39ᵉ Congrès sioniste mondial : La plus grande assemblée plénière jamais organisée sur l’avenir du peuple juif
Quelque 2 500 représentants de 42 pays vont débattre de questions brûlantes telles que l'annexion de la Cisjordanie et la conscription, et à élire ceux chargés du financement annuel
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Le « Parlement du peuple juif » ouvrira ses portes cette semaine à Jérusalem. Quelque 2 500 participants venus de 42 pays se rendront au Centre de conventions internationales de la capitale pour le 39ᵉ Congrès sioniste mondial, qui se tiendra du 28 au 30 octobre. Il s’agira de la plus importante réunion jamais organisée.
Après une élection entachée par de nombreuses allégations de fraude électorale aux États-Unis, des militants et des personnalités influentes de tous bords politiques et religieux vont désormais se réunir pour débattre de visions divergentes sur l’identité juive, l’autorité religieuse et l’avenir même d’Israël.
En marge de cet événement, des responsables seront nommés pour déterminer comment dépenser plus d’un milliard de dollars de financement annuel alloué par l’Organisation sioniste mondiale, l’Agence juive pour Israël, le Fonds National Juif (JNF/KKL) et le Keren Hayesod.
Plusieurs centaines de participants venus d’Israël, des États-Unis et du monde entier voteront sur diverses questions importantes pour les communautés juives, dont un certain nombre de mesures controversées. D’autres participants à la conférence auront des droits de vote plus limités ou seront présents en tant que suppléants ou observateurs.
Ce congrès fait suite à une participation record aux élections du Congrès sioniste mondial américain, qui se sont tenues plus tôt cette année et au cours desquelles plus de 224 000 Juifs américains ont voté, sur quelque 265 000 bulletins déposés dans le monde entier, selon une source officielle.
Les votes provenant des États-Unis ont augmenté de 80 % par rapport à 2020, grâce aux vastes campagnes menées par l’American Zionist Movement (AZM), organisateur de l’élection, pour susciter l’intérêt.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, devait prendre la parole lors d’un déjeuner organisé par l’AZM, avant l’ouverture du congrès, mais il ne lui sera pas permis de s’exprimer publiquement en raison de la fermeture des services publics américains. L’AZM a néanmoins invité Huckabee à assister à l’événement et à rencontrer les délégués américains, a indiqué une source.
Le congrès comprendra également un salon spécial dédié aux entreprises appartenant à des réservistes ayant servi à Gaza pendant la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas ou à leurs conjoints.
Des résolutions controversées
Fondé par Theodor Herzl en 1897, le Congrès sioniste mondial se tient tous les cinq ans afin de choisir les dirigeants et de définir les politiques relatives aux principales causes sionistes et juives.
Cette année, il s’agira de la première édition en présentiel depuis une dizaine d’années, après que la pandémie de COVID-19 a contraint les organisateurs à tenir l’édition 2020 en ligne. Les délégués s’étaient réunis en personne pour une session extraordinaire du 38ᵉ congrès en 2023.
La première journée de cette conférence de trois jours sera principalement consacrée à des discours en séance plénière et à des cérémonies officielles. Bien que cela ne figure pas à l’ordre du jour, le président Isaac Herzog s’adressera au congrès, d’après une source proche de l’organisation de la conférence.
Selon deux sources, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a décliné l’invitation à prendre la parole lors du sommet. Ces sources avancent l’hypothèse que Netanyahu préférerait éviter de s’adresser à un auditoire où il risquait d’être hué par les participants internationaux.
La deuxième journée sera consacrée aux discussions en commission sur une vingtaine de résolutions et 18 amendements à la Constitution de l’Organisation sioniste mondiale.
Dix commissions débattront de résolutions portant sur des thèmes tels que la justice sociale, les politiques nationales, la lutte contre l’antisémitisme, l’éducation juive ou encore la reconstruction d’Israël après deux ans de guerre contre le Hamas à Gaza.
Selon une source bien informée, environ un tiers de ces résolutions devraient susciter la controverse.
Parmi les projets de loi controversés, on trouve des appels demandant à Israël d’étendre sa souveraineté sur le mont du Temple et la Cisjordanie, ainsi que des résolutions demandant l’égalité de la conscription militaire pour tous les citoyens israéliens et la création d’une commission d’enquête nationale chargée d’enquêter sur le 7-Octobre.
Si le gouvernement israélien n’est pas tenu de respecter ces résolutions, les représentants insistent sur le fait que leurs décisions constituent des déclarations importantes de la volonté démocratique du peuple juif et qu’elles ont une influence sur les membres de la Knesset.
Le troisième jour sera consacré au vote et à la clôture du congrès. Il sera immédiatement suivi de la première réunion du Comité exécutif sioniste (ZGC), l’instance suprême du mouvement sioniste chargée de mettre en œuvre les décisions prises lors du Congrès sioniste mondial.
Lors de la réunion du ZGC, les membres du comité éliront les dirigeants de l’Organisation sioniste mondiale, du JNF-KKL et du Keren Hayesod. Ces institutions puissantes et riches disposent de milliards de dollars à allouer à différentes causes israéliennes et juives à travers le monde.
Selon des sources bien informées, le choix des dirigeants de ces organisations aura un impact durable sur le peuple juif au cours des cinq prochaines années.
