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L’ex-otage Romi Gonen raconte les agressions sexuelles répétées commises par ses ravisseurs à Gaza

Le président Isaac Herzog a salué le « courage extraordinaire » de l’ancienne captive après son témoignage ; "Si tu en parles à qui que ce soit, je te tuerai" la menace un des terroristes

Romi Gonen s'exprime dans l'émission « Uvda », diffusée le 25 décembre 2025. (Crédit : capture d'écran vidéo, chaîne N12)
Romi Gonen s'exprime dans l'émission « Uvda », diffusée le 25 décembre 2025. (Crédit : capture d'écran vidéo, chaîne N12)

L’ancienne otage Romi Gonen a révélé avoir été agressée sexuellement à plusieurs reprises par quatre hommes différents au cours de ses 471 jours de captivité à Gaza, dans une interview diffusée jeudi.

Cet entretien, accordé à l’émission Uvda sur la chaîne N12, revient en détail sur son calvaire, depuis son enlèvement lors du festival de musique Nova, le 7 octobre 2023, alors qu’elle était âgée de 23 ans.

Aujourd’hui âgée de 25 ans, Gonen dit avoir été emmenée dans la bande de Gaza, transférée entre plusieurs maisons privées, puis conduite sous terre plusieurs semaines après le début de la guerre. Ce premier volet de l’entretien, d’une durée d’une heure, sera suivi d’une seconde partie diffusée la semaine prochaine.

Dès son enlèvement, confie-t-elle, elle a été conduite à l’hôpital Al-Shifa. Elle avait été blessée par balle au bras lors du pogrom perpétré par les terroristes du groupe palestinien du Hamas avant d’être kidnappée. C’est là, raconte-t-elle, qu’elle a subi les premiers abus.

Alors qu’une femme, probablement une infirmière, essayait de trouver une veine dans son bras, « un homme a commencé à déchirer tous mes vêtements. L’un d’eux m’a enlevé mes chaussures. Un autre m’a arraché mes boucles d’oreilles, un autre encore m’a retiré tous mes bijoux. »

« J’étais là, entourée d’une quinzaine de personnes qui me touchaient en même temps. Jusqu’à ce qu’ils finissent par déchirer tous mes vêtements. Je suis restée allongée nue. C’était comme une expérience de décorporation, comme si je voyais tout d’en haut », confie-t-elle.

« J’étais sûre que j’allais me réveiller sans bras. »

Romi Gonen montre une photo d’elle, après son enlèvement par des terroristes, portant un hijab et recouverte d’une couverture anti-hypothermie, après avoir été blessée au bras et avoir perdu beaucoup de sang, à l’hôpital Al-Shifa de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Capture d’écran/N12)

Lorsqu’elle a repris connaissance, elle a été conduite dans la première maison où elle a été retenue captive.

Gonen explique que, lorsqu’elle évoque sa captivité à Gaza, elle sent que beaucoup se posent la même question, « Est-ce qu’ils t’ont agressée ? », mais que personne ne la lui pose directement.

« Je ne la poserais pas non plus si j’étais à votre place. Mais je pense que si personne ne la pose, c’est parce que personne ne veut entendre la réponse », ajoute-t-elle.

« J’ai subi toutes sortes d’agressions, de la part de quatre hommes différents, au cours de ma captivité. À des degrés divers. »

« Il a tout pris de moi » : agressée par un soi-disant secouriste

La première agression grave dont elle se souvient a eu lieu au quatrième jour de sa captivité, alors qu’elle était détenue dans une maison par cinq terroristes du Hamas.

L’agresseur était un homme présenté comme un secouriste, chargé de soigner ses blessures. Gonen confie que la douleur était si intense qu’elle l’a supplié de l’emmener à l’hôpital afin qu’on lui ampute le bras.

Elle indique qu’elle avait été autorisée à prendre une douche et que son ravisseur l’avait suivie, sous prétexte « qu’il était infirmier et qu’il venait ‘m’aider’ sous la douche ».

« J’étais blessée, je n’avais aucune force et je me trouvais dans une situation où je ne pouvais rien faire. « Il a tout pris de moi », explique-t-elle.

« Après cela, j’ai dû continuer à vivre avec lui dans la maison. »

Eitan Gonen, père de Romi Gonen, retenue en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, le 7 mars 2024. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Immédiatement après l’agression sous la douche, Gonen a été contrainte de tourner une vidéo de propagande pour le Hamas, qui n’a jamais été diffusée par le groupe terroriste, mais a depuis été récupérée par Tsahal.

