Washington durcit sa condamnation des « violences en Cisjordanie », sans accuser explicitement Israël
Les États-Unis appellent à des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces actes ; 2 Palestiniens auraient été tués après l'intervention des forces de sécurité dans un village
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Mercredi, les États-Unis sont allés plus loin que par le passé dans leurs condamnations de la recrudescence des actes de violence commis par des résidents d’implantations en Cisjordanie, appelant à des poursuites judiciaires, sans toutefois utiliser le terme « colons ». Ils n’ont pas non plus critiqué Israël pour ne pas avoir pris de mesures fermes contre ce phénomène.
« Nous condamnons les actes de violence criminelle commis par quelque partie que ce soit en Cisjordanie et nous appelons à mener des enquêtes, à arrêter et à condamner les responsables », a déclaré un porte-parole du Département d’État américain en réponse à une question du Times of Israel sur le sujet.
Les précédentes déclarations qui avaient pu être faites par le Département d’État sur le sujet avaient été légèrement plus vagues et elles avaient mis principalement l’accent sur l’importance de maintenir la stabilité en Cisjordanie, sans mentionner ni Israël ni les Palestiniens par leur nom.
« Nous entretenons un dialogue régulier avec nos partenaires au sujet de l’amélioration de la stabilité et de la sécurité en Cisjordanie », a déclaré le porte-parole du Département d’État, précisant que les États-Unis abordaient la question avec Israël à huis clos.
La recrudescence des violences des résidents d’implantation israéliens à travers la Cisjordanie – des actes largement incontrôlés par les autorités israéliennes – a suscité de vives condamnations de la part des alliés occidentaux de l’État juif, ces dernières semaines.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a été pratiquement le seul membre de l’administration du président américain Donald Trump à critiquer les violences des résidents d’implantation, qualifiant leurs auteurs de « terroristes », tout en insistant sur le fait qu’ils n’étaient pas représentatifs du demi-million d’Israéliens qui vivent au-delà de la Ligne verte.
Mais lui aussi s’est abstenu de critiquer explicitement la manière dont Israël gère la violence des résidents d’implantation, qui reste largement impunie, bien que le président Isaac Herzog ait insisté auprès de CNN, lors d’une interview diffusée mercredi, sur le fait que les autorités israéliennes prenaient la question au sérieux.
Herzog a qualifié les auteurs de ces actes de « délinquants juvéniles » et il a affirmé : « Nos autorités déploient des efforts considérables pour mettre un terme à ces activités et traduire les responsables en justice. »
Il a noté qu’une série d’arrestations, fait rare, avait eu lieu en début de semaine, même si la plupart des attaques quasi quotidiennes perpétrées par des résidents d’implantation ne donnent lieu ni à des arrestations ni à des poursuites judiciaires.
Herzog a également comparé ce phénomène à la « violence des quartiers défavorisés », bien que les situations soient différentes, les auteurs de ces actes en Cisjordanie affirmant souvent agir pour des motifs idéologiques nationalistes et cherchant à expulser les Palestiniens de la région.
Le président a néanmoins qualifié les extrémistes juifs à l’origine des attaques quotidiennes contre les Palestiniens de « honte pour Israël », réitérant ainsi un sentiment qu’il avait déjà exprimé auparavant.
Par ailleurs, aucune arrestation n’a été effectuée à la suite d’une violente agression qui a été perpétrée samedi par des résidents d’implantation dans le village palestinien de Qusra, situé au nord de la Cisjordanie, et qui a également fait l’objet d’un siège par ces mêmes résidents.
Mercredi soir, les médias palestiniens ont rapporté que deux des trois Palestiniens touchés par balle dans le village d’al-Mughayyir, dans la région de Ramallah, étaient décédés des suites de leurs blessures après l’entrée de résidents d’implantation et de soldats de l’armée israélienne dans le village. Selobn l’agence de presse WAFA de l’Autorité palestinienne (AP), les deux victimes étaient deux jeunes hommes de 19 ans.
Des résidents d’implantation avaient été filmés à proximité des habitations du village, aux côtés des soldats. Sur d’autres images, des soldats en train d’arrêter l’un des Palestiniens. Il a également été rapporté que les soldats de Tsahal avaient fait usage de gaz lacrymogènes.
عاجل | قوات الاحتلال تعتقل شابًا خلال اعتداء المستوطنين على قرية المغير، شمال شرق رام الله. pic.twitter.com/CwGCOHMAw2
— شبكة قدس الإخبارية (@qudsn) September 2, 2026
Selon l’armée, les soldats étaient venus prêter main-forte à la police et à un civil israélien qui s’étaient rendus à al-Mughayyir pour retrouver des animaux disparus – qui, selon elle, appartenaient à des Israéliens – lorsque les soldats ont été attaqués à coups de briques et de pierres.
