Rechercher

Avec une vague d’exécutions, le Hamas veut réaffirmer sa mainmise sur Gaza

Les habitants racontent au ToI les activités parfois meurtrières menées par le Hamas, qui s'apparentent à celles d'une milice - et certains en approuvent tacitement certains aspects

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Un membre des forces de sécurité intérieure fidèles au groupe terroriste palestinien Hamas salue de jeunes Gazaouis dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)
Un membre des forces de sécurité intérieure fidèles au groupe terroriste palestinien Hamas salue de jeunes Gazaouis dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Iyad Abu Ramadan, président de la Chambre de commerce de Gaza-City, raconte que quand il est arrivé à son bureau, dans la matinée de lundi, il a vu un groupe d’hommes masqués et armés en civil debout à un carrefour, à l’extérieur.

Il est certain qu’il s’agissait d’hommes du Hamas, dit-il au cours d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel. « Aucune autre force armée ne pouvait se trouver là », ajoute-t-il dans la foulée.

« L’autorité de facto, ici, c’est le Hamas », continue-t-il.

Mohammad, qui vit dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, a également aperçu des individus portant des armes qui étaient déployés aux carrefours, ces derniers jours. « Il y en a deux ou trois à différents carrefours, ils sont masqués », déclare-t-il par téléphone au Times of Israel.

La nuit, ajoute-t-il, devient le moment de tous les dangers.

Mohammad – qui a demandé à ce que son véritable nom soit modifié pour des raisons de sécurité – affirme avoir eu connaissance de plusieurs meurtres de civils qui ont récemment été commis par les membres du groupe terroriste. Chaque matin, les habitants apprennent les événements de la nuit précédente via les chaînes Telegram locales ou par le bouche-à-oreille, dans le camp.

Le Hamas n’évoque pas ce genre d’agissements sur ses comptes officiels, sur les réseaux sociaux. Mais depuis le début du cessez-le-feu et avec le retrait partiel des soldats de Tsahal, les chaînes Telegram liées au Hamas diffusent régulièrement des images montrant des actes de violence qui prennent pour cible les résidents de l’enclave côtière : des Gazaouis blessés par balle aux jambes ou frappés à coups de pierres en guise de punition pour des crimes présumés – ils sont notamment accusés, pêle-mêle, d’avoir volé des aides humanitaires, d’avoir consommé des stupéfiants ou d’avoir collaboré avec Israël.

« La situation est effrayante », confie Mohammad. « Dès le début du cessez-le-feu [le 10 octobre], nous avons commencé à être les témoins de meurtres totalement aléatoires. Ce qui a fait apparaître la peur parmi les résidents de Gaza, et malheureusement, ça continue. Il y a des hommes armés qui vont vous tuer parce qu’ils vous soupçonnent d’avoir collaboré, ou pour des raisons que vous ne connaissez même pas ».

Des membres des forces de sécurité intérieure fidèles au Hamas sont déployés dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Samedi, sa famille a annoncé que Hisham al-Saftawi avait été abattu par des hommes armés du Hamas alors qu’il était chez lui, à Nuseirat. Mohammad confirme les faits et il explique que les coups de feu ont eu lieu à cinq heures du matin, ajoutant qu’al-Saftawi a été tué devant ses enfants. « Ils n’ont donné aucune justification », dit-il, faisant référence aux terroristes.

Il précise qu’al-Saftawi était quelqu’un de connu dans le camp. Sa famille, de son côté, a annoncé qu’elle ne dresserait pas de tente de deuil tant qu’elle n’aurait pas vengé sa mort entre les mains du Hamas.

Officiellement, la police du Hamas a annoncé qu’elle allait ouvrir une enquête sur l’incident, mais les médias proches du groupe armé ont laissé entendre que l’homme s’était livré à des activités criminelles dont la nature n’a pas été précisée, déclarant également qu’al-Saftawi avait servi dans les services de sécurité de l’Autorité palestinienne lorsque cette dernière – ou plutôt la faction du Fatah dirigée par son président, Mahmoud Abbas – avait gouverné la bande de Gaza, entre 2005 et la prise de pouvoir violente du Hamas, en 2007.

