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Une célèbre chef engagée dans le mouvement BDS partage la scène avec des chefs israéliens à San Francisco

Samin Nosrat, qui a découvert ses origines juives après s'être ralliée au boycott, se produit au JCC aux côtés d'Itamar Srulovich et de Sarit Packer, et fait la promotion d'une boulangerie juive locale

Samin Nosrat, qui est apparue sur scène au JCCSF le 5 octobre 2026, dans sa mini-série Netflix de 2018 intitulée « Salt, Fat, Acid, Heat ». (Crédit : Adam Rose/Netflix via JTA)
Samin Nosrat, qui est apparue sur scène au JCCSF le 5 octobre 2026, dans sa mini-série Netflix de 2018 intitulée « Salt, Fat, Acid, Heat ». (Crédit : Adam Rose/Netflix via JTA)

J. The Jewish News of Northern California via JTA — Lorsque Samin Nosrat, célèbre chef et ambassadrice gastronomique de la région de la Baie de San Francisco, s’est produite cette semaine au JCC de San Francisco (JCCSF) aux côtés de deux chefs israéliens, elle n’avait plus acheté ni fait la promotion de produits alimentaires israéliens depuis près de trois ans.

Cette ancienne de Chez Panisse et autrice du best-seller de 2017 « Salt Fat Acid Heat » s’est jointe aux chefs israéliens Itamar Srulovich et Sarit Packer, les deux époux fondateurs du célèbre restaurant londonien, pour évoquer leur dernier livre de cuisine, « Honey & Co. Daily: Easy Food for Your Everyday Pleasure ».

Pour promouvoir cet événement, Nosrat a invité le public à la rejoindre dans la soucca du JCCSF pour déguster des bouchées préparées par Loquat, une boulangerie juive du quartier de Hayes Valley à San Francisco, qu’elle a présentée comme sa préférée. Cette célébration de la culture gastronomique juive et israélienne a eu lieu deux jours avant le troisième anniversaire du pogrom perpétré par le Hamas en Israël, le 7-Octobre.

En 2023, Nosrat a signé l’engagement Hospitality for Humanity, qui, conformément aux termes du mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS), invite ses signataires à « ne pas acheter, utiliser ou promouvoir de produits agricoles ou alimentaires israéliens […] tant qu’Israël maintiendra son système d’apartheid, d’occupation, de colonisation et de génocide ». Israël rejette cette dernière accusation.

Le boycott a récolté plus de 1 100 signatures issues de l’ensemble du secteur. Lorsque le New York Times a couvert ce phénomène, en novembre 2023, il a cité Nosrat parmi ses plus grands soutiens.

Cet engagement cible les produits israéliens – et non le peuple. Srulovich et Packer sont par ailleurs des amis de longue date de Nosrat.

Nosrat n’a pas répondu à plusieurs demandes de commentaires, et elle n’a pas non plus désavoué publiquement le boycott, lequel a bouleversé les relations entre les entreprises de restauration israéliennes et juives et les autres cuisines du Moyen-Orient. Une situation tendue que le magazine New York a abordée en août dans sa série Habibi City, selon laquelle la guerre menée par Israël à Gaza aurait inauguré un âge d’or pour les restaurants d’Asie du Sud-Ouest et d’Afrique du Nord, au détriment des cuisines considérées comme juives ou israéliennes.

Itamar Srulovich (au centre) et Sarit Packer (à droite), un couple marié, présentent une recette lors du Gefiltefest de Londres, le 28 juin 2015. (Autorisation)

Les restaurants de la région de la Baie ont eux aussi subi cette pression. Guy Eshel, propriétaire israélien du Sababa, un restaurant de pita très prisé du quartier financier de San Francisco, a confié à J. qu’il avait récemment revendu son établissement, invoquant la double pression d’un centre-ville en difficulté et d’un sentiment anti-israélien. Mica Talmor, une chef israélienne qui dirigeait le Pomella à Oakland jusqu’à l’année dernière, a expliqué que le stress lié aux événements du 7-Octobre et à leurs conséquences avait contribué à la fermeture de son restaurant.

Au cours des années qui ont suivi sa signature de l’engagement à boycotter, Nosrat, Irano-Américaine de première génération élevée par une mère musulmane et un père bahaï, a divulgué le secret de sa famille : ses ancêtres paternels étaient juifs.

Cette ascendance, Nosrat l’a découverte par hasard. Elle était partie à la recherche du testament de son père, dont elle s’était éloignée, alors qu’il était sur son lit de mort. Ces recherches l’ont conduite jusqu’à une chaîne YouTube dont elle ignorait l’existence, sur laquelle avaient été mises en ligne des heures d’enregistrements de son père en train de « pérorer ».

Dans ces enregistrements, « il révélait que nous avions des ancêtres juifs , ce qu’on nous avait toujours caché », a-t-elle confié l’année dernière à l’animateur de podcast Sam Fragoso alors qu’elle faisait la promotion de son nouveau livre, « Good Things ». « Je me suis dit : « C’est trop cool, c’est incroyable. » Une de ces choses qui me font dire : « Waouh, j’aurais tellement aimé savoir ça sur moi-même. » »

La rabbine Tarlan Rabizadeh, qui dirige le Maas Center for Jewish Journeys à l’American Jewish University de Los Angeles, a indiqué avoir vu de nombreux étudiants iraniens apprendre qu’ils avaient des racines juives.