L’homme qui a filmé la vidéo, prénommé Mohammed, allait devenir le pire des agresseurs qu’elle ait connus à Gaza, après qu’elle a été transférée chez lui environ deux semaines après le début de la guerre.

« Quand tu vas aux toilettes, je t’accompagne »

Lors de la première nuit passée dans cette maison, elle a été contrainte de rester seule avec lui, sur un matelas installé dans le salon.

Il a commencé à la toucher, raconte-t-elle, d’abord dans le dos, puis en descendant vers sa taille. Cette fois-là, elle l’a repoussé et a réussi à attraper son matelas pour l’emporter dans une autre pièce, où elle a dormi cette nuit-là.

Mais le lendemain, Mohammed lui a dit : « Hier, c’était une exception. À partir de maintenant, ça ne se reproduira plus. Toi et moi, on va dormir sur des matelas côte à côte, l’un contre l’autre. Quand tu iras aux toilettes, je t’accompagnerai. Chaque nuit, je vais te menotter. »

Les seize jours qu’elle a passés dans cette maison, située dans le camp de Shati, au nord de Gaza, ont été les pires de toute sa captivité. Pendant plusieurs jours, Mohammed et un autre homme, Ibrahim, l’ont agressée.

Des Palestiniens marchent au milieu des destructions causées par l’offensive aérienne et terrestre israélienne dans le camp d’Al-Shati, à Gaza-City, le 25 mars 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

« Je suis assise sur le lit. Ibrahim vient s’asseoir à côté de moi et commence à me harceler. La pièce est plongée dans un silence total. Je me mets à pleurer de manière incontrôlable. Il me dit alors, ‘Fais attention, si tu ne te calmes pas, je vais me mettre en colère.’», se souvient-elle.

« Et c’est ainsi que les jours se succèdent : je vais aux toilettes et Muhammad est avec moi, il me regarde. Je fais pipi en tenant mon pantalon d’une main, je m’assois sur les toilettes pour qu’il ne voie rien de moi, Dieu m’en préserve. Ibrahim ne cesse de me harceler. Ils m’attrapent la jambe et remontent jusqu’à la cuisse. Je donne des coups de pied. »

« Chaque nuit [Mohammed] dormait avec moi », dit-elle, « avec un pistolet sous l’oreiller et un AK à côté du lit. Il me demandait tout le temps : ‘Avec qui as-tu couché ? Quand as-tu couché avec eux ?’ »

Gonen raconte avoir menti à ses ravisseurs et leur avoir dit qu’elle avait un mari, qu’elle avait nommé d’après sa sœur aînée, Yarden.

Yarden Gonen, la sœur de l’otage Romi, assiste à une réunion de la Commission de la Knesset sur le Statut des femmes et l’égalité des sexes, avec Mandy Damari, la mère de l’otage Emily, à sa gauche, à Jérusalem, le 28 octobre 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90).

« Il a un an de plus que moi, nous nous sommes rencontrés dans le restaurant où nous travaillions tous les deux, nous nous sommes mariés il y a un an et demi, et c’est l’amour de ma vie », lui a-t-elle raconté sur cet époux imaginaire.

« Je n’ai pas eu mes règles, et cela a terrifié tout le monde »

Alors qu’elle se trouvait encore dans cette maison, Gonen n’a pas eu ses règles, une situation qui, dit-elle, « a terrifié tout le monde ».

« Ma plus grande peur était qu’ils m’aient fait quelque chose durant ces trois premiers jours, ou à l’hôpital, à mon insu », confie-t-elle, évoquant une période marquée par des pertes et retours de connaissance à répétition, consécutives à sa blessure par balle.

Des troupes de l’unité de reconnaissance de la Brigade Nahal opèrent dans la zone de l’hôpital Shifa de la ville de Gaza, dans une image publiée le 31 mars 2024. (Crédit : armée israélienne)

« Ils étaient persuadés que j’avais couché avec ‘Yarden’ la veille de la fête et que je n’avais pas eu mes règles parce que j’étais enceinte. Je leur ai expliqué que ce n’était pas le cas. Un jour, il m’a apporté un test de grossesse. Et le résultat était négatif », raconte-t-elle.

Deux jours plus tard a eu lieu l’agression la plus grave.

