Une nouvelle implantation pour « élargir Jérusalem » pour la première fois depuis 1967
La Paix maintenant accuse le gouvernement "d'annexion déguisée" ; Yisrael Gantz salue la "concrétisation du projet d’expansion de la présence juive"
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Un accord de développement récemment signé par l’État et le Conseil régional de Mateh Binyamin en Cisjordanie prévoit, une fois approuvé définitivement, la création d’une nouvelle implantation qui constituerait en pratique la première extension de Jérusalem depuis 1967.
L’implantation proposée, annoncée au début du mois, serait une extension vers l’ouest de l’implantation d’Adam, située à proximité de la limite nord-est de Jérusalem. Elle prévoit la construction de quelque 2 780 logements dans un nouveau « quartier » d’Adam.
Cependant, le terrain sur lequel cette nouvelle implantation serait construite est physiquement séparé d’Adam par la Route 437, une artère routière importante, puis par la barrière de sécurité.
L’implantation proposée serait donc beaucoup plus contiguë au quartier de Neve Yaakov, situé à l’est de Jérusalem et à l’intérieur de ses limites municipales, qu’à Adam.
Elle ne ferait pas officiellement partie de Jérusalem et serait considérée comme un quartier d’Adam, même si les responsables de l’organisation La Paix Maintenant affirment qu’elle bénéficierait probablement d’au moins certains services municipaux de Jérusalem.
L’implantation serait construite sur 500 dunams de terrain, entre les villes palestiniennes de Hizma et al-Ram, et nécessiterait un investissement d’environ 120 millions de shekels de la part du gouvernement pour construire les infrastructures, les espaces publics et les institutions communautaires nécessaires.
Le plan n’a pas encore été déposé auprès de la commission supérieure de planification de l’Administration civile, ce qui signifie que l’autorisation complète pourrait encore prendre jusqu’à deux ans.
Néanmoins, 500 logements ont déjà été commercialisés pour la première phase du projet, a déclaré le ministère du Logement et de la Construction.
« Cet accord marque une étape importante dans le développement continu de l’implantation et le renforcement de la continuité des implantations dans la région, tout en répondant à la demande de logements à Jérusalem et dans ses environs, et en prévoyant une planification progressive et équilibrée de nouveaux quartiers à proximité du tissu urbain existant », a déclaré le ministère dans un communiqué publié le 3 février pour annoncer ce projet.
L’organisation La Paix Maintenant, qui milite contre les implantations, a déclaré que ces nouveaux plans constituaient une nouvelle forme d’annexion par le gouvernement et une expansion sans précédent de Jérusalem.
Après la reprise de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie par Israël lors de la Guerre des Six Jours, en 1967, la Knesset et les ministères ont officiellement étendu les limites de la capitale à leur position actuelle, intégrant ce qui était auparavant Jérusalem-Est, sous contrôle jordanien. Tous les quartiers construits par Israël à Jérusalem-Est depuis cette date, considérés comme des implantations par la plupart de la communauté internationale, se trouvent à l’intérieur de ces frontières.
« C’est la première fois depuis 1967 que Jérusalem s’étend en Cisjordanie », a affirmé La Paix Maintenant.
« Sous prétexte d’une nouvelle implantation, le gouvernement procède à une annexion détournée. Cette implantation fonctionnera à tous égards comme un quartier de la ville de Jérusalem, et sa planification en tant que ‘quartier’ de l’implantation d’Adam n’est qu’un prétexte et une tentative de dissimuler cette mesure, dont l’objectif est d’appliquer la souveraineté israélienne aux territoires de Cisjordanie », a-t-elle ajouté.
Le député Gilad Kariv (Les Démocrates) a également condamné cette initiative, la qualifiant de « nouvel acte d’annexion sans précédent qui nous rapproche d’une explosion en Cisjordanie ».
