Alors que la guerre en Iran détourne l’attention de Gaza, le Hamas renforce ouvertement son emprise sur l’enclave
Des images montrent les terroristes patrouillant au grand jour, sans caches-visage, alors qu'ils s'emploient à contrôler les prix des denrées alimentaires et répriment les critiques
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Il y a quelques jours, des policiers du groupe terroriste palestinien du Hamas patrouillant dans un marché de Gaza-City ont surpris un vendeur proposant des tomates à un prix exorbitant de 25 shekels le kilo.
Les agents ont saisi les produits, invoquant une loi contre la spéculation destinée à protéger les Gazaouis, alors que les entrées de marchandises dans la bande de Gaza ont diminué depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février, selon Anas Arafat, un habitant de Gaza-City qui a assisté à la scène.
« Je les ai vus confisquer des tomates vendues 25 shekels le kilo. Ils les ont ensuite revendues 10 shekels le kilo, soit le prix d’avant la guerre, et même là, ils n’ont pas autorisé les gens à en acheter plus d’un kilo », a-t-il expliqué au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
Alors que l’attention en Israël et dans la région se concentre largement sur la guerre en Iran et les combats contre le groupe terroriste chiite du Hezbollah au Liban, les « forces de sécurité » du Hamas ont renforcé leur présence à Gaza au cours des deux dernières semaines, comme le confirment des habitants qui se sont entretenus avec le Times of Israel et comme le montrent des images circulant dans l’enclave.
Parallèlement à la présence accrue du Hamas, on signale également une recrudescence des violences à l’encontre des Gazaouis, alors que le groupe terroriste qui contrôle officiellement l’enclave cherche à réaffirmer son pouvoir.
Le Hamas a lui-même rendu publique une partie de ces informations. Le 10 mars, le ministère de l’Intérieur du groupe terroriste a diffusé des images de la « police » du Hamas, affirmant que celle-ci « contrôlait les prix des produits de première nécessité à Gaza et prenait des mesures strictes à l’encontre des commerçants qui enfreignaient la loi ».
Sur les photos, les agents apparaissent en uniforme et certains ont le visage découvert. Ceci contraste avec les images prises immédiatement après le cessez-le-feu d’octobre 2025, où l’on voyait souvent des « policiers » armés en tenue civile et portant des caches-visage.
Aujourd’hui, le Hamas ne semble plus craindre de montrer son visage. En revanche, les habitants qui s’exprimaient auparavant sous leur nom auprès des médias étrangers exigent désormais l’anonymat. Ils n’ont pas explicitement expliqué les raisons de cette décision, mais l’un d’entre eux a confié qu’il « ne voulait pas d’ennuis », laissant entendre qu’il craignait des représailles de la part du Hamas.
La police des prix
Derrière le renforcement du contrôle des prix se cache une réduction des quantités de denrées alimentaires entrant dans la bande de Gaza depuis le début de la campagne israélienne contre le régime iranien.
Au début de la guerre, Israël a fermé les points de passage vers Gaza. Selon un communiqué du Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT), cette mesure a été prise « compte tenu de la menace de missiles et de la déclaration de l’état d’urgence et des restrictions imposées à la population en Israël – afin de prévenir tout risque pour la vie humaine ». Les postes-frontières sont restés fermés pendant plusieurs jours.
En réponse à une question du Times of Israel, le COGAT a indiqué que les points de passage avaient été rouverts progressivement. Des marchandises à usage humanitaire et commercial ont pu entrer dans la bande de Gaza, mais on ignore en quelle quantité.
Le 10 mars, le COGAT a indiqué sur son compte X que des marchandises entraient quotidiennement à Gaza. Cependant, des responsables du COGAT ont reconnu au Times of Israel que, ces dernières semaines, seuls quelques centaines de camions par jour avaient franchi la frontière, soit un chiffre inférieur à celui d’avant la guerre avec l’Iran. Ils n’ont pas fourni de chiffre exact.
Selon les données de l’ONU concernant les marchandises humanitaires entrant à Gaza par l’intermédiaire d’organisations affiliées, 879 camions ont été déchargés aux points de passage frontaliers entre le 1ᵉʳ et le 17 mars, dont 410 ont été acheminés vers des points de distribution à l’intérieur de la bande de Gaza.
Ces chiffres représentent une forte baisse par rapport aux plus de 1 500 camions déchargés entre le 1ᵉʳ et le 17 février, dont 1 413 avaient atteint des points de distribution.
