Accord avec l’Iran: La réunion de Trump sur la « décision finale » n’aurait abouti sur rien
Téhéran nie l'affirmation du président US selon laquelle l'accord annoncé par la Maison Blanche incluerait des concessions sur le nucléaire ; l'accord prévoit un fonds de 300 milliards de $ pour la reconstruction de l'Iran, selon des sources citées par le New York Times
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Vendredi, le président américain Donald Trump a fait savoir qu’il se rendait dans la Situation Room de la Maison Blanche pour prendre une « décision finale » au sujet d’un protocole d’accord visant à prolonger le cessez-le-feu avec l’Iran et à rouvrir le détroit d’Ormuz.
Mais la réunion s’est achevée deux heures plus tard sans qu’aucune décision n’ait été prise, a confié au New York Times un haut responsable de l’administration, qui a insisté sur le fait qu’un accord était proche mais qu’il fallait encore débattre de certaines questions, notamment le dégel des avoirs iraniens.
« Le président Trump ne signera un accord que s’il sert les intérêts des États-Unis et qu’il ne franchit pas ses lignes rouges », a déclaré à l’AFP un responsable de la Maison Blanche sous couvert d’anonymat à l’issue de la réunion. « L’Iran ne pourra jamais détenir l’arme nucléaire. »
Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social pour annoncer sa réunion, Trump a souligné que les stocks d’uranium hautement enrichi de l’Iran seraient extraits et détruits par les États-Unis, alors même qu’aucune clause de ce type ne figure dans les termes du protocole d’accord.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a pour sa part affirmé que les négociations étaient en cours, mais qu' »aucun accord définitif n’avait encore été trouvé » – une déclaration qui a contredit l’affirmation faite par la Maison Blanche selon laquelle l’approbation de Trump était la dernière étape requise pour conclure un accord.
Le ministère a également démenti l’affirmation du président américain selon laquelle l’Iran accepterait de renoncer à son uranium enrichi.
« Notre priorité est de mettre fin à la guerre. Il n’y a pas de négociations sur le nucléaire », a précisé le porte-parole du ministère, Esmaeil Baghaei, à la télévision d’État.
Une source iranienne de haut rang a indiqué à Reuters que, si un accord politique avait été trouvé, il restait encore à finaliser.
Le protocole d’accord annoncé jeudi par la Maison Blanche prévoirait la réouverture du détroit d’Ormuz et la prolongation de 60 jours du cessez-le-feu en cours en Iran, période durant laquelle Washington et Téhéran engageraient de nouvelles négociations sur la limitation du programme nucléaire iranien.
Le protocole d’accord inclurait également des incitations financières en faveur de l’Iran, pouvant aller jusqu’à un allègement des sanctions. Selon des responsables iraniens et d’autres sources cités par le New York Times, le protocole d’accord doterait l’Iran d’un « fonds d’investissement » destiné à la reconstruction du pays, fonds que deux de ces sources ont estimé à 300 milliards de dollars.
Cette proposition semble faire écho à une idée avancée précédemment par les envoyés américains au Moyen-Orient, Steve Witkoff et Jared Kushner, tous deux investisseurs immobiliers, lesquels, selon certains responsables iraniens, avaient suggéré, dans le cas d’un accord final, de promouvoir des projets immobiliers et un fonds d’investissement en Iran.
Mais dans son message de vendredi sur Truth Social, Trump a précisé que « aucun transfert d’argent n’aura lieu jusqu’à nouvel ordre ». Il a également renouvelé son engagement à ce que les États-Unis « déterrent et détruisent la poussière nucléaire » de l’Iran, en étroite coordination avec ce dernier et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
« L’Iran doit consentir à ne jamais disposer d’arme ou de bombe nucléaire », a déclaré Trump. « Le détroit d’Ormuz doit rouvrir immédiatement, sans péage, et permettre aux navires de circuler librement dans les deux sens. »
« L’Iran doit procéder au retrait immédiat et/ou à la destruction » de toutes les « mines sous-marines » qu’il a posées dans le détroit d’Ormuz et qui n’ont pas encore été neutralisées par « nos excellents démineurs sous-marins », a-t-il ajouté.
« Les navires qui se trouvent actuellement bloqués dans le détroit en raison de notre formidable blocus naval, qui va désormais être levé, pourront bientôt mettre le cap sur leurs ports d’origine ! », a poursuivi Trump.
Ce commentaire semble indiquer que le président américain a déjà décidé de lever son blocus naval – pourtant censé ne prendre fin qu’une fois le protocole d’accord signé, ainsi que le rapportent les informations divulguées et confirmées jeudi par la Maison Blanche.
On ignore si l’Iran a depuis exigé que le blocus soit levé avant toute avancée dans les négociations, ou si la déclaration de Trump était simplement mal formulée.
Le chef du Pentagone, Pete Hegseth, a par ailleurs rappelé que les États-Unis disposaient de stocks d’armes plus que suffisants, et étaient « tout à fait en mesure » de rouvrir les hostilités contre l’Iran.
