À la Berlinale, des ex-otages visionnent un film sur leur captivité réécrit après leur libération
Projeté en avant-première au Festival de Berlin 2025, le film « Letter to David », de Tom Shoval est ressorti avec une nouvelle fin, suite à la libération de David et Ariel Cunio
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

BERLIN, Allemagne (JTA) — Devant la salle de cinéma le Babylon, à Berlin, bien emmitouflés pour se protéger du froid, les jumeaux Cunio – David et Eitan – et leur jeune frère Ariel rient en fumant des cigarettes.
David et Ariel ont fait partie des derniers otages israéliens remis en liberté par le Hamas en octobre dernier, après 738 jours de captivité. Leur présence à Berlin — pour la projection d’un film qui leur est consacré, avec une nouvelle fin, heureuse — tient de l’apparition. De l’autre côté de deux lourdes portes vitrées de la salle de cinéma patientent des centaines de spectateurs, qui attendent ce moment depuis longtemps.
Les frères et leurs proches se sont rendus à Berlin pour les besoins de la seconde avant-première du film de Tom Shoval « Letter to David ». Le tout premier film, présenté en 2025 au Festival international du film de Berlin, ou Berlinale, donne à voir le combat d’une famille dont des membres ont été kidnappés au kibboutz Nir Oz le 7 octobre 2023. Au moment de sa sortie, six membres de cette famille, parmi lesquels trois enfants, avaient été libérés. Mais David et Ariel étaient toujours en captivité.
« L’année dernière, j’étais venu pour cette projection avec une affiche de David et Ariel. À chaque projection du film, je m’attachais à dire que c’était un film inachevé », a confié Shoval devant le public de ce cinéma de l’ex-Berlin-Est.
« Et aujourd’hui, je suis là. Avec David dans le public, et aussi Ariel », a-t-il poursuivi. « C’est un moment précieux, très précieux. »
Ce film « est un témoignage d’amour et d’espoir qui rend hommage à toutes les personnes qui n’ont jamais abandonné tout au long de mes deux années de captivité », a déclaré David Cunio en hébreu, sur scène, entouré de ses proches. « Vous avez été ma voix quand je ne pouvais pas être là. Vous avez été là pour moi. »
La deuxième projection de ce film s’est faite sur fond de tensions liées à la guerre à Gaza et au soutien de l’Allemagne à Israël qui ont secoué la Berlinale. Après que le président du jury, le réalisateur Wim Wenders, n’a pas donné suite à l’appel d’un journaliste à prendre position contre Israël, l’auteure indienne Arundhati Roy a annoncé qu’elle ne viendrait pas, et près de 80 cinéastes et acteurs ont signé une lettre ouverte de protestation.
La directrice du festival, Tricia Tuttle, a publié un communiqué affirmant que « les artistes ne devraient pas se sentir obligés de commenter les pratiques passées ou actuelles d’un festival sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle. On ne devrait pas non plus attendre d’eux qu’ils prennent la parole sur les sujets politiques qui leur sont soumis, à moins qu’ils ne le souhaitent. »
Journalistes et cinéastes n’ont pas cessé d’évoquer la question, même lors du dernier week-end du festival : des lauréats — à commencer par le réalisateur syro-palestinien Abdullah Al-Khatib, lauréat du meilleur premier film — ont répliqué au jury du festival, critiquant ce qu’ils qualifient de soutien de l’Allemagne à Israël. L’accusation portée par d’al-Khatib selon laquelle l’Allemagne est « complice du génocide israélien à Gaza » a provoqué le départ précipité d’un ministre allemand de la cérémonie de remise des prix, dimanche.
En revanche, ce vendredi, la projection de « Letter to David » a donné lieu à un véritable festival d’amour – le public ayant fait une standing ovation à la famille avant la projection.
« Cela fait partie de l’histoire », a déclaré Nirit Bialer, une Israélienne qui vit depuis des années à Berlin. « Le fait de voir cette famille, dont j’ai suivi l’histoire dans les médias, pour lesquels je me suis rendue sur la Place des Otages en Israël à chaque fois que j’ai pu, ces deux dernières années, j’en reste sans voix. »
Dans la fin du premier film, on voyait les jumeaux David et Eitan Cunio en train de se donner une étreinte tendre et virile, dans une scène du long métrage de Shoval, « Youth », projetée à la Berlinale 2013.
