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Au cœur du quartier juif de Cordoue, un voyage dans la Casa de Sefarad

Une escapade indispensable pour se rappeler que malgré la « généalogie des persécutions » et le climat actuel, l’antisémitisme débridé n’est pas une fatalité

  • Un livre ancien de prières en hébreu, exposé au red-de-chaussée de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
    Un livre ancien de prières en hébreu, exposé au red-de-chaussée de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
  • Un des nombreux cartels de l'exposition temporaire consacrée aux auteurs juifs du monde du dessin - caricature, comics, BD, roman graphique -, organisée par la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
    Un des nombreux cartels de l'exposition temporaire consacrée aux auteurs juifs du monde du dessin - caricature, comics, BD, roman graphique -, organisée par la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
  • Le cartel consacré au médecin Francisco Maldonado Da Silva au 1er étage de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
    Le cartel consacré au médecin Francisco Maldonado Da Silva au 1er étage de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
  • Ce pavé doré signale l’appartenance de la Casa de Sefarad aux Caminos de Sefarad de la Red de Juderías de España, le 27 décembre 2025, à Cordoue, en Espagne (Rachel Bellegy-Chazelas).
    Ce pavé doré signale l’appartenance de la Casa de Sefarad aux Caminos de Sefarad de la Red de Juderías de España, le 27 décembre 2025, à Cordoue, en Espagne (Rachel Bellegy-Chazelas).
  • Des livres de cuisine juive espagnole, et notamment un recueil contemporain de recettes de cuisine juive interdite suite à l'Expulsion des Juifs d'Espagne exposés dans une cave voûtée médiévale de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
    Des livres de cuisine juive espagnole, et notamment un recueil contemporain de recettes de cuisine juive interdite suite à l'Expulsion des Juifs d'Espagne exposés dans une cave voûtée médiévale de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
  • Des objets anciens du quotidien des Juifs d'Espagne exposés dans une cave voûtée médiévale de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).
    Des objets anciens du quotidien des Juifs d'Espagne exposés dans une cave voûtée médiévale de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).

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En cette froide matinée d’hiver, il fallait bien tous les attraits de la vieille ville de Cordoue, dans le nord de l’Andalousie, communauté autonome située dans le sud de l’Espagne, pour s’arracher au réconfort d’un chocolate con leche fumant.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994, au même titre que la splendide fête des patios, le centre historique de Córdoba s’enorgueillit d’avoir un grand nombre de monuments d’un grand intérêt historique, à commencer par le pont romain, la mosquée-cathédrale Medina-Azahara, le quartier juif médiéval (Judería) ou encore l’Alcázar des rois chrétiens.

Ville des trois cultures, Cordoue est aussi le berceau de grands penseurs que l’on continue de lire, des siècles plus tard, comme Sénèque, Averroès ou encore Maïmonide, philosophes majeurs des civilisations romaine, islamique et juive.

A l’intérieur des hauts murs parfaitement préservés de la Judería, à deux pas de l’ancienne synagogue et du zocco, le pittoresque marché, se trouve la bien-nommée Casa de Sefarad, qui déploie sur trois étages (non négociables !) un dédale de salles enroulées autour d’un charmant patio qui prolonge agréablement la visite.

Vous ne pouvez pas vous tromper : à l’entrée de cette maison-musée, un pavé doré attire l’attention. Il signale l’appartenance de ce lieu aux Caminos de Sefarad de la Red de Juderías de España, – un réseau de villes riches d’un quartier juif médiéval protégé et valorisé.

Au fil de ces 8 salles – plus le patio -, la Casa de Sefarad déroule l’histoire, belle et tragique, de la présence juive en Espagne, entre objets du quotidien et Inquisition en passant par Maïmonide, la musique et les fêtes, jusqu’à la Diaspora.

L’Etoile de David en galets qui orne le patio de la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas)

Autant le dire, ce n’est pas un musée que l’on parcourt au pas de course pour aller à l’essentiel, au « clou » de l’exposition. On prend son temps et on se laisse happer par le charme fou de ce lieu qui a vu passer en ses murs la splendeur et la terreur, l’espoir et la tragédie, et qui nous le restitue avec une énergie peu commune et un goût du mélange qui n’est pas sans évoquer les cabinets de curiosités du XVIIe siècle.

On nous suggère de commencer par la partie souterraine, qui renferme les objets du quotidien – très justement élevés à la dignité d’objets du Cycle de la Vie – : ceux qui accompagnent de tout temps les Juifs de la naissance à la mort en passant par le mariage… et la cuisine ! On suit la piste du fil d’or et des ustensiles de cuisine pour remonter le temps et s’imaginer les fêtes et festins, et l’on découvre – ou redécouvre – au détour des vitrines les tenues chatoyantes des Juifs espagnols d’avant l’exil.