« Ce n’est pas facile d’appartenir à une religion minoritaire lorsqu’on vit au sein d’une communauté majoritairement musulmane », a expliqué Rabizadeh. « Beaucoup de gens ont donc dissimulé leur judaïsme ou se sont convertis, et leurs arrière-arrière-petits-enfants ne l’ont découvert que lorsque quelqu’un le leur a révélé sur son lit de mort. »

La religion occupait une place centrale dans l’histoire de la famille Nosrat. Au milieu des années 1970, alors que la pression s’intensifiait en Iran, les parents de Nosrat ont fui pour échapper à la persécution qui visait les bahaïs.

La mort de son père, conjuguée à sa propre dépression, aux conséquences persistantes de la pandémie de Covid et à une remise en question personnelle après le succès de « Salt Fat Acid Heat », a déclenché chez Nosrat une véritable introspection.

« Aujourd’hui, nous sommes tellement nombreux à rechercher un sens profond à notre existence et à essayer, chacun à notre manière, de répondre à la question : “Qu’est-ce qu’une vie réussie ?” », a confié Nosrat à Fragoso.

C’est dans l’enseignement juif qu’elle a trouvé des réponses, et plus précisément chez un rabbin du XXe siècle. Un ami lui a prêté un exemplaire du livre du rabbin Abraham Joshua Heschel, « The Sabbath », publié en 1951. Heschel, rabbin américain né en Pologne, a été l’une des figures juives les plus marquantes de l’ère des droits civiques ; il a défilé aux côtés du révérend Martin Luther King Jr. à Selma, en Alabama.

Nosrat a été captivée par la déclaration de Heschel selon laquelle « le judaïsme est une religion non pas des choses, mais essentiellement du temps ».

« Une pratique importante à cet égard consiste à se retirer pour Shabbat. Je crois qu’il l’appelle une cathédrale dans le temps », a expliqué Nosrat à Fragoso. « J’ai essayé de comprendre ce que je faisais de ma vie, et pourquoi. La réponse… a finalement consisté à trouver un moyen de tirer le meilleur parti possible de mon temps, de lui donner toute sa valeur, et de partager ce message sur l’importance du temps pour nous tous. »

Nosrat n’a toutefois pas précisé si cette quête avait modifié sa vision du boycott.

Samin Nosrat, chef et autrice de la série Netflix « Salt, Fat, Acid, Heat », pose lors de la séance photo organisée par Netflix dans le cadre de la tournée estivale de presse de la Television Critics Association, à l’hôtel Beverly Hilton, le 29 juillet 2018, à Beverly Hills, en Californie. (Crédit : Willy Sanjuan/Invision/AP)

Selon l’historien Arash Azizi, maître de conférences à l’université de Yale, qui rédige actuellement un ouvrage sur les relations entre Israël et l’Iran, se découvrir des racines juives a souvent un impact plus profond sur les gens que de réaliser qu’ils sont, par exemple, originaires d’une autre région du monde.

« Cela s’explique par le fait que l’appartenance juive est une question bien plus controversée que, disons, l’appartenance italienne », a ajouté Azizi. « Les Juifs représentent une population relativement restreinte, mais l’identité juive occupe une place centrale dans la vie politique, aux États-Unis comme ailleurs. Il n’est donc pas du tout surprenant que le fait d’affirmer son identité juive revête une importance particulière. »

Azizi se dit « troublé » par la manière dont la guerre à Gaza a contraint les gens, en particulier les personnalités publiques, à prendre position, comme aucun autre événement mondial ne l’avait fait auparavant.

« Pour beaucoup de gens, c’est l’alpha et l’oméga, et cela en dit long sur la nature manichéenne des guerres culturelles en Amérique », a poursuivi Azizi. « Les Américains pensent parler du monde. Mais en réalité, ils ne parlent toujours que d’eux-mêmes. Le conflit israélo-palestinien devient une nouvelle arme dans ces guerres culturelles de clochers. »

Pour Talmor, la participation de Nostar à cet événement conforte son opinion selon laquelle la culture culinaire ne doit pas être politisée au point d’exclure des individus.

« Critiquer un gouvernement est une chose. Mais rejeter son peuple, ses artistes, ses agriculteurs et ses chefs en est une autre », a-t-elle indiqué. « Je préfère voir des chefs s’asseoir à la même table et discuter plutôt que de tracer des lignes pour déterminer qui a le droit de participer. »

Aliza Sokolow, styliste culinaire lauréate d’un Emmy Award et basée à Los Angeles, a fait savoir qu’elle soutenait l’initiative de Nosrat de « venir et apprendre », malgré son engagement en faveur du boycott d’Israël.

« Je vais la contacter et l’inviter pour Shabbat la prochaine fois qu’elle sera en ville », a déclaré Sokolow.

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