Dans la nouvelle fin, la famille Cunio est à nouveau réunie et heureuse. Ils regardent le film ensemble, et Shoval filme leurs visages.
Shoval a déclaré dans une interview qu’il n’avait rien changé dans la première partie du film. « Je voulais laisser intact le témoignage de ce que nous avions ressenti il y a un an ».
Invité à se joindre à la famille lors de leur réunion, il a préféré s’abstenir, expliquant : « Je pensais que c’était un moment à eux, pas à moi. »
Il a néanmoins parlé avec David peu de temps après sa libération et a rendu visite à Sharon et David Cunio chez eux. « Je suis arrivé le matin et nous sommes restés assis, ensemble, jusqu’au coucher du soleil, à parler et parler encore. Quand j’y repense, cela me donne des frissons, c’était vraiment… » Il marque une pause. « On attendait ça depuis tellement longtemps. »
La projection de vendredi dernier ne faisait pas officiellement partie de la Berlinale, mais la directrice du festival, Tuttle, a tenu à monter sur scène. Le film « se termine désormais de la façon dont rêvait Tom. Il y a toujours cru », a-t-elle déclaré devant le public.
« Nous avons été horrifiés, comme le reste du monde et vous tous, lorsque David Cunio et de nombreux membres de sa famille ont été enlevés par le Hamas », a-t-elle déclaré. Et à leur libération, « nous nous sommes réjouis avec tout le monde. »
Expliquant que la nouvelle version avait été achevée trop tard pour être incluse dans la programmation du festival, Tuttle a remercié deux sociétés de coproduction qui travaillent en étroite collaboration avec des artistes israéliens pour le soutien qu’elles ont apporté à la projection de vendredi : Green Productions, dont le siège se trouve en Israël, et Future Narrative Fund, dont le siège se trouve à Berlin.
Les spectateurs ont mis du temps à sortir de la salle après la projection, peu pressés de quitter ce que certains qualifiaient de mélange de bonheur et d’inquiétude.
« Le fait que David soit capable de voir ce film nous le fait voir différemment », explique Konstantin, qui avait vu la version originale en 2025. Jeune acteur juif installé à Berlin, il a demandé à ce que seul son prénom soit cité, de crainte de représailles antisémites. « Avec cette nouvelle fin, la boucle est bouclée. »
Le fait d’avoir pu revoir le film en présence de la famille Cunio « est quelque chose d’heureux et qui redonne espoir », confie Julia Kopp, une Berlinoise qui avait elle aussi vu le film l’an dernier. « Mais en même temps, ce n’est pas une fin vraiment heureuse … Je suis un peu triste pour eux », inquiète de « la façon dont la vie va continuer pour eux ».
Les deux frères ont fait savoir que leur retour à une vie normale avait été difficile pour eux après deux ans de captivité et deux ans d’activisme inlassable pour leurs proches.
De son côté, Ariel Cunio et sa partenaire Arbel Yehoud, séquestrée elle jusqu’en janvier 2025, ont collecté près d’1,8 million de dollars depuis le lancement, la semaine dernière, d’une campagne de financement participatif destiné à leur permettre de « revenir à la vie ».
Sur la description de la campagne de financement participatif lancée au nom de David et Sharon Cunio et de leurs filles jumelles, également ex-otages, on peut lire : « La famille doit non seulement faire face au traumatisme qui a suivi la prise d’otage et les événements du 7-Octobre, mais aussi reconstruire sa vie à partir de zéro. »
Shoval a déclaré que le film — et la projection — permettaient d’entrevoir un avenir plus radieux.
« Selon moi, le film parle de fraternité et des effets de la séparation d’avec ses proches, mais aussi des retrouvailles ». « Installés dans cette salle de cinéma, ils ont pu se voir à l’écran. Ils ont pu voir ce qu’ils ont manqué, ce qui s’est passé en leur absence. Ils peuvent projeter le passé et le présent. C’est l’un des pouvoirs du cinéma. Cela m’a semblé naturel de les faire revenir. »
la Communauté du Times of Israël !