Ensuite vient l’ascension vers le 1er étage et ses salles les plus intenses, émotionnellement parlant, un voyage que l’on commence en faisant plus ample connaissance avec Maïmonide, esprit puissant, tour à tour philosophe, médecin, et talmudiste. Mais avant tout un humaniste et un homme de migration qui a laissé une profonde empreinte sur la pensée occidentale et juive moderne.

Avant d’entrer dans le cœur du réacteur – l’Inquisition espagnole et l’expulsion des Juifs de la péninsule -, on chemine entre une galerie de portraits d’hommes et de femmes dits marranes, terme qui désigne les Juifs espagnols christianisés de force à cette époque mais qui continuaient de pratiquer leur foi en secret.

Edit de l’Inquisition prohibant la distribution et la lecture d’un ouvrage de Volney « Les ruines, ou méditations sur les révolutions des Empires » en 1797. exposé au 1er étage de la Casa de Sefarad, à Cordoue, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).

La poétesse Rebecca Correa, le médecin Francisco Maldonado Da Silva ou encore la philanthrope et banquière Bienvenida Abravanel racontent chacun à leur manière l’histoire de ces conversions forcées, de l’exil et parfois de la mort sur le bûcher (dans le cas de Maldonado, à Lima), mais surtout celle de la constance, de la résilience et de l’attachement à son identité.

Sans issue, les pasillos étroits et intriqués qui conduisent aux salles consacrées à l’Inquisition et leurs édits royaux décrivant par le menu le sort réservé aux Juifs d’Espagne, sans oublier la longue liste des victimes des persécutions, se referment comme un piège, puissante évocation du passé.

Mais ce piège architectural qui se referme sur le visiteur n’est qu’apparent puisqu’il suffit de revenir sur ses pas pour retourner à la lumière et, en empruntant à nouveau une volée de marches, revenir symboliquement à la vie, qui se poursuit dans la diaspora et, pour les besoins de l’exposition du moment, dans l’influence des Juifs dans la bande dessinée, les comics ou encore le roman graphique.

Toutes les galeries du charmant patio de la Casa de Sefarad rappellent, dessins à l’appui, la vertigineuse contribution de la diaspora juive – et pas seulement ashkénaze – à la BD et ses déclinaisons les plus modernes.

Un des nombreux cartels de l’exposition temporaire consacrée aux auteurs juifs du monde du dessin – caricature, comics, BD, roman graphique -, organisée par la Casa de Sefarad, à Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).

À LIRE : Le « double portrait » des Goscinny dessiné par Catel

Ne vous dites surtout pas que vous en avez assez lu ou vu car vient ensuite la spectaculaire salle des Femmes séfarades, superbe galerie de portraits de femmes qui alterne photographie, dessin et peinture pour faire revivre ces médecins, écrivaines, partisanes, penseuses, chanteuses, cinéastes, victimes de l’Inquisition ou héroïnes de romans. Un hommage vibrant à la force de ces femmes qui portèrent haut leur judéité en des circonstances souvent difficiles.

Hors de question de quitter la Casa de Sefarad sans un tour par la salle des fêtes juives qui met à l’honneur les particularités des célébrations dans la tradition juive espagnole et parle tout autant du Shabbat et du calendrier des fêtes que de notre mémoire collective, avec des pièces et artefacts uniques.

Et pour finir en beauté et en musique, la Casa de Sefarad a le bon goût de donner à voir d’anciens instruments de musique dont les Juifs espagnols d’avant l’Inquisition tiraient des mélodies dont on peut écouter une interprétation contemporaine, souvent agrémentée de paroles en ladino.

Portrait de femme séfarade par l’artiste Luis Celorio Peinado exposé à La Casa de Sefarad de Cordoue, en Espagne, le 27 décembre 2025 (Rachel Bellegy-Chazelas).

Vous n’y entendrez pas Morenika ou Tres hermanicas eran, et la contrebasse on ne peut plus moderne d’Avishaï Cohen, mais vous en entendrez d’autres, inédites, qui achèveront de vous persuader que la judéité est d’une infinie plasticité. Non pas que ce soit une surprise, mais ce détour par les chemins séfarades aura éveillé en vous de nouvelles curiosités !

Cerise sur le gâteau, malgré la forte affluence, il règne une atmosphère paisible dans le quartier juif de Cordoue et rien ne vient troubler la déambulation, si ce n’est le passage nonchalant d’un chat noir forcément énigmatique ou les effluves des restaurants voisins. Ce qui n’est pas un moindre bienfait ces temps-ci, et est le signe d’une coexistence ici paisible.

La Casa de Sefarad, qui se trouve Calle Judíos, au coin de la rue Averroes (en face de la synagogue), est ouverte du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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