Actuellement, ces trois institutions sont dirigées par des personnalités du Likud, mais des remaniements sont à prévoir.
Le président de l’Organisation sioniste mondiale, Yaakov Hagoel, devrait rester à son poste actuel, même si, selon certaines sources, Netanyahu préférerait le remplacer par le ministre de Culture et Sports, Miki Zohar, un de ses partisans les plus fidèles.
Le sort de la présidente du KKL-JNF, Ifat Ovadia-Luski, et d’autres dirigeants de l’organisation est moins clair.
Les électeurs et les influenceurs
Le plus grand Congrès sioniste mondial de l’histoire réunira 543 délégués disposant du droit de vote à part entière, issus des différentes factions politiques ayant obtenu des voix lors des élections organisées plus tôt cette année : 203 délégués d’Israël, 155 des États-Unis, 21 de France, 19 du Royaume-Uni et du Canada, ainsi que 126 délégués provenant de dizaines d’autres communautés juives à travers le monde.
L’Ouganda, qui avait été proposé en 1903 comme patrie potentielle pour le peuple juif, aura pour la première fois un délégué, tout comme le Paraguay, l’Équateur, la Serbie, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan.
212 autres délégués issus d’organisations juives internationales telles que B’nai Brith, Emunah et d’autres se joindront à eux. La plupart d’entre eux participeront en tant qu’observateurs avec des droits de vote limités. Toutefois, des dizaines de délégués de Hadassah (l’Organisation sioniste féminine d’Amérique) et de la WIZO (l’Organisation internationale des femmes sionistes) disposeront de droits de vote complets, en raison de leur longue implication au sein de l’Organisation sioniste mondiale.
Alors que les partis orthodoxes et de droite ont dominé le scrutin aux États-Unis, le congrès est divisé à parts égales entre les intérêts de droite et ceux de gauche, selon certaines sources.
La forte présence de nombreuses grandes organisations juives constitue « l’adulte responsable dans la pièce » et empêche les résolutions partisanes les plus extravagantes d’être adoptées, a déclaré une source. Les positions pluralistes et libérales ont tendance à l’emporter pour cette raison, même lorsqu’il y a une majorité de droite, a indiqué un observateur.
Au total, près de 2 500 participants, dont des délégués, des suppléants et des observateurs, sont attendus, selon un communiqué de presse officiel.
Parmi les délégués notables, on compte des influenceurs des réseaux sociaux comme Lizzy Savetsky et Shabbos Kestenbaum, les animateurs de radio américains Nachum Segal et Sid Rosenberg, l’ancien PDG de Teva Pharmaceuticals, Jeremy Levin, ainsi que la militante mexicaine-israélienne et finaliste du concours Miss Israël 2025, Adela Cojab Moadeb.
Parmi les dirigeants d’institutions juives qui participeront en tant que délégués, on compte Rick Jacobs, président de l’Union pour le judaïsme réformé (URJ), Jeremy Ben-Ami, fondateur de J Street, Sheila Katz, présidente du National Council of Jewish Women (NCJW), Shuly Rubin Schwartz, chancelière du Jewish Theological Seminary of America (JTS), Steve Burg, PDG d’Aish, et Elan Carr, PDG de l’Israeli American Council (IAC).
Les 155 délégués américains comprennent 75 rabbins issus de différents courants du judaïsme.
Les partis orthodoxes de droite ont été les grands gagnants des élections américaines, Am Yisrael Chai remportant 21 sièges, Eretz HaKodesh 19 et Orthodox Israel Coalition-Mizrachi 18 sur les 155 sièges. Le mouvement réformé reste la plus grande faction avec 33 délégués, tandis que le mouvement conservateur Mercaz USA en a obtenu 19, complétant ainsi le top 5 des 22 partis.
L’élection a été entachée par de nombreux cas présumés de fraude électorale : six listes sont accusées d’avoir gonflé leurs chiffres à l’aide de cartes de crédit suspectes ou de coordonnées fictives. Certaines de ces listes ont reçu des sanctions financières, mais aucune n’a perdu de mandats à titre de sanction, malgré les recommandations de la commission électorale régionale qui supervisait le scrutin.
Les 203 mandats israéliens sont attribués en fonction de la représentation des partis à la Knesset actuelle. Le Likud détient le plus grand nombre de sièges avec 63, suivi par Yesh Atid avec 47 et Shas avec 22. Les partis non sionistes, y compris les listes arabes et le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, ne sont pas représentés au Congrès sioniste.
Ces dernières années, Yahadout HaTorah a toutefois fait son entrée grâce à son programme américain, Eretz HaKodesh.
Les organisateurs de l’événement affirment que le Congrès sioniste mondial est l’expression vivante de la démocratie juive, démontrant que la diversité des opinions et l’unité des objectifs peuvent coexister dans la poursuite d’un avenir commun pour Israël et le peuple juif.
« À une époque où la polarisation domine une grande partie du discours mondial, le Congrès sioniste mondial est la preuve que l’unité ne signifie pas l’uniformité », a déclaré Herbert Block, directeur exécutif de l’AZM.
« Des Juifs représentant tous les segments et toutes les opinions se réunissent à Jérusalem dans un but commun : renforcer l’avenir d’Israël et du peuple juif. Le Congrès nous rappelle que la diversité est notre force et que notre voix collective est vraiment puissante. »
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