Une tribune dans Mediapart dit refuser la confiscation de l’identité juive par le Crif ou l’ambassade d’Israël
Les auteurs suggèrent qu'Israël s'enferme dans une « logique mortifère » en accusant d'antisémitisme toute critique de son action
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Une tribune parue le 9 mai sur le blog de Mediapart, intitulée « Juifs et juives, d’autres voix possibles », veut marquer une rupture franche avec les institutions représentatives traditionnelles des Juifs de France.
La tribune est signée par une poignée de Juifs qui se disent inspirés par le Bund, parti ouvrier socialiste diasporique, né comme le sionisme à Bâle en Suisse la même année.
Parmi la trentaine de signataires, les auteurs de la tribune Michaël Sztanke et Vincent Sornaga, mais aussi Georges Didi-Huberman, Arthur Harari, le cinéaste israélien Nadav Lapid, Henry Raczymow, Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias.
Tous dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une « confiscation identitaire et politique de la judéité, orchestrée par des instances officielles qui chercheraient à imposer une définition unique de l’être juif, indissociable du soutien inconditionnel à l’État d’Israël ».
L’argument central de cette tribune repose sur la défense d’une « judéité plurielle », les signataires déclarant s’opposer frontalement à l’idée que des institutions comme le CRIF ou l’ambassade d’Israël puissent dicter le rapport des Juifs à l’histoire et à la justice. Ils affirment :« Nous refusons, au nom d’une judéité plurielle, que le CRIF, l’ambassade d’Israël à Paris ou des responsables publics imposent ce que signifie être juif, ou ce que devrait être notre rapport à l’histoire, à la justice, à Israël et à la Palestine. »
Cette volonté de dissocier l’identité juive de la politique gouvernementale israélienne est partagée depuis longtemps par des intellectuels tels qu’Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias qui ont souligné par exemple dans un passé récent que « Netanyahou embarque les juifs contre leur gré dans son effroyable aventure ». Pour eux, se taire face aux « massacres à Gaza » reviendrait à concourir à la « faillite du sionisme et de l’humanisme parmi les juifs ».
La tribune parue dans Mediapart rejoint une critique plus large portant sur la viabilité même du projet politique israélien sous sa forme actuelle. Certains auteurs suggèrent qu’Israël s’enferme dans une « logique mortifère » en accusant d’antisémitisme toute critique de son action. Cette dérive est perçue comme un obstacle à la sécurité réelle des Juifs, le gouvernement Netanyahu étant accusé de semer le « chaos ».
Dans les milieux de la gauche juive et israélienne, le lien entre le « sionisme d’État » et une « logique d’éradication » est de plus en plus questionné. Pour ces critiques, l’alternative réside dans une « refondation politique radicale », qui pourrait être post-sioniste, binationale ou décoloniale, afin de sortir d’un système de domination jugé insoutenable à long terme.
Cette opposition contemporaine puise ses racines dans une histoire évoquée dans la tribune : celle du Bund (Union générale des travailleurs juifs). Un mouvement socialiste, très puissant avant la Shoah, qui prônait le « doikayt » (« être ici »), affirmant que les Juifs devaient s’émanciper là où ils vivaient, en Europe, sans chercher à créer un État-nation en Palestine.
Cet héritage a connu depuis quelques années une réhabilitation progressive, qui prétend démystifier le paradigme sioniste comme unique projet politique juif et défendre une nation juive anétatique et aterritoriale, centrée sur la culture yiddish et l’autonomie culturelle.
Le fait d’être juif suffit-il à écarter toute accusation d’antisémitisme, notamment au travers de cette tribune ?
Les auteurs s’alignent sur une distinction conceptuelle, celle dont Pascal Boniface fait par exemple ses choux gras, soulignant que l’antisionisme est une opinion politique (l’opposition à l’existence d’un État), tandis que l’antisémitisme est un délit (la haine des Juifs). Une vision qui soutient que l’assimilation des deux sert de « rayon paralysant » pour empêcher toute critique du gouvernement israélien.
On découvre en lisant précisément la tribune du 9 mai que l’opposition à l’état d’Israël va bien au-delà de l’opposition frontale à Netanyahou et à sa politique.
À l’inverse, rappelons par exemple que le collectif « Nous Vivrons » affirme que l’antisionisme est souvent un « antisémitisme justifié », un paravent commode qui essentialise les Juifs et sert de prétexte à la haine.
Les auteurs de la tribune s’opposent à cette dernière vision en expliquant : « Nous refusons l’alternative imposée : le sionisme ou la haine des juifs, l’adhésion ou la trahison. » et leur conclusion est sans appel : « Il existe d’autres fidélités : à la diaspora, à une identité ouverte, à un judaïsme de transmission, de culture, de débat, de mémoire et d’éthique et non de réflexe nationaliste. Enfin, nous estimons qu’Israël doit être traité comme n’importe quel autre pays qui bafoue le droit international, annexe et colonise des territoires, ou agresse et massacre des populations. Les Palestiniens ont une histoire, une mémoire, une terre, et un droit imprescriptible à l’autodétermination. Nous ne laisserons pas notre nom, notre histoire, et notre mémoire servir de caution à leur écrasement. »
la Communauté du Times of Israël !








