Allemagne : après l’annonce de sa victoire, l’extrême droite exulte à Magdebourg
Le scrutin a suscité une forte participation au scrutin - 78 %, selon l'estimation de la chaîne publique ZDF
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Cris de joie, applaudissements et sauts en l’air : les partisans d’Ulrich Siegmund, la tête de liste de l’extrême droite en Saxe Anhalt, ont exulté dimanche soir après sa très large victoire au cours d’un scrutin régional.
L’extrême droite allemande a revendiqué une victoire électorale historique et infligé un camouflet au chancelier conservateur Friedrich Merz, même si elle semble rater la majorité absolue de peu, selon les résultats préliminaires.
Réunis sur la scène d’une salle de spectacles et de concerts de Magdebourg, la capitale de cet Etat d’ex-RDA, l’équipe de campagne de cette vedette des réseaux sociaux de 35 ans, a accueilli avec euphorie le score de plus de 44 %, annoncé par la télévision publique ZDF.
L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation anti-migrants, russophile et pro-Trump, est devenue aux législatives de 2025 le premier parti d’opposition du pays. Elle devance largement les conservateurs (CDU) crédités de 17,5%, selon des résultats préliminaires publiés par les chaînes publiques ARD et ZDF.
La droite radicale obtiendrait 39 sièges, à trois élus de la majorité absolue au parlement régional, ouvrant la voie à une période de tractations.
Pour l’atteindre, elle devra débaucher dans d’autres partis, comme la CDU, ou former une alliance de circonstances avec le mouvement de gauche pro-russe BSW, par exemple, qui obtient quatre élus, selon ZDF et ARD, et n’est pas opposé à une coopération au cas par cas.
Les sociaux-démocrates (SPD), la gauche radicale Die Linke et les Verts tournent eux autour de 9%. Un score trop faible pour empêcher l’AfD de gouverner.
Aucune région allemande n’a été dirigée par l’extrême droite depuis 1945.
« Nous avons écrit l’Histoire dans ce pays », a répété toute la soirée Ulrich Siegmund depuis un théâtre construit dans les années 1930, qui a servi de manège et de hall d’exercices militaires avant de devenir du temps de la RDA un cinéma pour soldats de l’armée soviétique. « Bien entendu, nous avons un mandat de gouvernement », a-t-il aussi tonné devant ses soutiens à Magdebourg, capitale régionale de cette région pauvre d’ex-RDA de 2,1 millions d’habitants.
Il a ajouté « tendre la main » à quiconque « souhaite résoudre avec nous les problèmes fondamentaux de ce Land ».
S’il gouverne, M. Siegmund a promis de multiplier les expulsions d’étrangers, de modifier les programmes scolaires d’histoire, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l’Allemagne du IIIe Reich ou encore de sortir de l’audiovisuel public, jugé anti-AfD.
« Je suis personnellement consterné par le résultat de cette élection », a réagi le président du Conseil central des Juifs en Allemagne, Josef Schuster, au journal Die Welt.
Avec dans leur dos le slogan de campagne de l’AfD « tout est possible », certains semblaient presque sonnés par ce succès.
« Je pensais que le score se situerait autour de 41 % mais il est plus élevé », a confié à l’AFP Angela Maike, une retraitée de 65 ans.
« Je préfère toujours être un peu pessimiste au préalable pour être agréablement surprise après coup. Et c’est le cas aujourd’hui », a-t-elle ajouté, commandant au bar du théâtre deux bières et un verre de vin rouge pour fêter la victoire.
Elle affirme s’être « donnée à fond » pendant la campagne électorale : « nous avons beaucoup aidé en collant des affiches et en raccrochant certaines qui avaient été arrachées ».
Julian Schneider, 29 ans, membre de l’organisation de la jeunesse de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), se montre moins surpris : « Je suis naturellement optimiste mais je pense que c’était prévisible ».
Soulignant la forte participation au scrutin (78 %, selon l’estimation de la chaîne publique ZDF), il s’est félicité du fait que « des gens qui peut-être ne seraient pas allés voter, ce sont finalement mobilisés pour voter AfD ».
Une participation à ce niveau est historique pour un Etat régional de l’est de l’Allemagne. Elle a été accueillie par des applaudissements et des acclamations. Il y a cinq ans, elle avait été de 60,3 %.
« Chancelière du cœur »
Dans la salle du théâtre, côté spectateurs, beaucoup d’hommes en costume, quelques femmes en tenue de soirée, écoutaient debout autour de petites tables Björn Höcke, un membre radical de l’AfD connu pour ses propos très controversés notamment sur le passé nazi de l’Allemagne, entonner un chant de victoire : « Quelle journée magnifique ».
Chaussé de baskets bleu ciel, la couleur de l’AfD, et portant un tee-shirt avec pour slogan « Vision AfD », un retraité de 64 ans qui a préféré rester anonyme voyait en Ulrich Siegmund le sauveur de la Saxe-Anhalt.
« Il faut faire quelque chose. Les gens s’en vont (de Saxe-Anhalt, ndlr), les entreprises sont contraintes de fermer, les entreprises ferment ou délocalisent leurs activités à l’étranger », a-t-il dit.
« Le Land continue de s’enfoncer dans le déclin. Les communes sont toutes en faillite. Nous sommes submergés par l’immigration, dont une partie est en situation irrégulière », a-t-il ajouté.
Ce soir, il espère faire signer un cœur en carton avec l’inscription « la chancelière du cœur » par la coprésidente du parti Alice Weidel, qui a appelé « à la CDU, ou une partie de la CDU » à venir vers elle.
Cette claque électorale est « un signal envoyé à Berlin », qui doit « réfléchir à la voie des réformes empruntée », a reconnu le vice-chancelier Lars Klingbeil, membre des sociaux-démocrates, au micro de la ZDF.
Le chancelier Friedrich Merz n’avait pas réagi dans l’immédiat et prévoit de s’exprimer lundi, après une réunion de la CDU, qui exclut toute alliance, mais l’ampleur de la défaite pourrait relancer le débat, certains cadres militant depuis longtemps pour un rapprochement.
La défaite est retentissante pour les conservateurs, avec un score divisé par deux par rapport à 2021.
Holger Schmieding, analyste pour la banque Berenberg, prédit une « période d’introspection sérieuse, et potentiellement tumultueuse » pour le parti.
M. Merz, arrivé au pouvoir en mai 2025 avec un programme de durcissement migratoire pour siphonner les voix de l’AfD, est au plus bas dans les sondages, plombé par une économie en difficulté, des disputes avec ses alliés sociaux-démocrates et des gaffes à répétition.
De son côté, Sven Schulze, a reconnu dimanche soir sa cuisante défaite et félicité le gagnant: « Les électeurs ont ainsi envoyé un message clair », a-t-il dit, souhaitant que les dirigeants régionaux et nationaux prennent « pleinement la mesure de ce signal ».
Des renforts policiers ont été déployés dimanche de crainte de débordements entre pro et anti-AfD. Des grilles métalliques ont été érigées autour du Landtag, le parlement régional, et de nombreux policiers patrouillent, selon des journalistes de l’AFP.
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