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Une influenceuse gazaouie accusée d’avoir détourné des fonds d’aide avant de s’enfuir

"Malak Fadda", connue pour ses vidéos la montrant en train d'aider les habitants de Gaza, a quitté l’enclave pour raisons médicales, déclenchant une vague de critiques en ligne

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

L’influenceuse gazaouie Malak Fadda, dans l’une des vidéos qu’elle a publiées sur sa page Instagram, en août 2025. (Crédit : Capture d’écran/Instagram ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)
L’influenceuse gazaouie Malak Fadda, dans l’une des vidéos qu’elle a publiées sur sa page Instagram, en août 2025. (Crédit : Capture d’écran/Instagram ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Une simple publication Instagram d’une célèbre habitante de Gaza a récemment déclenché une tempête sur les réseaux sociaux palestiniens.

La jeune femme, connue sur les réseaux sociaux sous le nom de « Malak Fadda » et très populaire parmi les Palestiniens, a publié sur son compte le 10 septembre, « Loué soit Dieu, mon frère a été admis pour se faire soigner à l’étranger et je l’accompagne. Priez pour sa sécurité ». La publication était accompagnée de photos la montrant aux côtés d’un jeune homme conduit vers une ambulance, ainsi que d’autres clichés où il semblait souffrir de blessures à la tête et au bras.

Très vite, les réactions en ligne se sont multipliées. De nombreux internautes ont accusé Fadda d’avoir collecté d’importantes sommes, soi-disant, pour aider les habitants de Gaza, avant de quitter l’enclave, malgré sa promesse publique de ne jamais le faire. Ces accusations, largement diffusées en ligne, n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Ce tollé illustre la popularité exceptionnelle de Fadda sur Internet. Âgée de 22 ans et originaire de Rafah, elle a acquis une immense popularité au cours des 23 mois de guerre. Elle compte plus de 3,4 millions followers sur Instagram et plus de 200 000 sur TikTok, des chiffres rares pour une personne qui publie principalement en arabe.

Tandis que quelques internautes lui ont exprimé leur soutien et souhaité santé et sécurité à sa famille, beaucoup d’autres ont exprimé leur colère face à son départ. Devenue l’un des symboles des souffrances des Gazaouis, Fadda a mis en place une organisation officiellement destinée à recueillir des dons pour les habitants touchés par la guerre.

Un utilisateur a écrit sur X que la jeune femme « a fui Gaza sous un prétexte humanitaire, laissant derrière elle un million de dollars de vol et de trahison. Malak Fadda n’est pas malade, mais infectée par quelque chose de bien pire : la corruption et l’hypocrisie. » Un autre affirmait que « Malak a quitté Gaza à la première occasion avec des millions de dollars sur son compte, alors que les dons qu’elle redistribuait réellement n’étaient que des miettes ».

Plusieurs utilisateurs ont ressorti un extrait vidéo d’une interview qu’elle avait accordée à Al Jazeera en mars, dans laquelle elle jurait que jamais elle ne quitterait l’enclave. « Nous ne partirons pas de Gaza, car nous sommes les propriétaires légitimes de cette terre. S’ils la détruisent, nous la reconstruirons. Si nos enfants meurent, nous en ferons d’autres. » Cette vidéo a été largement partagée comme preuve de l’hypocrisie supposée de Fadda.

Ces reproches surviennent au moment où la popularité de Fadda grandit et où les appels aux dons en ligne se sont généralisés à Gaza depuis le début de la guerre.

Selon ses détracteurs, Fadda aurait exploité sa popularité en ligne pour collecter des fonds et renforcer sa notoriété, avant de quitter la bande de Gaza dès qu’une occasion s’est présentée, alors même qu’elle exhortait auparavant les habitants à rester sur leurs terres.

Certains internautes ont utilisé des termes particulièrement durs à son encontre. L’un d’eux l’accusant de « se faire de l’argent avec le sang des autres » et de s’être « enfuie en Jordanie après avoir détourné des millions ! ».

Un autre l’a qualifiée « d’influenceuse du Hamas qui nous a brisé le cœur avec ses discours sur la fermeté », avant de « discrètement s’échapper de Gaza, avec pour première étape la Jordanie, puis l’Europe. »

Un troisième y a vu un phénomène s’inscrivant dans une tendance plus large. « Comme tous les Palestiniens », a-t-il écrit, « elle a ouvert des comptes pour collecter des dons pour les enfants de Gaza et avait juré qu’elle ne quitterait jamais sa terre… la voilà en Jordanie. »

Fadda a lancé son compte Instagram en mai 2023, quelques mois avant que le pogrom meurtrier perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre ne déclenche la guerre dans l’enclave. Ce n’est toutefois qu’à partir de novembre qu’elle a commencé à publier régulièrement. Depuis lors, elle a documenté la vie à Gaza au cœur du conflit dévastateur, gagnant progressivement en visibilité. Sa popularité sur Instagram lui a aussi valu d’être interviewée par plusieurs médias arabes.