Kariv a déclaré avoir écrit au ministre du Logement et de la Construction, Haïm Katz, au sujet du « projet d’extension de Jérusalem au-delà de la Ligne verte et d’annexion de facto du territoire », ajoutant que « l’annexion entraînerait une catastrophe en matière de sécurité ».
Le président du Conseil régional de Mateh Binyamin, Yisrael Gantz, a salué ce nouveau développement, le qualifiant de « concrétisation de la vision d’expansion de la présence juive » pour sa région.
« Le nouveau plan nous permettra de construire des milliers de logements, tout en améliorant considérablement la qualité de vie des habitants », a déclaré Gantz, ajoutant que son conseil « travaillait déjà sur des accords supplémentaires » qui « annonceront un changement radical sur le terrain ».
Par ailleurs, plusieurs pays arabes et l’Union européenne ont dénoncé l’adoption dimanche par le gouvernement israélien de nouvelles mesures foncières renforçant son contrôle sur la Cisjordanie.
« Nous rappelons que l’annexion [de la Cisjordanie] est illégale au regard du droit international », a averti lundi la Commission européenne en appelant « Israël à revenir sur cette décision », qui constitue selon elle « une nouvelle escalade ».
Le ministère israélien des Affaires étrangères a précisé que la mesure visait « à mettre de l’ordre dans les procédures d’enregistrement foncier » et permettrait « une clarification transparente et approfondie des droits afin de résoudre les litiges juridiques ».
Il a accusé l’Autorité palestinienne (AP) de mener elle-même « des procédures d’enregistrement foncier illégales » dans des zones censées se trouver sous contrôle israélien en vertu des Accords d’Oslo.
La nouvelle disposition prévoit le financement à hauteur de 244 millions de shekels d’une opération de régularisation des titres fonciers dans la zone se trouvant sous contrôle israélien, qui représente environ 60 % du territoire de la Cisjordanie, a expliqué La Paix maintenant.
Cette procédure, selon l’ONG, pourrait revenir à déposséder des Palestiniens de certaines terres sur lesquelles ils sont installés mais dont les titres de propriété ne sont pas clairement établis, et à les enregistrer au nom de l’Etat israélien.
« Beaucoup de Palestiniens qui considèrent des terres comme les leurs découvriront qu’elles ne leur appartiennent pas en vertu du nouveau processus d’enregistrement », a déclaré lundi à l’AFP Yonatan Mizrachi, co-directeur de La Paix maintenant.
« Il y avait beaucoup d’ambiguïtés concernant ces terres et Israël a décidé à présent de s’en occuper », a-t-il ajouté en dénonçant une annexion rampante de la Cisjordanie : « Israël a décidé d’annexer la Cisjordanie et l’a déjà annexée. »
Le 8 février, Israël avait déjà annoncé des mesures, largement condamnées à l’étranger, étendant son autorité sur l’ensemble du territoire, divisé en trois zones – A, sous contrôle palestinien, B, mixte, et C – en vertu des Accords d’Oslo datant des années 1990.
Elles visent à rendre plus faciles les achats de terres pour les résidents d’implantation israéliens, avec notamment l’abrogation d’une loi datant de plusieurs décennies qui interdisait aux Juifs d’acheter directement des terres en Cisjordanie.
Elles doivent aussi permettre aux autorités israéliennes d’administrer certains sites religieux, même lorsqu’ils sont situés dans des zones placées sous le contrôle de l’AP.
L’AP a dit « condamner avec force » la nouvelle décision adoptée dimanche et « rejeter toute tentative de désigner des terres de Cisjordanie comme ‘territoire public’ sous contrôle de la force d’occupation ».
Elle a jugé ces mesures « légalement invalides » et revenant au « début de facto d’un processus d’annexion ».
L’Arabie saoudite a pour sa part dénoncé une atteinte « aux efforts en vue de la paix et de la stabilité dans la région ».
L’Égypte a condamné « une escalade dangereuse » et le Qatar a estimé que ces mesures revenaient à « une extension des projets [d’Israël] de priver le peuple palestinien de ses droits ».
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