Gaza City : bombardements nocturnes en périphérie, les habitants fuient
Les églises continueront à accueillir ceux qui ne peuvent pas partir avant l'offensive israélienne ; selon l'ONU, 11 personnes supplémentaires sont mortes de faim, citant les chiffres du ministère dirigé par le Hamas.
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De nouvelles familles palestiniennes ont quitté la ville de Gaza mardi après une nuit de bombardements israéliens en périphérie, alors que l’armée se prépare à lancer une nouvelle offensive pour prendre le contrôle de la zone.
Selon les habitants, les frappes israéliennes, aériennes et terrestres, se sont poursuivies tout au long de la nuit et aux premières heures de la journée de mardi dans les banlieues est de la ville de Gaza, dans les quartiers de Sabra, Shejaiya et Tuffah, ainsi qu’à Jabaliya, au nord, détruisant routes et maisons.
« Nous appelons cela des tremblements de terre. L’objectif est de faire peur aux gens, pour qu’ils quittent leurs maisons », a expliqué Ismail, 40 ans, un habitant de la ville de Gaza.
Au moins 34 personnes, dont 18 dans les environs de la ville de Gaza, ont été tuées lors des frappes israéliennes qui ont touché l’enclave pendant la nuit et en début de journée mardi, ont annoncé les autorités locales de la Santé dirigées par le Hamas. Ces chiffres n’ont pas bénéficié de la vérification d’une entité indépendante et ne font pas de distinction entre les hommes armés et les civils.
L’armée israélienne a fait savoir qu’elle menait des opérations dans la zone dans le but de localiser des armes et de détruire les tunnels utilisés par les terroristes. Le cabinet de sécurité doit évoquer mardi après-midi les questions de la situation à Gaza et des efforts visant à conclure un accord sur les otages, a indiqué le bureau du Premier ministre au Times of Israel. Des manifestations nationales réclament aujourd’hui un accord global de nature à mettre fin à la guerre et à obtenir la libération de tous les otages enlevés par les terroristes lors du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché le guerre en cours.
Les plans visant à prendre le contrôle de la ville de Gaza ont provoqué une vive opposition de la part des familles des otages, qui craignent en effet que l’opération prévue ne mette en danger la vie de leurs proches, ainsi qu’un tollé international, les gouvernements et les organisations humanitaires mettant en garde contre les conséquences potentiellement catastrophiques pour les civils de Gaza, compte tenu en particulier de la malnutrition généralisée qui s’est récemment considérablement aggravée.
Lundi, au cours d’un point presse, le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric a annoncé la mort de 11 personnes supplémentaires en raison de la malnutrition et de la famine au cours des dernières 24 heures, portant le nombre total depuis le début de la guerre à Gaza à 300, selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas.
Transmettant aux journalistes les informations portant sur les derniers développements à Gaza, Dujarric a indiqué que depuis le 20 août, environ 5 000 personnes avaient été déplacées du nord de Gaza vers Deir al-Balah, dans le centre de l’enclave côtière, et Khan Younès, dans le sud. Quelque 8 000 autres personnes ont quant à elles été déplacées à l’ouest de la ville de Gaza, portant à plus de 800 000 le nombre total de nouveaux déplacés depuis la fin du cessez-le-feu, à la mi-mars.
Les partenaires des Nations Unies ont en outre signalé que plusieurs établissements scolaires, également utilisés comme abris, ont été pris pour cibles par des attaques la semaine dernière, a ajouté Dujarric.
Selon Dujarric, les autorités israéliennes continuent d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire dans l’ensemble de la bande de Gaza. Elles ont notamment refusé l’entrée ou empêché la circulation de huit des quinze missions de l’ONU chargées de transporter l’aide au cours des dernières 24 heures.
Israël a nié les informations faisant état de famine à Gaza, les qualifiant de propagande du Hamas. Suite à la pression internationale, l’État juif a toutefois mis en place une série de mesures pour soulager la faim dans l’enclave côtière en juillet, incluant notamment des largages aériens et des « pauses humanitaires » de 10 heures dans les opérations militaires, dans trois centres urbains, afin de permettre l’acheminement de l’aide.
Au début du mois d’août, pour la première fois depuis près d’un an, Israël a annoncé qu’il autoriserait l’entrée de marchandises à Gaza par le recours au secteur privé. L’objectif de cette mesure est d’augmenter le flux de denrées alimentaires et de produits d’hygiène essentiels, des fournitures qui n’étaient auparavant livrées que par des organisations humanitaires.
La Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, a été créée pour fournir et distribuer l’aide humanitaire via une autre voie, afin d’empêcher le Hamas de s’emparer des marchandises. Elle a toutefois été le théâtre de fusillades quasi quotidiennes, au cours desquelles, selon l’ONU, plus de 1 000 personnes ont été tuées, vraisemblablement par des tirs de l’armée israélienne, alors qu’elles tentaient de rejoindre les points de distribution de la GHF.