Le COGAT affirme qu’il y a « suffisamment d’aide humanitaire à Gaza pour les habitants ».
Cependant, des Gazaouis interrogés par le Times of Israel ont fait état d’une forte hausse des prix des denrées alimentaires, en particulier des fruits et légumes. Un habitant de Gaza-City a déclaré que le prix des pommes de terre était passé de 3 shekels le kilo à 20 ou 30 shekels le kilo.
Mais d’autres produits sont tout simplement introuvables dans les rayons. Cet habitant de Gaza-City a déclaré que lui et sa famille n’avaient pas mangé de viande depuis le début de la guerre avec le régime iranien en raison de la pénurie.
« La viande rouge est arrivée à Gaza hier seulement, mais elle était déjà chère : 37 shekels le kilo, contre 10 shekels le kilo avant la guerre », a-t-il déclaré mardi.
Il a ajouté que ces pénuries sont particulièrement difficiles à vivre à l’approche de la fête de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du ramadan et est prévue ce week-end.
Il a décrit la « police » du Hamas patrouillant dans les rues pour contrôler les prix.
Outre le contrôle des prix, le Hamas gère également la distribution des marchandises entrant dans la bande de Gaza par l’intermédiaire du ministère de l’Économie de Gaza, qu’il contrôle.
Le 16 mars, le ministère a déclaré : « Dans les situations d’urgence et extrêmes, il adopte des mesures réglementaires, notamment la surveillance et la limitation des points de vente, afin de protéger les consommateurs, d’assurer une distribution équitable et de lutter contre les monopoles. »
Ces leviers de contrôle pourraient permettre au Hamas de s’assurer que les marchandises parviennent aux partisans du groupe terroriste, tout en lui permettant de prélever une part sur les ventes et la distribution, bien qu’il n’y ait aucune preuve que cela se produise.
En novembre, des informations ont fait état de la reprise par le Hamas de la perception d’impôts auprès des Gazaouis. Cependant, un habitant de Gaza, bien informé de la situation économique de l’enclave et qui a souhaité garder l’anonymat, a réfuté les allégations selon lesquelles un système organisé de perception fiscale serait actuellement en place.
Selon lui, la situation dans la bande de Gaza est encore trop chaotique pour permettre une fiscalité aussi structurée.
Le 12 mars, des images publiées par le Hamas montraient également des agents de « police » déployés dans les rues de la bande de Gaza la nuit, pendant le ramadan, période où les déplacements et l’activité commerciale s’intensifient après la tombée de la nuit. On pouvait notamment y voir un véhicule de police qui semblait neuf.
Répression violente
Dans le cadre du cessez-le-feu, la gouvernance civile de Gaza par le Hamas est censée être remplacée par le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) opérant sous l’égide du Conseil de Paix du président américain Donald Trump.
Cependant, la plupart des membres de ce comité vivent en dehors de Gaza et n’ont pas pu entrer dans l’enclave. Selon les médias, Israël les en empêcherait.
Selon ces informations, Israël aurait également bloqué le recrutement de fonctionnaires basés à Gaza pour le nouveau mécanisme administratif.
Selon des témoignages de Gazaouis, le NCAG n’a toujours pas pris en charge la gestion quotidienne de la bande de Gaza.
Dans le cadre du plan Trump, le gouvernement technocratique serait soutenu par une Force internationale de stabilisation (ISF) temporaire qui travaillerait aux côtés d’une « force de police palestinienne nouvellement formée et contrôlée ».
Le NCAG a annoncé le mois dernier qu’il ouvrait les candidatures pour des « candidats qualifiés » souhaitant servir au sein d’une « force de police de transition » qui serait déployée dans la bande de Gaza.
Cette annonce intervient alors que des informations indiquent que des terroristes du Hamas pourraient continuer à « maintenir l’ordre » à Gaza dans le cadre du nouveau dispositif de sécurité civile.
Toutefois, des diplomates ont déclaré au Times of Israel que ni l’Égypte ni l’Union européenne, qui se préparaient toutes deux à former des Palestiniens en vue de leur déploiement au sein de cette force, ne formeraient d’officiers affiliés au Hamas.
Le Hamas cherche à intégrer ses quelque 10 000 « policiers » à l’ISF et se préparerait également à conserver le pouvoir en coulisses en plaçant des membres haut placés de sa branche armée à des postes de direction civile qui devraient faire partie de la future gouvernance de la bande de Gaza.
