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Attaque de Doha : un coup dur pour le Hamas et le Qatar, une opportunité pour Israël en cas de succès

Cette attaque pourrait faire émerger des dirigeants plus modérés, placer l'Égypte au centre de la médiation et donner à Benjamin Netanyahu une image de vainqueur, Donald Trump poussant à la fin du conflit

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Image composite des cinq membres de la direction conjointe temporaire du Hamas. Rangée du haut, de gauche à droite : Zaher Jabarin, Khaled Mashaal, Khalil al-Hayya. Rangée du bas, de gauche à droite : Muhammad Ismail Darwish, Nizar Awadallah. (Crédits : Mahmud Hams/AFP, Louai Beshara/AFP, Hamas, Ashraf Amra/APA/ZUMA Press via Alamy)
Image composite des cinq membres de la direction conjointe temporaire du Hamas. Rangée du haut, de gauche à droite : Zaher Jabarin, Khaled Mashaal, Khalil al-Hayya. Rangée du bas, de gauche à droite : Muhammad Ismail Darwish, Nizar Awadallah. (Crédits : Mahmud Hams/AFP, Louai Beshara/AFP, Hamas, Ashraf Amra/APA/ZUMA Press via Alamy)

Israël, dans la guerre qui l’oppose à la République islamique d’Iran et à ses alliés depuis le 7 octobre 2023, semble avoir pris l’habitude d’éliminer l’ensemble des dirigeants ennemis.

En septembre dernier, Israël a bouleversé le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah en éliminant son chef Hassan Nasrallah, la moitié des membres de son conseil directeur ainsi que son haut commandement militaire, contraignant le groupe terroriste créé et soutenu par la République islamique d’Iran, à accepter un cessez-le-feu humiliant .

En juin, au cours de ses premières frappes contre l’Iran, l’État juif a éliminé plusieurs généraux et scientifiques nucléaires de haut rang de la république islamique, parmi lesquels le chef du du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, le général de division Hossein Salami, le chef des forces armées, le général de division Mohammad Bagheri, et le responsable en charge des missiles, le général de brigade Amir Ali Hajizadeh.

Il y a deux semaines, des avions israéliens ont pris pour cible une réunion du cabinet du groupe terroriste des Houthis au Yémen, éliminant le Premier ministre houthi et d’autres ministres de haut rang.

Et enfin, dans la bande de Gaza, Israël a abattu les hauts responsables terroristes du Hamas au cours de sa campagne de 23 mois.

Chacune de ces opérations constitue en soi un exploit, du type que peu de pays pourraient rêver d’accomplir. Pour un État, répéter une telle campagne à plusieurs reprises, à des centaines de kilomètres de son territoire national, est tout simplement inédit.

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, menant d’autres membres du groupe terroriste dans la prière alors que des images du pogrom du 7 octobre 2023 sont diffusées à la télévision. (Crédit: Capture d’écran/X)

Un groupe semblait toutefois demeurer hors de la portée d’Israël : les dirigeants politiques milliardaires du Hamas installés à Doha, ces mêmes hommes aux barbes grises qui s’étaient prosternés dans une prière de remerciement pendant que les terroristes du Hamas massacraient des civils israéliens dans leurs propres maisons, le 7 octobre 2023.

Si Israël avait éliminé le chef de la branche politique du Hamas Ismaïl Haniyeh alors qu’il se trouvait à Téhéran, les homologues de ce dernier avaient toutefois de nombreuses raisons de se croire intouchables tant qu’ils restaient en territoire qatari. L’émirat du Qatar, qui s’est servi de ses richesses pétrolières et gazières pour étendre son « soft power » à travers l’Occident, accueille la plus grande base militaire américaine au Moyen-Orient. Il a de surcroît endossé la fonction-clé de médiateur arabe dans les pourparlers indirects entre Israël et le Hamas sur les accords ouvrant la porte à la libération des otages.

Le refus du Hamas de relâcher les otages conformément aux conditions posées par Israël, la fusillade meurtrière survenue lundi à Jérusalem et l’attaque mortelle contre un char israélien à Gaza ce même jour ont poussé à bout la patience de l’État juif. Mardi, sans semble-t-il en avoir au préalable informé l’administration Trump, Israël a pris pour cible une réunion au Qatar des principaux dirigeants du Hamas. Au moment où nous écrivons ces lignes, les résultats de cette frappe ne sont pas encore connus avec certitude.

« Il s’agit d’un événement majeur, d’un événement historique », a indiqué Yoel Guzansky, ancien membre du Conseil de sécurité nationale (NSC), désormais chercheur à l’Institut d’études sur la sécurité nationale basé à Tel Aviv.