Tsahal a déclaré que les soldats avaient riposté par des tirs à balles réelles « en direction des principaux instigateurs afin d’éliminer la menace. Des impacts ont été identifiés. »
L’armée a ajouté qu’elle menait une enquête sur « les événements ayant précédé l’incident et sur la manière dont celui-ci a été géré ».
Arrestations, saisies de véhicules et démolitions de maisons
Par ailleurs, mercredi, des agents ont saisi une camionnette blanche qui aurait été utilisée samedi lors d’une attaque menée par des résidents d’implantation à Qusra. Ils ont été pris pour cible par des jets de pierres de la part de ces mêmes résidents alors qu’ils emportaient le véhicule, a indiqué la police.
Intervenant dans l’avant-poste illégal de Mevasser Hashalom, près de Naplouse, au nord de la Cisjordanie, les agents ont arrêté deux personnes parmi la foule qui s’était rassemblée pour leur lancer des pierres et leur barrer la route.
Les personnes interpellées ont été emmenées pour être interrogées et « l’ordre a été rétabli », a déclaré la police.
La police a ajouté avoir déjà saisi plusieurs véhicules utilisés lors de l’attaque de samedi, au cours de laquelle des résidents d’implantation avaient pris d’assaut une maison palestinienne à Qusra alors qu’une famille s’y trouvait encore, blessant une femme, selon certaines informations, quelques semaines après le début du siège de plusieurs habitations dans la localité.
Bien qu’aucun suspect de l’attaque de samedi n’ait été arrêté, la police a indiqué qu’une « équipe d’enquête conjointe spéciale de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et de la police » s’efforçait de localiser les « émeutiers extrémistes », émettant des mandats d’arrêt à leur encontre.
« L’enquête se poursuit », a déclaré la police.
La police a également annoncé l’arrestation, dans la nuit, de trois suspects dans le cadre d’une enquête sur des incendies criminels et des agressions contre des Palestiniens au sud de Hébron.
Les suspects, âgés de 15 à 22 ans, résidaient en Cisjordanie et dans le centre d’Israël, a précisé la police, qui a ajouté que l’enquête se poursuivait.
À l’issue de l’interrogatoire, la police présentera les suspects devant un tribunal afin de demander la prolongation de leur détention, a-t-elle noté.
Mardi, la police a annoncé l’arrestation de huit autres suspects impliqués dans des incendies criminels et des agressions contre des Palestiniens au sud de Hébron, et elle les a présentés devant un tribunal afin d’obtenir la prolongation de leur détention.
Le tribunal a accepté de prolonger la détention de sept suspects et il a remis en liberté le huitième sous certaines conditions, a indiqué la police.
Mardi, la police a déclaré au Times of Israel que certains des détenus étaient soupçonnés d’avoir incendié une mosquée et plusieurs habitations à Khirbet a-Tuba, dans les collines du sud de Hébron, le 5 août. Six Palestiniens auraient reçu des soins médicaux après avoir été passés à tabac par les assaillants lors de cet incident.
D’autres détenus étaient soupçonnés d’avoir incendié une mosquée à al-Tuwani, également dans les collines du sud de Hébron, le 19 juillet.
Par ailleurs, mercredi, Israël a démoli toutes les habitations d’un petit village palestinien des collines du sud de Hébron, qui comptait 12 familles, soit environ 70 personnes. Ce village, Khirbet al-Tabban, est situé dans la zone de tir n° 918 de Tsahal.
????NOW: Israel is wiping out an entire Palestinian village of Khirbet a-Taban, in Masafer Yatta, the West Bank. The IDF has left more than twenty children and their parents homeless. The destruction of the village is part of a decades-long strategy to displace Palestinian… pic.twitter.com/T9MBGhkDtt
— Breaking the Silence (@BtSIsrael) September 2, 2026
En 2022, la Haute Cour de justice s’était prononcée sur un recours en instance depuis une vingtaine d’années, estimant que les Palestiniens vivant dans cette zone n’y résidaient pas de manière permanente avant sa déclaration, et qu’ils n’avaient donc pas le droit d’y vivre. Environ trois ans plus tard, l’armée avait commencé à démolir certaines des habitations des Palestiniens dans cette zone.
Selon un rapport récent de l’ONU qui a été publié en juin, plus de 2 200 Palestiniens auraient été déplacés cette année en raison des violences commises par des résidents d’implantations ou de restrictions d’accès, et des centaines d’autres auraient été déplacés à la suite de la démolition de leurs logements par les autorités israéliennes.
Ce rapport a été publié quelques jours seulement après qu’Amnesty International a accusé Israël de mener, depuis trois ans et demi, une campagne de « nettoyage ethnique » « soutenue par l’État » contre les communautés bédouines et palestiniennes d’éleveurs en Cisjordanie, dans le but d’accélérer l’annexion du territoire.
Tsahal a rejeté ces accusations.
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