Par ailleurs, les membres du clergé et les religieuses des églises grecques orthodoxes et catholiques de la ville de Gaza ont décidé de ne pas partir avant l’offensive à venir, choisissant de rester dans les enceintes des églises pour prendre soin de ceux qui ne peuvent pas fuir.
Mardi, dans un communiqué conjoint, le Patriarcat grec orthodoxe et le Patriarcat latin de Jérusalem ont fait savoir que le complexe de l’église grecque orthodoxe Saint-Porphyre et celui de l’église de la Sainte Famille « ont accueilli des centaines de réfugiés civils » depuis le début de la guerre en octobre 2023, parmi lesquels « des personnes âgées, des femmes et des enfants », ainsi que des Gazaouis handicapés.
« À l’instar des autres habitants de la ville de Gaza, les réfugiés vivant dans ces installations devront décider en leur âme et conscience de ce qu’ils souhaitent faire », ont-ils ajouté.
« Parmi ceux qui ont cherché refuge dans l’enceinte des complexes, beaucoup sont affaiblis et souffrent de malnutrition, après les épreuves endurées ces derniers mois. Pour eux, quitter la ville de Gaza et tenter de fuir vers le sud reviendrait simplement à signer leur propre arrêt de mort. »
C’est « pour cette raison que le clergé et les religieuses ont décidé de rester et de continuer à prendre soin de tous ceux qui se trouveront dans ces enceintes », ont poursuivi les Patriarcats.
« Nous ne savons pas exactement ce qui va maintenant se passer sur le terrain, pour notre communauté comme pour l’ensemble de la population », ont-ils reconnu. « Nous ne pouvons que réaffirmer ce que nous avons déjà dit : il ne peut y avoir d’avenir fondé sur la captivité, le déplacement des Palestiniens ou la vengeance. »
« Cette solution n’est pas la bonne », ont-ils déploré, appelant à la fin de cette « guerre absurde et destructrice » ainsi qu’au retour des otages détenus par les groupes terroristes de Gaza. « Le moment est désormais venu d’apaiser les souffrances de toutes les familles, qui endurent tout cela depuis trop longtemps, dans tous les camps concernés. »
En juillet, trois personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées durant une frappe de l’armée israélienne sur le complexe de l’église de la Sainte-Famille. L’armée a par la suite invoqué une anomalie de tir.
Au lendemain de cette frappe qui a entraîné une vague d’indignation internationale, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin de Jérusalem et le patriarche orthodoxe Théophile III se sont tous deux rendus dans la bande de Gaza, afin de constater les dégâts et de rencontrer les membres de la minorité chrétienne de l’enclave.
L’armée israélienne a par ailleurs diffusé de nouvelles images montrant la destruction de deux tunnels du Hamas dans le centre de la bande de Gaza. L’opération, menée par la brigade sud de la division de Gaza, l’unité d’élite du génie de combat Yahalom et les unités du génie de la division de Gaza, s’est déroulée sur un mois.
Selon Tsahal, l’un des tunnels, équipé de multiples issues, contenait des vivres, des armes et d’autres installations utilisées par les terroristes. Les soldats ont scellé le tunnel, en le remplissant de béton. Un second passage souterrain, long de plusieurs centaines de mètres, a été détruit à l’explosif.
L’armée a affirmé que, au cours de cette opération, des dizaines de membres du Hamas ont été éliminés et que plusieurs infrastructures terroristes, souterraines comme en surface, ont été neutralisées. Cette opération, ont ajouté les militaires, avait pour objectif d’élargir la zone de sécurité le long des frontières centrale et sud de la bande de Gaza.
La guerre en cours a éclaté lorsque des terroristes du Hamas ont perpétré un massacre dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, tuant 1 200 personnes, principalement des civils, et en prenant 251 autres en otage à Gaza.
Selon le ministère de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas, plus de 62 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans l’enclave côtière depuis le début des combats. Ces chiffres sont toutefois invérifiables, et ne font aucune distinction entre civils et combattants. Israël affirme avoir tué plus de 22 000 hommes armés au combat depuis août et 1 600 autres terroristes sur le sol israélien, lors de l’attaque du 7 octobre.
Israël a affirmé vouloir minimiser le nombre de victimes civiles, et a souligné que le Hamas se sert des Gazaouis comme de boucliers humains, lançant des attaques depuis des zones civiles, notamment des habitations, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.
Le bilan israélien de l’offensive terrestre contre le Hamas à Gaza et des opérations militaires le long de la frontière avec l’enclave côtière s’élève à 460 morts.
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