Le président américain Donald Trump applaudissant sur scène à la base aérienne d’Al Udeid, à Doha, au Qatar, le 15 mai 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Inquiétude pour les otages

Immédiatement, une question se pose, au-delà du succès de ces frappes : quelles seront leurs conséquences sur les tentatives d’accord sur les otages ?

Le président américain Donald Trump a présenté à Israël et au Hamas une nouvelle proposition d’accord global. Selon certaines informations, les dirigeants concernés se sont réunis pour discuter des grandes lignes de cette proposition.

Des responsables israéliens s’exprimant sous couvert d’anonymat ont déclaré mardi soir aux médias de l’État juif que la Maison Blanche avait été informée peu avant l’attaque. La porte-parole de Trump a quant à elle fait savoir que la Maison Blanche avait été informée de l’opération par l’armée américaine, et que Trump avait même prévenu le Qatar. Et d’ajouter que cette frappe sur le territoire d’un puissant allié des États-Unis « ne servait ni les intérêts d’Israël ni ceux des États-Unis ».

Des milliers de personnes participant à une marche de protestation pour demander la fin de la guerre et la libération de tous les otages, à Jérusalem, le 6 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Trump – à moins que la réaction affichée par le président ne s’inscrive dans le cadre d’une autre campagne de désinformation américano-israélienne – n’approuve pas cette attaque, se disant également furieux en raison du lieu qu’elle a pris pour cible. Il ne semble toutefois pas décidé à sanctionner Israël.

« L’élimination du Hamas, qui a exploité la misère des habitants de Gaza, est un objectif louable », a indiqué la Maison Blanche. Trump estime par ailleurs que « cet incident malheureux pourrait être l’occasion d’instaurer la paix ».

En effet, cette frappe pourrait ouvrir la voie à la mise en place par le Hamas de nouveaux dirigeants plus disposés à mettre fin à la guerre et à libérer les otages que la cohorte actuelle, et ce même si, depuis le début du conflit, les chefs militaires du groupe terroriste présents sur le terrain à Gaza ont adopté une ligne plus fanatique.

Mais elle pourrait aussi mettre les otages encore plus en danger. Le Qatar pourrait en effet décider que le sort des captifs lui offre un moyen de se venger d’Israël pour la violation flagrante de sa souveraineté.

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, lors d’un point presse, dans la salle Brady de la Maison Blanche, à Washington, le 9 septembre 2025. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

« Je suis extrêmement inquiète de la possibilité que le Qatar utilise les otages pour se venger de nous », a confié Moran Zaga, spécialiste de la région du Golfe à Mitvim – l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales.

« C’est l’un de leurs atouts majeurs, dont ils disposent grâce à leur plus grand atout, le Hamas. »

« S’ils veulent une vengeance cruelle et qu’ils savent que les otages sont notre point faible, et s’ils en sont capables, alors ils feront preuve d’une telle cruauté », a-t-elle souligné.

Mais même si le Qatar ne va pas jusqu’à pousser le Hamas à faire du mal aux otages, il peut toutefois nuire à Israël de bien d’autres manières – aucune d’entre elles n’étant militaire. Le Qatar exerce en effet une influence économique en Occident et dans les pays arabes voisins de l’État juif. Il pourrait pousser ces pays à prendre des mesures défavorables à Israël.

Le président Donald Trump (5ᵉ à gauche) participant à une séance photo de groupe avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (4ᵉ à droite) le prince héritier des Émirats arabes unis, Cheikh Khaled ben Mohamed ben Zayed Al Nahyan (2ᵉ à droite) le prince héritier et Premier ministre de Bahreïn, Salman ben Hamad Al Khalifa (à gauche), l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, (3ᵉ à gauche) , le prince héritier du Koweït Mishal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah (2ᵉ à gauche), le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe Jasem Mohamed Albudaiwi (à droite), lors du sommet du CCG, à Ryad, en Arabie saoudite, le 14 mai 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Mais les mesures dont dispose le Qatar à court terme rencontrent certaines limites. Le pays n’est pas vraiment doté de capacités militaires, et ne devrait pas s’attendre à recevoir de l’aide de ses voisins. Des voisins qui ont fait des déclarations et versé des larmes de circonstance juste après l’attaque – le strict nécessaire pour garantir la suite du processus de réconciliation avec le Qatar entrepris en 2021.

« L’inquiétude est réelle [parmi d’autres pays dans la région] qu’il ne s’agisse pas seulement de rhétorique, mais qu’ils puissent un jour être visés », a expliqué Zaga, évoquant la capacité désormais répétée d’Israël à frapper ses ennemis proches ou lointains.

