Woodstock, version orthodoxe : un festival de musique juive s’installe dans les Catskills
Le 7 août, Ishay Ribo sera la tête d'affiche du concert Yamim Baïm, qui entend donner une dimension spirituelle à un lieu imprégné d'un héritage juif très différent, datant de 1969
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New York Jewish Week — Un festival de musique juive orthodoxe aura lieu à Bethel, dans l’État de New York, en août, à l’endroit même où s’est déroulé le célèbre festival Woodstock Music & Art Fair en août 1969.
Baptisé « Yamim Baïm » (« Les jours à venir »), ce concert en plein air, composé de quatre actes et destiné à toute la famille, se tiendra au Bethel Woods Center for the Arts le jeudi 7 août.
Le site, dont le pavillon-amphithéâtre et la pelouse peuvent accueillir 16 000 personnes, accueillera certains des plus grands noms de la musique juive, avec en tête d’affiche la superstar israélienne orthodoxe Ishay Ribo, accompagné d’Avraham Fried, de Zusha et de Shmuel.
Malgré l’histoire qui s’est développée autour de l’Aquarian Exposition, événement original qui a marqué son époque, ce n’est pas tout à fait ce qui a attiré Yamim Baïm sur ce site.
« Quand les gens entendent ‘Bethel Woods’, certains pensent à Woodstock, mais ce n’est pas l’histoire que nous racontons », a expliqué Davidi Crombie, l’attaché de presse de Ribo, au New York Jewish Week.
« Nous ne faisons pas écho à cet héritage. Nous en créons un nouveau. Une histoire juive. Un concert de foi, de communauté et de fierté culturelle, sans aucun lien avec ce passé. C’est un langage différent, une lumière différente. »
Présenté comme « une soirée historique de l’unité », l’événement tire son nom d’un titre de Ribo, « Hine Yamim Baïm », sorti en 2017 et dont les paroles sont tirées du Livre d’Amos. Ce titre fait référence à une prophétie annonçant une famine spirituelle imminente.
« Ce concert est révolutionnaire, non seulement en raison du lieu où il se déroule, mais aussi en raison de ce qu’il représente », a déclaré Crombie.
« Nous hissons la musique juive à un niveau inédit, sur une scène où elle n’est jamais allée auparavant. Bethel Woods marque le début d’un nouveau chapitre. Oui, c’est toujours un concert d’Ishay Ribo, mais avec une dimension plus large. Il y a ici de la place pour la collaboration, pour un ciel ouvert, pour que des milliers de personnes se rassemblent et prennent part à un événement historique. »
Ribo, l’un des plus grands artistes de la musique juive, a été le premier Israélien à se produire en tête d’affiche au Madison Square Garden, en 2023. Il a renouvelé l’expérience l’année suivante. Ribo a séduit un large public de Juifs et d’Israéliens en mêlant des paroles à thème religieux à des mélodies pop.
« Le concert a montré comment Ribo a brisé les codes à une époque où les communautés orthodoxes sont de plus en plus strictes sur le plan religieux », avait écrit Philissa Cramer, de la JTA, à propos du premier concert record de Ribo au Madison Square Garden.
« Toutes les chansons de Ribo exaltent Dieu, et beaucoup d’entre elles reprennent des paroles tirées directement de prières juives, mais la musique est résolument rock and roll. »
« Ribo a cité Coldplay, un groupe qu’il a découvert dans le bus qui le conduisait à sa yeshiva haredi en Israël, comme source d’inspiration. »
Le groupe de folk rock hassidique devenu groupe de musique électrique, Zusha, désormais un duo composé de Shlomo Gaisin et Zachariah Goldschmiedt, mélange des nigounim – ou mélodies hassidiques -, avec des influences jazz, reggae et EDM. Beaucoup de leurs paroles sont tirées de psaumes, comme « Mizmor », emprunté au psaume 23, ou encore une reprise du chant liturgique « Lecha Dodi », chanté avec Ribo. Dans leurs clips, on voit souvent Gaisin et Goldschmiedt produire des sons de percussion avec des objets du quotidien, tels que des boîtes de pâtes, des rayons de vélo ou des feuilles séchées.