« Nous sommes tout à fait en mesure de reprendre les opérations si cela s’avère nécessaire. Nos stocks, tant sur place qu’à l’échelle mondiale, sont amplement suffisants pour cela, notamment grâce à l’équilibre que nous assurons entre munitions de haute précision et quantités plus importantes », a affirmé Hegseth dans le cadre du sommet de défense le plus important d’Asie, qui s’est tenu à Singapour.
Au préalable, outre les questions encore en suspens, « d’autres points, de moindre importance, ont été approuvés », a fait savoir Trump. « Je vais maintenant me rendre dans la Situation Room pour prendre une décision finale. »
Selon des sources bien informées citées par l’agence de presse iranienne Fars, ces déclarations de Trump mêlent « vérité et mensonges ».
« Trump a soutenu que l’Iran était tenu d’ouvrir le détroit d’Ormuz sans péage, mais aucune clause de ce type ne figure dans le texte de l’accord », a notamment souligné Fars.
L’Iran, ont rapporté ces sources, réclame « la libération immédiate de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés », sans quoi, ont-elles averti, « Téhéran ne passera pas à la phase suivante des négociations ».
Concernant le Liban, que le Hezbollah a précipité dans une guerre régionale de plus grande ampleur le 2 mars, les sources citées par Fars ont confirmé la demande de Téhéran en faveur d’un « cessez-le-feu complet », en accord avec les exigences du groupe terroriste chiite libanais soutenu par la République islamique, qui refuse de déposer les armes.
Toute violation du cessez-le-feu au Liban serait suivie de « représailles immédiates », ont ajouté les sources.
À propos de l’affirmation de Trump selon laquelle Washington et Téhéran coordonneraient la destruction de l’uranium enrichi iranien, Fars a répondu : « Des sources bien informées ont fait valoir que non seulement cette mesure ne figure pas dans le protocole d’accord, mais que cette allégation est totalement infondée. »
La destruction des stocks nucléaires iraniens n’est pas non plus prévue, ont-elles assuré.
L’Iran, dont les dirigeants ont promis la destruction d’Israël, nie vouloir se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, il a accumulé de l’uranium enrichi à des niveaux qui n’ont aucune application pacifique.
Ces stocks de matières hautement enrichies seraient enfouis sous terre depuis que les États-Unis ont frappé trois sites nucléaires iraniens stratégiques au mois de juin, lors de la guerre de douze jours qui a opposé Israël et l’Iran au mois de juin.
Pour le négociateur en chef de l’Iran, ce sont les missiles, et non le dialogue, qui permettront d’atteindre les objectifs
Le négociateur en chef de l’Iran, Mohammad Bagher Ghalibaf, a indiqué vendredi sur le réseau social X que la République islamique « atteindrait ses objectifs non pas par le dialogue, mais par les missiles », et qu’elle jugerait Washington sur ses actes plutôt que sur ses paroles.
L’Iran ne passera à l’action que si l’autre partie frappe la première, a ajouté Ghalibaf, précisant : « Le vainqueur, dans tout accord, est celui qui prépare le mieux la guerre du lendemain. »
Par ailleurs, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé vendredi avoir abordé la question de l’avenir du détroit d’Ormuz avec son homologue omanais, Badr Albusaidi.
La semaine dernière, le New York Times a rapporté que Mascate se montrait de plus en plus favorable à l’idée de s’associer à Téhéran pour percevoir des droits de passage auprès des navires traversant le détroit, malgré l’insistance des États-Unis à ne pas laisser Téhéran imposer des péages sur cette voie stratégique.
In very productive call with FM @badralbusaidi, expressed Iran's solidarity with Oman in face of any threat.
We discussed Hormuz and its future administration in line with our sovereign responsibilities and international law.
We welcome consultation with all neighboring states. pic.twitter.com/MB6EVYNkNn— Seyed Abbas Araghchi (@araghchi) May 29, 2026
L’Iran a bloqué le détroit, paralysant environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole, après que les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements contre la République islamique le 28 février, en vue de déstabiliser le régime de Téhéran et de détruire ses programmes balistique et nucléaire.
Trump a proclamé un cessez-le-feu en Iran le 8 avril. Cinq jours plus tard, les États-Unis ont imposé un blocus des ports iraniens. Ces derniers jours, les États-Unis et l’Iran ont échangé des tirs dans le détroit pour la première fois depuis le cessez-le-feu.
Jeudi soir, l’agence de presse semi-officielle iranienne Tasnim a expliqué que les bruits entendus en mer étaient liés à un échange de tirs destiné à servir d’avertissement aux navires présents dans le détroit.
Selon l’agence de presse Fars, les forces armées iraniennes ont également mené une opération de tir de missiles depuis le sud du pays en direction de cibles précises, mais la destination de ces missiles était encore incertaine.
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