Une pièce de monnaie vieille de 2 000 ans, revêtue de la plus ancienne représentation d’une menorah, restituée à Israël
Cette opération conjointe a par ailleurs permis la restitution d’une rarissime pièce d’argent vieille de 2 500 ans. Les autorités rappellent l’importance de la coopération internationale pour lutter contre le pillage
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Deux pièces de monnaie rarissimes de l’ancien Israël, datant de plus de 2 000 ans, dont l’une porte la plus ancienne représentation d’une menorah, ont été restituées à l’État d’Israël le 12 mai 2026, à l’issue d’une enquête conjointe des autorités américaines et de l’Autorité israélienne des antiquités. (Emil Aladjem/Autorité israélienne des antiquités)
Deux pièces de monnaie fort rares datant de plus de 2 000 ans ont été restituées à Israël, à l’issue d’une opération conjointe des forces de l’ordre israéliennes et américaines, a déclaré mardi par voie de communiqué l’Autorité israélienne des antiquités.
L’une de ces pièces est revêtue de la plus ancienne représentation connue d’une menorah juive à sept branches, ainsi que d’une table des pains, utilisée dans les premier et deuxième Temples de Jérusalem. Elle a été frappée en bronze dans la première moitié du Ier siècle de notre ère, du temps du Second Temple.
L’autre pièce, faite d’argent et vieille de 2 500 ans, très probablement frappée dans l’ancienne ville d’Ashkelon, est le deuxième exemplaire connu de ce type.
Selon l’Autorité israélienne des antiquités, les pièces ont été déterrées par des pilleurs et exportées clandestinement à l’étranger. Elles devaient être vendues aux enchères aux États-Unis, mais ont été saisies lors d’une opération conjointe menée par l’Unité de prévention des vols de l’Autorité israélienne des antiquités, l’Unité de lutte contre le trafic d’antiquités du bureau du procureur du district de Manhattan et le département américain de la Sécurité intérieure.
Les objets ont été remis lors d’une cérémonie qui s’est tenue lundi à New York.
Ces deux pièces sont très représentatives de leur période et lieu de provenance, explique Robert Kool, directeur du département des monnaies de l’Autorité israélienne des antiquités.
« « Ce qui rend cette pièce si intéressante, c’est son iconographie », annonce M. Kool au Times of Israel par téléphone, en parlant de la menorah.
La valeur des pièces de bronze était nettement inférieure à celle des pièces d’or ou d’argent, et on en trouve beaucoup plus lors des fouilles archéologiques mais aussi sur le marché. A l’exception de la pièce hasmonéenne conservée aux États-Unis, à la fois parce que seules quelques dizaines d’exemplaires de ce type ont été identifiés (un nombre relativement faible pour une pièce de bronze) et parce que ses gravures sont hautement symboliques.
Mattathias Antigonus a été le dernier des Maccabées, cette famille de grands prêtres qui, plus d’un siècle auparavant, avait vaincu les Grecs Séleucides, ce que commémore la fête juive de Hanoukka. Il avait l’appui des Parthes, lesquels régnaient alors sur la Perse et d’autres territoires de l’Orient, qui, en 40 avant notre ère, prirent la terre d’Israël aux Romains et firent de Mattathias le roi de Jérusalem.
« Hérode était considéré comme un usurpateur, et Mattathias était non seulement roi, mais aussi grand prêtre », souligne Kool. « Ces pièces véhiculaient le message ‘Je suis le roi et le grand prêtre, et je protège les symboles les plus précieux ainsi que le Temple, pour le peuple juif.’ »
À l’époque, le Temple était intact, mais, selon Yuval Baruch, chercheur spécialisé dans les menorot et chef de l’administration archéologique de l’Autorité israélienne des antiquités, seuls les prêtres pouvaient s’approcher du chandelier.
« À l’époque de Mattathias Antigonus, l’accès à la menorah, à l’intérieur du Temple de Jérusalem, était très limité », explique-t-il dans un communiqué de l’Autorité israélienne des antiquités en 2024. « Nous pensons que personne (si ce n’est les prêtres eux-mêmes) ne pouvait se tenir à côté de la menorah pour la dessiner ; on ne pouvait la regarder que de loin. Tout ce que les gens pouvaient faire, c’était graver l’apparence de la menorah dans leur mémoire et, plus tard, la dessiner ou la représenter de mémoire. »
La pièce porte également des inscriptions en paléo-hébreu et en grec, la première disant « Mattathias le Grand Prêtre » et la seconde « le roi Antigone ».