Il est inhabituel qu’une famille ainsi touchée dénonce aussi ouvertement le Hamas – les autres familles ayant perdu un proche dans les mêmes circonstances étant généralement trop terrifiées pour prendre la parole.

Le frère d’Ahmed Fouad Alkhatib vit dans le sud de la bande de Gaza. Dimanche, il a raconté à Alkhatib, qui vit aux États-Unis, qu’il rentrait chez lui au volant de sa voiture lorsqu’il a été encerclé par des hommes armés, au visage masqué, qui ont brandi leurs armes. Ils ont contrôlé sa voiture et ses papiers d’identité, et ils ne l’ont laissé repartir qu’après l’avoir minutieusement fouillé.

Alkhatib, qui s’est installé aux États-Unis il y a deux décennies et qui est chercheur au sein de l’Atlantic Council, déclare que si son frère a peur de s’exprimer auprès des médias, lui-même a choisi de relayer son récit. « Il m’a dit : ‘Ces types se comportent comme les membres d’une milice. Pourquoi des hommes armés et masqués encerclent-ils ma voiture, sortent leurs armes et fouillent tout le véhicule ? Pourquoi ont-ils des AK-47 ?… Cela n’a pas grand-chose de civilisé’. »

Un récit qui reflète la nature des activités du Hamas dans la bande de Gaza, ces derniers jours : mener des opérations dignes d’une milice meurtrière à l’encontre de tous ceux qu’il considère comme des menaces, tout en évitant d’exercer de manière ouverte une gouvernance totale.

Assiégés par des hommes armés du Hamas « équipés de mortiers et de lance-roquettes »

Au moins deux incidents montrant de multiples exécutions ont été filmés le 13 octobre – et leur véracité a été confirmée par la suite par les médias affiliés au Hamas. Des images qui ont provoqué un tollé sur Internet et qui ont suscité l’ire du président américain Donald Trump, qui insiste sur le fait que le Hamas doit désarmer, et qu’il désarmera. Elles ont également été suivies d’une mise en garde du département d’État américain qui a fait savoir que le Hamas prévoyait de nouvelles attaques à l’encontre de la population gazaouie, des attaques qui constitueraient « une violation directe et grave de l’accord de cessez-le-feu ».

Les habitants de l’enclave qui ont été interrogés par le Times of Israel indiquent que ces exécutions multiples ont majoritairement eu lieu à Gaza-City et qu’elles ne se sont pas reproduites, ces derniers jours.

Cette image extraite d’une vidéo diffusée par la chaîne Telegram Al-Aqsa TV, gérée par le Hamas, le 13 octobre 2025, montre des hommes armés du Hamas exécutant des hommes aux yeux bandés, ligotés et agenouillés, entourés d’une foule dans une rue de la ville de Gaza. (Crédit : Al-Aqsa TV / AFP)

Certains résidents justifient partiellement les actions du Hamas. Omar, qui habite à Gaza-City et qui demande à ce que son véritable nom ne soit pas révélé, explique que « la police du Hamas est déployée pour que personne ne puisse voler l’aide humanitaire ; elle assure la sécurité de l’assistance. Les exécutions ont concerné des individus qui travaillaient avec les milices anti-Hamas, des personnes qui volaient et qui revendaient l’aide humanitaire. Et certaines d’entre elles collaboraient avec l’occupant [en référence à Israël] ».

Salah (c’est également un pseudonyme), qui vit dans le centre de la bande, indique ne pas soutenir le groupe terroriste mais il ajoute : « Le Hamas arrête des personnes qui sont recherchées pour toutes sortes de raisons. Les meurtres ont cessé », affirme-t-il. « Ils ont réglé leurs comptes avec certaines familles qui avaient fait du mal à des gens, qui avaient mis en place des points de contrôle pour voler, pour confisquer des armes et pour se livrer à des actes d’intimidation à l’encontre de la population en général ».

