ensemble. Tant qu’ils ne nous séparent pas, tout ira bien’. Une demi-heure plus tard, c’est ce qui s’est passé », s’est souvenu Cunio. « Tout s’est passé si vite, je n’ai même pas eu le temps de lui dire ‘Je t’aime, sois forte’. »
« Je n’ai pas réussi à lui dire au revoir, je n’ai pas pu voir ses yeux, a renchérit Yehoud au cours de l’entretien.
Alors que la majorité des 251 otages avaient été détenus par petits groupes par le Hamas, Yehoud et Cunio avait été conservés en captivité par le Jihad islamique palestinien, qui les avait gardés séparés et seuls.
Cunio a décrit le sentiment d’isolement qui l’a étreint pendant sa captivité. « J’ai été complètement seul pendant deux ans, je n’ai jamais vu un seul autre prisonnier », a-t-il déclaré. « Est-ce que vous vous êtes déjà demandé si vous verriez le soleil se lever, le lendemain matin ? »
Il a raconté qu’après avoir été capturé, il avait d’abord été emmené dans un immeuble résidentiel. Il avait ensuite été transféré et gardé en captivité dans un vide sanitaire, au-dessus du plafond d’un magasin.
« Je suis resté là pendant environ trois mois et demi, recroquevillé tout le temps, avec des souris qui couraient partout, des cafards, assis sur un matelas toute la journée. Les fenêtres étaient fermées, la porte était fermée toute la journée », a-t-il dit. « À cause de la chaleur, il n’y a même pas d’air pour respirer. Même si vous n’êtes pas sous terre, il n’y a pas d’air. On se sent étouffé, la chaleur est si intense qu’on transpire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant des mois. On est sale, la peau devient noire, on a des éruptions cutanées sur tout le corps, de la tête aux pieds. »
De plus, comme il était gardé prisonnier au-dessus d’une rue très fréquentée, il devait rester silencieux à tous les moments. Ses geôliers le menaçaient, le cas échéant, de le remettre entre les mains du Hamas qui le feraient entrer dans les tunnels.
Lettres et notes
Cunio a raconté qu’après avoir insisté à plusieurs reprises auprès de ses ravisseurs pour obtenir des informations sur Yehoud, ses geôliers lui ont dit d’écrire une lettre qu’ils ont finalement transmise à Yehoud – ce qui leur a permis de correspondre pendant quelques mois.
Yehoud a confié qu’elle avait eu un choc lorsque la première lettre de Cunio lui avait été remise – les terroristes lui avaient alors dit que l’otage « les rendait fous ».
« On a beaucoup écrit sur notre amour, sur ce qui nous arrivait chaque jour, sur nos conditions de vie, pour essayer d’avoir une idée de ce qui se passait à l’extérieur », s’est souvenu Cunio pendant l’interview. « Elle m’a écrit dans sa dernière lettre qu’elle avait entendu parler d’un massacre à Nir Oz et que nous devions rester forts face à ce que nous allions découvrir à notre sortie, parce qu’on ne savait rien. On ne savait pas si sa famille est en vie, qui était mort, qui avait été kidnappé ».
Une communication qui n’a toutefois pas duré longtemps. Yehoud a raconté la manière dont les lettres devenaient plus courtes : « Je veux dire qu’il y a eu des petits mots, comme : ‘Je vais bien, je t’aime’. » Elle a ajouté qu’elle n’avait plus le droit d’écrire davantage.
« Ils m’ont dit : « Les lettres, c’est fini ; tu ne poses plus de questions à son sujet’, » a poursuivi Yehoud. « Nous te tuerons, nous le tuerons. C’est tout ».
Elle a précisé que « aujourd’hui, nous ne sommes plus les mêmes personnes et nous essayons toujours de trouver notre nouvelle voie en tant que couple. »
Terrifiée
Dans une autre interview accordée cette fois-ci au Daily Mail, Yehoud a parlé de sa libération et de sa crainte permanente : celle qu’elle soit à nouveau capturée par d’autres gangs à Gaza.
Yehoud avait été remise en liberté en compagnie de sept autres otages à Khan Younès, dans le sud de Gaza, lors d’une cérémonie particulièrement chaotique au cours de laquelle elle et Gadi Mozes avaient été promenés devant une foule en ébullition, qui était formé de centaines d’hommes armés et masqués.
Les captifs avaient été contraints de traverser la foule, accompagnés d’hommes armés, depuis les véhicules qui les avaient amenés jusqu’aux véhicules de la Croix-Rouge – des scènes qui avaient suscité l’indignation en Israël.
« Je me souviens être sortie et avoir vu cet océan de bandeaux verts », a-t-elle indiqué. « J’étais la seule femme. Mon esprit essayait de comprendre : est-ce que je suis dorénavant libre ?… Pourtant, ils m’entourent toujours ?… J’étais terrifiée, mais je savais que je devais survivre. Je pensais à Ariel : je devais retourner auprès de lui ».
Chaque jour
Lors de son entretien avec le Daily Mail, Yehoud a également évoqué la difficulté de parler de son expérience depuis sa libération et la façon dont elle s’est inspirée de l’exemple d’autres anciens otages.
Yehoud a déclaré qu’elle n’avait pas été capable de supporter les récits d’autres survivants – ajoutant que les choses avaient changé quand Romi Gonen, ancienne otage, avait révélé qu’elle avait été victime d’agressions sexuelles répétées de la part de ses geôliers avant d’être transférée sous terre avec d’autres captifs.
« Cela a été différent », a-t-elle dit. « Cela a été difficile pour moi, mais j’ai finalement décidé de regarder le reportage sur elle. J’ai réalisé que ce que Romi a décrit avoir vécu une seule fois, c’est ce que j’ai vécu presque tous les jours ».
De plus, Yehoud a expliqué avoir subi des interrogatoires, des tentatives de conversion forcée et la famine.
Il y a beaucoup de choses dont elle ne parvient toujours pas à parler, a-t-elle confié devant les caméras.
« Parce que cela a duré très longtemps et que j’ai vécu ces choses du début à la fin, elles sont donc enfermées dans une boîte scellée », a-t-elle indiqué à la chaîne N12.
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