Les Gazaouis interrogés par le Times of Israel comprennent la nécessité pour le Hamas de disposer d’une force de police afin d’éviter le chaos.
« La guerre est déjà terminée, et Israël sait qu’il a le contrôle », a déclaré cet habitant de Gaza-City.
Cependant, les Gazaouis affirment que les activités de la « police » ont consisté à instaurer un climat de peur dans la bande de Gaza.
Ces derniers jours, des informations faisant état de plusieurs incidents violents impliquant la « police » du Hamas contre des Gazaouis ont circulé sur les réseaux sociaux, dont l’un aurait entraîné la mort d’une personne.
Le 10 mars, la famille d’Asaad Abu Mahdi, originaire du camp de réfugiés de Nuseirat, a annoncé qu’il avait été abattu par des membres du Hamas à un poste de contrôle de la police.
« La facilité avec laquelle le Hamas et ses membres tuent et causent la mort des habitants de Gaza est indescriptible », a écrit sur les réseaux sociaux Karim Joudeh, un critique du Hamas originaire de Gaza, en réaction à ces événements.
Quelques jours plus tard, des informations ont fait état de la blessure par balle de Muhammad Abu Omara, un habitant de Deir al-Balah, par le Hamas.
Comme ces incidents ne sont pas officiellement signalés et qu’ils apparaissent rarement dans les médias locaux qui sont proches du Hamas, on ignore toujours les raisons pour lesquelles ces personnes ont été prises pour cible.
Certains indices laissent toutefois penser que le groupe terroriste utilise sa « police » pour réprimer la dissidence. Dans un cas, un homme nommé Ashraf Nasser Saleh aurait été passé à tabac par des membres du Hamas après avoir exprimé son soutien à la paix avec Israël sur les réseaux sociaux et en public.
Ahmed Fouad Alkhatib, un critique du Hamas originaire de Gaza et résidant aux États-Unis, a déclaré le 11 mars qu’il avait contacté Saleh par l’intermédiaire de tiers et que celui-ci avait quitté l’hôpital pour tenter de quitter la bande de Gaza avec sa famille afin d’assurer sa propre sécurité.
Le Hamas lui-même semblait reconnaître indirectement l’existence de telles opérations. Après une frappe israélienne contre un véhicule de police le 15 mars, le ministère de l’Intérieur de Gaza, contrôlé par le Hamas, a annoncé que neuf « policiers » avaient été tués, dont le chef d’une unité de police du centre de Gaza chargée de maintenir l’ordre parmi la population de la bande de Gaza.
Israël a déclaré avoir pris pour cible ce groupe car il comprenait des « policiers » ayant pris part au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.
« C’est le Hamas qui est sur le terrain »
Israël a exigé que le Hamas désarme avant d’engager toute discussion sur la reconstruction de Gaza, une exigence qui, selon certains, a retardé la prise de fonction du NCAG.
Toutefois, de telles conditions ne seraient pas conformes à l’accord de cessez-le-feu, qui sépare le rôle du comité technocratique en matière de gouvernance civile de la question du désarmement.
Selon certaines informations, Israël aurait découvert que le Hamas tentait de reconstituer ses capacités armées, alors que ce dernier refuse de désarmer.
Selon la chaîne publique Kan, le groupe terroriste se concentrerait à nouveau sur des opérations de contrebande maritime depuis l’Égypte afin de relancer la production de roquettes.
Par ailleurs, le journal Haaretz a indiqué que ces dernières semaines, Tsahal avait averti le gouvernement que le rythme de la reconstruction armée du Hamas dans la bande de Gaza était plus rapide que prévu initialement.
L’homme de Gaza-City a déclaré qu’il espérait que le NCAG finirait par remplacer le Hamas au pouvoir, mais les Gazaouis ont indiqué qu’à l’heure actuelle, le Hamas semblait diriger l’enclave sans contestation.
« Il n’est pas sur le terrain et n’a aucun pouvoir d’action », a déclaré Arafat à propos du comité technocratique.
« C’est le Hamas qui est sur le terrain, mais c’est à cause de l’absence du comité. »
Il a fait remarquer qu’Israël contrôlait également toujours une grande partie de la bande de Gaza, y compris ses points de passage, et a reproché à Jérusalem de retarder la transition du Hamas vers le NCAG.
« Je ne défends pas le Hamas, mais honnêtement, la raison n’est pas le Hamas – la raison, c’est Israël », a-t-il ajouté.
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