« Il fut le premier à utiliser ce double titre dans les deux langues », explique M. Kool. « D’une part, il se désigne comme grand prêtre ; d’autre part, il se présente comme un roi hellénistique, ce qui n’est pas surprenant car il vivait dans un environnement hellénistique, et dans la culture hellénistique. Il était on ne peut plus naturel de combiner la fonction de grand prêtre et celle de la royauté. »
Selon l’expert, dans l’Antiquité, la frappe de pièces de monnaie avait une fonction non seulement pratique mais aussi politique.
« Les pièces de monnaie étaient l’Instagram du Ier siècle avant notre ère », explique-t-il. « Comment un souverain aurait-il pu diffuser son idéologie autrement, à une époque où les médias n’existaient pas ? »
En 37 avant notre ère, Mattathias Antigonus fut vaincu par Hérode, qui fit de la région un État vassal de Rome.
Des pièces portant des symboles juifs furent à nouveau frappées environ un siècle plus tard, pendant la première révolte juive.
L’autre pièce, restituée à Israël à New York, représente la déesse grecque Athéna, avec son casque sur l’avers et un hibou déployant ses ailes sur le revers, des images similaires à celles figurant sur le tétradrachme d’argent athénien. Elle comportait également les lettres alef et nun en écriture phénicienne, la première et la dernière lettre du mot Ashkelon, ce qui laisse penser que telle est son origine.
« Au cours des Ve et IVe siècles avant notre ère, Ashkelon était une ville phénicienne », rappelle M. Kool.
« Les Phéniciens étaient de grands commerçants, actifs dans toute la Méditerranée », ajoute-t-il. « La pièce imite le tétradrachme athénien, qui était en fait la monnaie standard la plus importante de son époque en Méditerranée orientale. »
Les tétradrachmes en argent pesaient près de 17 grammes. Des pièces semblables ont été frappées en plusieurs endroits, à l’époque, à des fins commerciales.
L’unique pièce du même type fait partie des collections du Musée d’Israël. Dans ce cas là encore, la pièce n’a pas été découverte lors de fouilles archéologiques, mais acquise par Haim Gitler, conservateur en chef du département d’archéologie et conservateur de numismatique au Musée d’Israël, lors d’une vente aux enchères en 1998.
Dans la mesure où elles sont détachées de leur contexte archéologique, les pièces provenant du marché des antiquités ne peuvent pas fournir les mêmes informations que celles découvertes lors d’expéditions scientifiques.
Selon Gitler, les lettres alef et nun situées à côté de la chouette font probablement référence à Ashkelon, car l’ajout de la première et de la dernière lettre du nom d’une ville pour indiquer l’origine d’une pièce était une pratique répandue — même si tous les experts ne sont pas d’accord sur cette question.
« On constate que deux pièces ont été frappées à l’aide des mêmes matrices, car sur les deux, Athéna semble pleurer », explique Gitler en faisant allusion à la petite imperfection qui fait penser à une larme, preuve que c’est le même outil qui a servi à les fabriquer.
« La pièce restituée à l’Autorité israélienne des Antiquités a été frappée avant l’autre, car elle est en meilleur état, ce qui signifie que les matrices étaient moins détériorées. »
M. Gitler ajoute que les pièces n’ont peut-être pas été frappées dans la ville même, mais sans doute dans un atelier central phénicien produisant des pièces pour le compte de plusieurs cités phéniciennes.
Selon la maison de vente aux enchères auprès de laquelle il a acheté la pièce, l’artefact qu’il a acquis faisait partie d’un trésor découvert dans la ville égyptienne d’Ismaïlia en 1983, composé de plusieurs tétradrachmes en argent datant de cette période.
« Nous pensons que le tétradrachme phénicien dont nous parlons imitait des pièces athéniennes datant de 420 à 405 avant notre ère », souligne M. Gitler avant d’ajouter qu’il n’est pas surprenant qu’aucune pièce similaire n’ait été découverte lors de fouilles archéologiques, car, en général, on trouve beaucoup plus de pièces connues sur le marché des antiquités que lors de fouilles.
M. Kool rappelle l’importance de lutter contre le pillage des antiquités et le commerce illégal qui en est fait.
« Cela détruit totalement la culture, que ce soit en Israël ou dans les autres pays du monde », déplore-t-il.
Les responsables israéliens et américains ont tous deux souligné l’importance de la coopération internationale pour éradiquer cette menace.
« Le commerce illégal d’antiquités pillées est un phénomène international très courant, qui requiert une coopération entre les pays et les services répressifs du monde entier », a déclaré par voie de communiqué Eitan Klein, directeur adjoint de l’Unité de prévention des vols de l’Autorité des antiquités d’Israël.
« Ce partenariat devrait servir de modèle mondial en matière de restitution du patrimoine culturel pillé », a noté le colonel Matthew Bogdanos, chef de l’Unité de lutte contre le trafic d’antiquités au bureau du procureur du district de Manhattan.
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