« Je me suis endormie dans l’après-midi, par terre, dans le salon. Je me suis réveillée avec Mohammed et Ibrahim qui discutaient au-dessus de moi. Ils se sont agenouillés et [Mohammed] m’a dit : ‘Écoute, le Hamas vient de m’appeler et m’a demandé de te tuer. J’ai demandé s’il y avait une possibilité de te garder en vie, pour moi, et ils ont répondu oui, mais nous devons quitter cette maison’ », se souvient-elle.

« Il m’a dit : ‘Va dans la salle de bain, lave-toi dans le lavabo, car je ne sais pas quand tu pourras à nouveau prendre une douche.’ C’était la première fois que j’allais seule dans la salle de bain. Je suis allée dans la salle de bain. Puis il m’a suivie. »

Il l’a alors agressée pendant environ trente minutes.

Alors qu’elle pleurait, lui était « extatique.

« Tant que vous n’êtes pas dans cette situation, vous ne comprenez pas ce qui arrive au corps. La peur vous paralyse parfois. Et j’étais paralysée », explique-t-elle à l’intervieweur.

Elle a déclaré avoir pleuré pendant toute la durée de l’agression, tandis que son agresseur « était extatique. « Il avait reçu le cadeau de sa vie. »

« Je me souviens d’un moment où j’ai regardé – il y avait une sorte de fenêtre, un petit carré comme un cadre photo — et j’ai regardé à travers la fenêtre et je me suis dit : « Wow. Un ciel bleu, des oiseaux qui chantent, et voilà la situation dans laquelle je me trouve en ce moment » », se souvient-elle.

« La dissonance entre la vie à l’extérieur, la vie belle, normale et propre, et la saleté, la brutalité et le dégoût absolu qui règnent ici, dans cette salle de bain… C’est un moment que je n’oublierai jamais de ma vie. »

Après l’agression, Gonen raconte avoir été prise de violents vertiges. « La seule chose qui me traversait l’esprit, c’était : ‘Romi, tout le monde en Israël pense que tu es morte, et tu vas devenir une esclave sexuelle.’ ».

« Je suis arrivée dans le salon, je me suis assise sur une chaise, en état de choc total. Les larmes ne coulaient pas seulement de mes yeux, elles se déversaient ; mes jambes étaient couvertes d’eau à cause de toutes ces larmes », raconte-t-elle.

Plus tard, dit-elle, son agresseur « a pointé une arme sur ma tête et m’a dit : ‘Si tu en parles à qui que ce soit, je te tuerai.’ »

C’est immédiatement après cette agression qu’elle a été transférée vers son prochain lieu de détention, sous terre. À ce moment-là, dit-elle, « j’ai compris ce qui s’était passé cet après-midi-là ».

« C’était son dernier jour [avec moi], et il n’avait pas prévu que ce serait son dernier jour. Alors il a fait tout ce qu’il pouvait avant mon départ. Il a profité de cette demi-heure pour agir. »

Des terroristes armés du Hamas surveillant une zone de Gaza-City, le 3 novembre 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

Le président Isaac Herzog a salué sur X le « courage extraordinaire » de Romi à la suite de la diffusion de son témoignage sur N12.

« Le témoignage de Romi Gonen est bouleversant », a écrit le président, en accompagnement d’un extrait de l’interview.

« D’une voix tremblante, mais avec un courage extraordinaire, Romi a révélé l’enfer qu’elle a enduré pendant sa captivité par le Hamas : violences sexuelles et… tentatives systématiques d’anéantir l’esprit humain. Son histoire doit être racontée partout, afin que nul n’oublie ce que nous avons enduré en tant que peuple, ce que les otages ont enduré, et ce que Romi a enduré. »

Il a ajouté : « Romi, tu es une véritable héroïne. Nous saluons ton courage. »

Romi Gonen a été enlevée lors du festival de musique Nova pendant le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes ont envahi le sud d’Israël depuis Gaza, emmenant 251 otages dans la bande de Gaza après avoir assassiné plus de 1 200 personnes, principalement des civils, et commis de nombreux actes de brutalité, de sévices et de violences sexuelles, visant délibérément des familles dans leurs maisons et des festivaliers lors d’une rave musicale.

Au cours des deux années qui ont suivi, plusieurs accords de cessez-le-feu et de libération d’otages ont permis soit le sauvetage de captifs par les forces israéliennes, soit leur libération en échange de milliers de prisonniers sécuritaires palestiniens, dont des terroristes condamnés à la réclusion à perpétuité. Romi Gonen a été libérée dans ce cadre en janvier 2025.

La dépouille du dernier otage, le sergent-chef Ran Gvili, se trouve toujours dans la bande de Gaza.

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