Dans ses premières vidéos tournées pendant la guerre, Fadda parlait de la situation à Gaza et se filmait en train d’accomplir des tâches du quotidien comme la cuisson du pain. Peu après, elle s’est mise à documenter diverses activités caritatives auxquelles elle participait : cuisiner dans des cuisines communautaires, distribuer de la nourriture aux personnes dans le besoin pour, finalement, fonder une initiative d’aide à son nom, « Sunduk Malak ((le fonds de Malak) ». Sur son site web, l’organisation affirme collecter des dons, mais n’a jamais publié de chiffres sur les sommes recueillies.

Dans une interview accordée à Al Arabiya en avril 2024, elle expliquait que lorsqu’elle a vu « la situation se détériorer à Rafah – ou à Gaza en général », il lui est apparu comme une nécessité qu’elle ne pouvait plus rester silencieuse et devait agir. « J’avais une opportunité, j’avais un compte avec de nombreux followers sur les réseaux sociaux – et c’est à partir de là que j’ai commencé. Les gens ont aimé et ont commencé à m’aider. »

Tout au long de la guerre, Fadda a publié des contenus à tonalité religieuse destinés à remonter le moral des habitants de Gaza. Dans une vidéo diffusée en août 2025, elle s’est adressée directement aux Gazaouis en leur demandant : « Pourquoi êtes-vous en colère ? Vous a-t-on interdit d’entrer au paradis ? Ne soyez pas tristes, ce monde et tout ce qu’il contient sont difficiles. Loué soit Allah, ce n’est pas notre foyer. » Elle expliquait que la vie terrestre n’était rien en comparaison de l’au-delà.

L’influenceuse gazaouie Malak Fadda (à droite), dans l’une des publications qu’elle a publiées sur sa page Instagram, en août 2025. (Crédit : Capture d’écran/Instagram ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« Elle est partie grâce à ses relations »

Depuis le début du conflit, certains patients et blessés ont obtenu l’autorisation de quitter la bande de Gaza, accompagnés de proches, afin de recevoir des soins dans des pays tiers. En règle générale, la procédure commence par une demande adressée au ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas. Si elle est acceptée, le dossier est transmis à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui coordonne le transfert et contacte les pays d’accueil.

Il est également arrivé qu’Israël participe aux efforts pour assurer un accueil à l’étranger. Des patients ont alors pu quitter Gaza à la demande explicite d’États tiers, parfois en raison de relations préexistantes avec des représentants humanitaires locaux.

Après l’annonce du départ de Fadda, des documents présentés comme émanant du ministère de la Santé de Gaza ont circulé en ligne. Ils suggéraient que Fadda elle-même, dont le vrai nom serait Malak Abu Ziadeh, était la patiente nécessitant des soins médicaux. L’un de ces documents, daté de mai, indiquait qu’elle avait été diagnostiquée avec des calculs rénaux.

Ces révélations ont alimenté les rumeurs sur les réseaux sociaux selon lesquelles elle aurait obtenu son évacuation grâce à ses relations personnelles. Un habitant de Gaza, Mustafa Asfour, a écrit sur X  qu’après « avoir collecté des millions de dollars sous prétexte ‘d’aide’, elle part se faire soigner grâce à ses relations, tandis que ceux qui le mériteraient bien plus restent piégés dans la bande de Gaza. »

Un autre document diffusé en ligne portait la signature du ministre jordanien de l’Intérieur, Mazen al-Faraya. Dans cette lettre, celui-ci approuvait le départ de Mohammed Abu Ziadeh, présenté comme le frère de l’influenceuse, pour être soigné en Jordanie, accompagné de deux proches, dont Malak Abu Ziadeh.

Une révélation qui a également déclenché une vague de réactions négatives en ligne. Un utilisateur a écrit sur X que « Malak Fadda est entrée en Jordanie grâce à une lettre personnelle du ministre jordanien de l’Intérieur. Nous exigeons des réponses ! ».