Ces personnes « ont commis de nombreux actes répréhensibles », continue-t-il. « Ce sont des criminels ; ils doivent être éliminés. C’est ce que je pense personnellement ».

« Les membres du Hamas sont sur le terrain et, naturellement, ils vont reprendre le contrôle », déclare-t-il. S’il affirme que la majorité des Gazaouis ne veulent pas du régime du Hamas, « ils ont le sentiment qu’il y a un vide ; personne ne peut prendre leur place ».

Un membre des forces de sécurité intérieure fidèles au groupe terroriste palestinien du Hamas tient un poste de contrôle dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Aux États-Unis, Ahmed Fouad Alkhatib, qui est quotidiennement en contact avec sa famille à Gaza, explique qu’il y a effectivement « un vide » à Gaza « dans le sens où il n’y a pas d’alternative toute prête au Hamas. Les seuls qui sont vraiment prêts à combler ce vide, ce sont ceux qui possèdent des armes. Qui possède des armes à Gaza ? Ce sont soit les clans (les grandes familles de la bande de Gaza), soit les milices qui ont collaboré avec Israël ».

Maintenant que l’armée israélienne s’est retirée dans une zone qui couvre un peu plus la moitié de la bande, le Hamas règle ses comptes avec ses rivaux.

Avant le cessez-le-feu, trois principales milices menaient des opérations à Gaza : celle d’Ashraf al-Mansi dans le nord, celle de Hossam al-Astal à Khan Younès et celle de Yasser Abu Shabaab à l’Est de Rafah.

Ces deux dernières ont reconnu avoir bénéficié d’un soutien militaire et logistique d’Israël. Si la milice al-Mansi a, de son côté, gardé le silence, un haut responsable de la milice Abu Shabab a fait savoir au Times of Israel que le groupe d’al-Mansi avait mené ses opérations de façon similaire.

Depuis le début du cessez-le-feu, les médias de Gaza ont fait état de nombreux heurts entre le Hamas, la milice d’al-Mansi et d’autres clans à Gaza-City. Les deux autres groupes se trouvent dans des secteurs qui sont toujours sous le contrôle de l’armée israélienne, ou qui sont à très grande proximité des déploiements de Tsahal.

« Dans les 50 % environ du territoire qui est placé sous le contrôle du Hamas, le groupe terroriste a saisi toutes les occasions qui se sont présentées pour s’en prendre à tous ceux qui possédaient des armes. Il a également ‘mélangé’ deux dossiers pourtant distincts : d’un côté, les crimes et l’anarchie et de l’autre, les accusations – mensongères, exagérées ou réelles – de collaboration avec Israël », explique Alkhatib.

Un mélange des genres qui, selon Alkhatib, a permis au Hamas d’accorder plus facilement une légitimité à ses actions punitives.

Nizal Dormoush. (Crédit : Al-Arabiya)

Les noms des Gazaouis qui ont été tués, y compris lors des exécutions publiques, n’ont pas été officiellement révélés – mais selon les médias de la bande, un grand nombre d’entre eux appartenaient à la famille Dormoush, un clan de Gaza-City. Pendant la guerre, Israël avait, semble-t-il, proposé à ses membres de conclure un accord de coopération dans la lutte contre le Hamas, accord qu’ils auraient refusé.

Un ancien de la famille, Nizal Dormoush, a fait savoir samedi à la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya que des hommes armés du Hamas avaient tué 33 membres de sa famille. Il a ajouté que le quartier de Gaza-City où vivent ses proches était en état de siège, envahi par un grand nombre de membres du Hamas « équipés de mortiers et de lance-roquettes ».

ll a nié les accusations de coopération avec Israël, mais il a également déclaré que si certains membres de sa famille avaient effectivement aidé d’une manière ou d’une autre l’État juif dans le cadre de la guerre, ils devraient être remis aux autorités judiciaires – reconnaissant ainsi la légitimité de poursuivre et de punir les collaborateurs, sans pour autant soutenir la peine capitale.