Le chanteur Avraham Fried, aussi connu pour ses mélodies pop inspirées de thèmes juifs, s’est également produit avec Ribo, notamment au Madison Square Garden, où les deux artistes ont interprété « Avinou Malkeinou », la prière chantée à Yom Kippour.
Shmuel Perednik, plus connu sous le nom de « Shmuel », est un chanteur israélien dont la carrière a débuté en 2015 lorsqu’il avait participé à un concours de chant haredi télévisé appelé « HaKol Haba » (« La prochaine voix »), où il s’était qualifié pour la finale.
Dans l’ensemble, les spectateurs peuvent s’attendre à des sonorités spirituelles lors de Yamim Baïm, qui a lieu le jeudi suivant Tisha BeAv, le jour de jeûne juif commémorant la destruction des Temples de Jérusalem et d’autres tragédies ayant frappé le peuple juif. Le Shabbat suivant, appelé Shabbat Na’hamou (« Réconfort »), est généralement imprégné d’une ambiance musicale.
Bethel Woods possède une riche histoire juive : le site était une ferme laitière appartenant à Max Yasgur, un immigrant juif et fermier, qui, en 1969, a accepté d’accueillir le festival « 3 Days of Peace & Music » après l’abandon du site initial, près de Woodstock.
Près d’un demi-million de personnes auraient assisté à ce festival organisé par John P. Roberts et les imprésarios juifs Michael Lang, Artie Kornfeld et Joel Rosenman. Avec des artistes tels que Joan Baez, The Grateful Dead, Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin, The Who, Jefferson Airplane, Joe Cocker, Jimi Hendrix et Crosby, Stills, Nash & Young, Woodstock est devenu un événement marquant du mouvement contre-culturel de la fin des années 1960.
Cette histoire se reflète dans l’affiche promotionnelle de l’événement. « Le festival rassemble des voix juives sur la colline emblématique où la musique a autrefois façonné une génération », peut-on lire dans la rubrique FAQ du site web de Yamim Baïm.
« Aujourd’hui, cette colline résonnera de l’âme et des chants juifs dans une atmosphère chaleureuse et familiale. »
Crombie a souligné les similitudes, mais aussi les différences.
« Même si Yamim Baïm a l’ampleur et l’énergie d’un festival, c’est quelque chose d’unique dans le monde juif orthodoxe », a-t-il souligné.
« Il ne s’agit pas de faire la fête ou de camper, mais plutôt d’élever l’expérience du concert au rang d’événement culturel convivial et significatif. »
« C’est un espace où des milliers de Juifs de tous horizons se réunissent pour chanter, tisser des liens et être fiers de qui nous sommes », a ajouté Crombie.
Tout comme Woodstock, Yamim Baïm se tiendra également pendant la haute saison estivale dans les Catskills.
Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les étés dans les Catskills, également connus sous le nom de « Borscht Belt », étaient marqués par la présence de familles juives originaires de New York qui passaient leurs vacances dans de grands complexes touristiques appartenant à des Juifs. Aujourd’hui, la région est connue pour sa grande communauté orthodoxe qui passe l’été dans des lotissements de bungalows.
« Bethel Woods est un site magnifique au cœur des Catskills, où des dizaines de milliers de Juifs passent leurs étés », a précisé Crombie.
« Mais jusqu’à présent, il y avait un fossé culturel. Les soirées sont calmes. Il n’y a pas de centre névralgique pour la musique juive ou l’inspiration. C’est ce que nous sommes en train de créer : un lieu culturel emblématique où des personnes de tous horizons peuvent se réunir autour du chant, de l’esprit et de l’unité. Pour la première fois, la musique juive fait son entrée dans ce genre d’arène, et cela aurait dû se faire depuis longtemps. »
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