Un garçon palestinien blessé lors de l’offensive terrestre et aérienne de l’armée israélienne sur Gaza regarde depuis une ambulance le premier groupe d’enfants malades de Gaza arriver en Jordanie pour un traitement médical au poste-frontière du pont du roi Hussein, le 4 mars 2025. (Crédit : AP /Raad Adayleh)

Fait inhabituel, la chaîne de télévision Al-Aqsa, affiliée au groupe terroriste palestinien du Hamas, a publié une déclaration attribuée au ministère de la Santé de Gaza, qui a pris ses distances avec son départ. Le communiqué précisait que « Malak Fadda a reçu une recommandation médicale classée comme un cas non urgent pour voyager (en dehors de la bande de Gaza) à ce stade. Le ministère n’a pas été impliqué dans son départ. Elle est partie grâce à une coordination spéciale, sans implication officielle du ministère de la Santé dans la procédure. »

Dans un communiqué publié récemment, le ministère a précisé son système de classification, sans mentionner le nom de Fadda. « Les cas sont classés en fonction de leur gravité et de la nécessité de soins à l’étranger. Les cas critiques sont orientés vers des soins pris en charge par l’Organisation mondiale de la santé, tandis que les autres sont reportés jusqu’à ce qu’une opportunité appropriée se présente. »

Le ministère ne décide pas quels proches peuvent accompagner un patient, mais se limite à certifier l’état de santé de ce dernier. Tout au long de la guerre, les noms des patients et de leurs accompagnateurs ont été vérifiés par Israël, en particulier par le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT).

Le COGAT n’a pas répondu à une demande du Times of Israel concernant les conditions de sortie de Fadda de la bande de Gaza.

Elle avait sa propre organisation humanitaire

Fadda a commencé à publier des publications TikTok à partir d’août 2024, où elle apparaît vêtue d’un gilet marqué « Sunduk Malak ». Selon son site internet, cette organisation, créée par Fadda elle-même, vise à collecter des dons pour aider les habitants de Gaza. Le numéro de téléphone figurant sur le site correspond à un contact qui apparaissait auparavant sur sa page Instagram.

Le Times of Israel a tenté de joindre l’organisation ou Fadda à ce numéro, sans succès.

Fadda n’a pas expliqué comment elle collectait les dons ni quelles sommes avaient été reçues. Même face aux accusations affirmant qu’elle aurait conservé l’argent pour elle-même, Fadda est restée silencieuse.

Ce n’est pas la première fois, depuis le début des hostilités, que Fadda fait l’objet de critiques en ligne. En avril dernier, elle avait publié une vidéo reprochant au monde arabe de ne pas en faire assez pour Gaza. Plusieurs spectateurs avaient affirmé qu’elle avait filmé ce message depuis l’intérieur d’un véhicule de luxe, malgré la situation économique catastrophique de l’enclave.

L’un d’eux avait écrit sur elle que « cette dame dirige une organisation caritative. Elle n’avait rien, et maintenant, grâce à Dieu, elle a l’heureuse propriétaire d’une Porsche Cayenne 2020. »

Dans plusieurs vidéos récentes, Fadda apparaissait également en uniforme de Farj Global, un groupe humanitaire basé aux États-Unis et fondé en 2023 par deux médecins pour soutenir les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Certaines de ces vidéos ont aussi été partagées sur le compte Instagram officiel de l’organisation. Farj Global n’a pas répondu à une demande du Times of Israel concernant la nature des liens entre Fadda et l’association.

Depuis son départ de Gaza, Fadda continue de publier des contenus sur Instagram. Entre le 14 et le 17 septembre, elle a partagé plusieurs vidéos montrant des bénévoles portant des gilets Sunduk Malak distribuant de l’eau et de la nourriture aux déplacés ayant fui Gaza-City vers le sud, à la suite de la nouvelle offensive israélienne dans le nord de l’enclave.

L’influenceuse gazaouie Malak Fadda, dans plusieurs vidéos qu’elle a effectuées en tant que publication sur sa page Instagram, 2025. (Crédit : Capture d’écran/Instagram ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Selon des informations relayées récemment en ligne, des responsables liés à l’administration du Hamas à Gaza auraient eux aussi tenté de quitter l’enclave. Il a par exemple été rapporté qu’Anwar Atallah, membre du conseil municipal de Gaza City, avait quitté Gaza fin août, se rendant d’abord en Jordanie puis en Turquie.

Le COGAT a confirmé qu’Atallah était parti avec sa famille en Jordanie. Il a toutefois précisé que d’autres responsables du Hamas avaient demandé des permis de sortie et s’étaient vu opposer un refus.

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