« Un culte de la mort se livrant à des sacrifices humains massifs »

Ces derniers jours, ceux qui se sont publiquement exprimés sur les actions du Hamas ont généralement été des personnalités locales influentes, des familles établies et des anciens. Comme le reconnaît Mohammad, les Gazaouis ont extrêmement peur de faire part de leurs sentiments s’agissant du Hamas depuis le début du cessez-le-feu.

« Beaucoup de gens ont commencé à diminuer leur présence sur internet et ils ne veulent plus parler par crainte des répercussions. La situation, avec le Hamas, les milices et les gangs, n’est pas du tout stable », indique Mohammad.

Ahmed Fouad Alkhatib à bord d’un avion se préparant à larguer de l’aide à Gaza, le 25 août 2025 (Crédit : Autorisation)

Alkhatib déclare avoir ressenti ce changement, même dans ses conversations privées avec les membres de sa famille et avec ses amis : les gens se sentaient plus à l’aise pour parler du Hamas pendant la guerre que ce n’est le cas aujourd’hui, alors qu’il y a le cessez-le-feu. « Comme le Hamas était passé dans la clandestinité, il y avait moins de risques qu’il s’en prenne aux personnes ».

« Aujourd’hui, en revanche, même dire : ‘C’est ce que j’ai vu, c’est ce que j’ai vécu’ est risqué. Tout le monde fait profil bas. »

La grande question, bien sûr, est de savoir comment les événements actuels à Gaza, et en particulier le retour du Hamas, vont façonner l’avenir de la bande. Le plan de paix en 20 points qui a été préparé par Trump exige le désarmement du Hamas et la démilitarisation de l’enclave côtière. Les responsables du Hamas ont indiqué à maintes reprises qu’ils ne renonceraient pas à leurs armes. L’accord de cessez-le-feu signé par Israël et le Hamas, le 9 octobre, ne couvrait pas la question de la gouvernance d’après-guerre, qui doit encore faire l’objet de pourparlers.

Les Gazaouis interrogés par le Times of Israel émettent différentes prévisions : certains s’attendent à ce que le Hamas reprenne le pouvoir, d’autres anticipent l’arrivée de forces arabes ou internationales dans les mois à venir, des forces qui prendront sa place.

Le président de la Chambre de commerce, Abu Ramadan, raconte que sa principale crainte est Israël, qui, selon lui, considère tous les habitants de Gaza comme des ennemis. « Israël exige la sécurité et la paix, mais personne n’exige la paix et la sécurité pour nous. Israël est toujours une force d’occupation dans la bande de Gaza, et la majorité des Israéliens considèrent Gaza et tous ses habitants comme des ennemis, et ils pensent qu’il vaudrait mieux que Gaza disparaisse ».

Néanmoins, il estime que si le Hamas doit rester au pouvoir, « il n’y aura pas de reconstruction de Gaza, ce qui est une perspective très dure pour tous les habitants. Et il n’y aura aucune possibilité de parvenir à la paix ».

Alkhatib, de son côté, offre des perspectives sombres, à court terme, pour une bande où le Hamas, agissant comme une milice, serait encore présent : « La situation va être très difficile. Il faudra au moins trois à cinq ans pour simplement stabiliser les choses ».

« Je pense qu’il faudrait un miracle biblique pour vraiment transformer cet endroit », poursuit-il. « Non pas parce que c’est impossible, mais parce qu’il y a ici un culte de la mort [le Hamas] qui se livre à des sacrifices humains massifs et qui retient deux millions de personnes en otage. Nous avons libéré 20 otages israéliens. C’est merveilleux. Mais maintenant, nous avons deux millions d’otages palestiniens ».

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.