« Israël est en train de devenir une puissance hégémonique dans la région, un statut considéré comme un atout – une supériorité militaire avec laquelle ils veulent s’allier – mais aussi comme un fardeau. Nous commençons en effet à représenter une réelle menace pour eux. Cette perception existe, elle s’accentue, et leur inquiétude est croissante. »

Quelle que soit la réponse qu’apportera le Qatar, il est clair que le pays a subi un coup dur. Les Qataris ont oeuvré à consolider leur position d’alliés indispensables des États-Unis au Moyen-Orient. Doha a conquis le président américain Joe Biden, et semblait avoir également séduit Trump.

Le Premier ministre du Qatar, Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, s’exprimant lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre libanais Nawaf Salam (non photographié) à Doha, au Qatar, le 24 juin 2025. (Crédit : Karim Jaafar/AFP)

En février, au cours d’une séance de questions lors de la visite de Netanyahu dans le Bureau ovale, Trump a affirmé au Times of Israel que le Qatar faisait « un excellent travail » en tant que médiateur, et dans la région au sens large.

« L’un des échecs qu’ils étudient actuellement est leur incapacité, malgré leur lobbying à Washington, à avoir empêché cette action », a estimé Zaga.

À tout le moins, le Qatar pourrait se retirer de toute activité de médiation entre Israël et le Hamas dans un avenir proche.

Israël tentera de montrer qu’il dispose d’autres options, notamment via l’Égypte. Une tâche qui pourrait s’avérer difficile. Le Caire tient à afficher son rang d’atout occidental clé dans la région. C’est également pour l’Égypte l’occasion de prouver qu’elle peut tirer parti de sa proximité géographique avec Gaza ainsi que de ses contacts étroits avec les chefs de la branche armée du Hamas pour mettre fin à un conflit qu’elle souhaite désespérément voir s’achever.

Le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohamed ben Zayed al-Nahyan (à gauche), accueilli par son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sisi à son arrivée en Égypte, le 23 mars 2024. (Crédit : Hamad al-Kaabi/COUR PRÉSIDENTIELLE DES ÉMIRATS ARABES UNIS/AFP)

Par ailleurs, Israël s’est montré particulièrement critique à l’égard de la médiation du Qatar, semblant accorder davantage de confiance aux intentions égyptiennes.

Mais avec un Qatar en position de retrait, l’Égypte dispose d’un pouvoir de négociation beaucoup plus important vis-à-vis d’Israël, avec qui ses relations sont tendues. Si le président égyptien Abdel Fattah el-Sisi entretenait auparavant des relations fructueuses avec Netanyahu, il se sent désormais trahi par ce dernier ainsi que par le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer, tous deux ayant publiquement reproché au Caire de ne pas avoir fermé les tunnels de contrebande vers Gaza.

L’Égypte, tout au long de la guerre, s’est inquiétée de voir Israël pousser des centaines de milliers de Gazaouis vers le Sinaï. De plus, le soutien presque enthousiaste des ministres israéliens à l’idée d’une émigration volontaire n’a fait qu’augmenter ces craintes.

Par conséquent, si Netanyahu veut obtenir la pleine coopération de l’Égypte, il devra prendre des positions et des mesures qui lui coûteront cher sur le plan politique.

Des Gazaouis regardant tomber les tracts largués par l’armée israélienne exhortant à l’évacuation vers le sud, vers al-Mawasi, à Gaza-City, le 9 septembre 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

S’il était véritablement décidé à affronter son ministre des Finances Bezalel Smotrich et son ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, Netanyahu pourrait voir là une opportunité importante – à condition, bien sûr, que les frappes de Doha soient couronnées de succès.

« Cela permettrait à Bibi de quitter la scène sans perdre la face, car il pourrait présenter des résultats concrets », a expliqué Guzansky.

« Cela lui donnerait une image de vainqueur ; cela lui apporterait beaucoup. Il pourrait dire : ‘C’est fait. Nous avons tenu notre promesse : nous avons éliminé le Hamas’. »

Désormais, les prochaines étapes dépendent de l’issue de l’attaque. Mais une élimination des chefs restants du groupe terroriste palestinien du Hamas ouvrirait de nouvelles opportunités pour Netanyahu et Trump.

Les objectifs des deux hommes sont alignés, du moins publiquement. Mardi soir, la Maison Blanche a souligné que Trump souhaitait le retour de tous les otages ainsi que la fin immédiate de la guerre. Ce même jour, Netanyahu avait déclaré que l’attaque de Doha pourrait ouvrir la voie à la fin de la guerre, à un avenir meilleur pour Gaza et à la reprise des efforts de normalisation dans la région.

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