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Bennett appelle à démanteler les avant-postes illégaux, s’attirant les foudres des leaders de droite

Le chef du parti BeYahad se dit "favorable aux implantations en zone C", mais pas sur des terres palestiniennes privées ni dans les zones A et B, qui font partie de l’"autonomie palestinienne"

Naftali Bennett, chef du parti BeYahad et ancien Premier ministre, s'exprimant lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 15 juin 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Naftali Bennett, chef du parti BeYahad et ancien Premier ministre, s'exprimant lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 15 juin 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett s’est attiré les foudres de la droite après avoir déclaré lundi dans une interview que des centaines d’avant-postes non autorisés érigés en Cisjordanie étaient illégaux et devaient être démantelés.

« À mon sens, les constructions légales établies en zone C, sur des terres appartenant à l’État et non sur des parcelles privées palestiniennes… c’est excellent. Les constructions qui ne sont pas légales, ou qui se trouvent dans la zone C, ou encore sur des terrains privés, ne sont pas licites », a souligné cette figure de l’opposition à la chaîne publique Kan.

Interrogé sur le fait de savoir s’il s’agissait d’une question d’interprétation – si, comme l’a formulé l’intervieweur, « Yair Golan dira que c’est illégal, tandis que Smotrich dira que c’est légal » -, Bennett a répondu : « Non. Des lois existent. »

« Ce qui n’est pas légal ne sera pas autorisé », a-t-il ajouté. Lorsqu’on lui a demandé si ces propos signifiaient qu’il ferait évacuer de force les avant-postes, Bennett a répliqué : « Bien sûr. Ceux qui ne sont pas légaux, à coup sûr. »

Bennett, dont le parti BeYahad arrive actuellement dans les sondages à quelques sièges derrière le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à environ quatre mois de la date prévue pour les élections, est un partisan de longue date des implantations israéliennes en Cisjordanie. Il est également l’ancien directeur du Conseil Yesha, une organisation regroupant les implantations.

« Toutes les constructions situées sur des terres appartenant à l’État et réalisées dans le respect de la loi ont ma bénédiction. Je suis favorable à des implantations légales en zone C », a-t-il affirmé.

Aux termes des accords d’Oslo II, qui ont été signés en 1995 par Israël et l’Autorité palestinienne, la Cisjordanie est divisée en trois zones : A, B et C. La zone C est sous contrôle israélien total ; la zone B est sous contrôle civil palestinien et sous contrôle sécuritaire israélien. La zone A, quant à elle, est sous contrôle total palestinien.

« Dans ma vision, la zone C finira par faire partie de l’État d’Israël, alors que les zones A et B seront intégrées à une entité autonome palestinienne », a précisé Bennett à Kan.

Vue d’un nouvel avant-poste israélien illégal dans la région de Masafer Yatta, au sud d’Hébron, en Cisjordanie, le 19 juin 2026. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Mardi, s’exprimant lors d’une conférence du Jewish News Syndicate organisée à Jérusalem, Bennett a une nouvelle fois cherché à concilier ses convictions de droite avec son opposition à l’extrémisme.

« Je suis un homme de droite, je n’ai pas l’intention de changer d’avis. Mais je ne suis pas un ‘schmuck' », a-t-il ajouté, utilisant un terme péjoratif yiddish à l’intention de son public anglophone.

« Il y a une énorme différence : être de droite, c’est défendre nos intérêts nationaux : on ne cède pas de territoire, on ne permet pas la création d’un État palestinien, on reste ferme. Mais ça ne veut pas dire qu’on est idiot », a-t-il poursuivi.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui dirige le parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit et qui exerce une certaine autorité sur la Cisjordanie, a réagi sur X aux déclarations de Bennett dans son interview à la chaîne publique Kan.

« Ce week-end et ces derniers jours, j’ai prévenu que si, Dieu nous en préserve, ils arrivaient au pouvoir, le gouvernement Eisenkot démantèlerait les nouvelles implantations et les fermes que nous avons établies en Judée-Samarie », a-t-il écrit.

Dans ce message, dans lequel il emploie la terminologie biblique pour désigner la Cisjordanie, Smotrich évoque le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot. La formation de cet ancien général et ex-ministre de la Défense a récemment dépassé celui de Bennett dans les sondages, et est au coude à coude avec le Likud – même s’il faut noter que les sondages ne sont pas très fiables en général.

Une affiche de campagne du parti Yashar de Gadi Eisenkot est visible au-dessus de l’autoroute Ayalon, à Tel Aviv, le 4 février 2026. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Aujourd’hui, Bennett – futur ministre d’un gouvernement Eisenkot – l’a dit haut et fort : il va démanteler les avant-postes agricoles. Et ce n’est pas tout : Bennett a également annoncé qu’il mettrait en place une ‘autonomie palestinienne’ – autrement dit, un État terroriste au cœur du pays ! », a ajouté Smotrich.

« Un gouvernement Eisenkot instaurera un État terroriste palestinien. Il détruira les nouvelles implantations et les avant-postes agricoles. Nous devons les empêcher de former le prochain gouvernement », a-t-il déclaré.

Mardi, Smotrich a de nouveau réagi à l’interview accordée à Kan, faisant référence à Eisenkot ainsi qu’au chef du parti de gauche Les Démocrates, Yair Golan, en commentant : « Bennett le confirme : dans un gouvernement dirigé par Eisenkot et le ministre de la Défense Yair Golan, une autonomie palestinienne sera mise en place, qui mènera à la création d’un État palestinien. »

« Écoutez Bennett : Yair Golan et Eisenkot établiront un État palestinien », a-t-il répété.

Bennett, s’il prône depuis longtemps « une autonomie palestinienne sous stéroïdes », s’oppose toutefois farouchement à la création d’un véritable État.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, assiste à la cérémonie de pose de la première pierre de la nouvelle implantation de Doran, dans la région du Mont Hébron, en Cisjordanie, le 16 juin 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Yisrael Gantz, qui préside le Conseil régional de Binyamin, en Cisjordanie, ainsi que l’organisation du Conseil Yesha, a pour sa part déclaré, dans la soirée de lundi : « Naftali Bennett a annoncé ce soir la création d’un État terroriste à quelques minutes de son domicile de Raanana. »

« Nous sommes déjà confrontés à une armée de 50 000 soldats de l’Autorité palestinienne, une entité corrompue, favorable au terrorisme et dirigée par l’Iran », a-t-il affirmé, évoquant vraisemblablement les forces de sécurité intérieure de l’Autorité palestinienne, qui comptent environ 30 000 membres selon une estimation de 2023. On ignore pour l’instant sur quelle base Gantz impute une responsabilité à l’Iran.

« Après le pogrom [du 7-Octobre] à la frontière de Gaza, seule une personne qui ignore la réalité peut avancer l’idée de céder à cette armée un territoire stratégique au cœur du pays. C’est un suicide national, et un danger pour la vie de millions d’Israéliens. »

Des participants assistent à la cérémonie de pose de la première pierre d’une nouvelle implantation nommée Doran, dans la région du mont Hébron, en Cisjordanie, le 16 juin 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

La création d’avant-postes agricoles illégaux en Cisjordanie, qui consistent généralement à faire paître des moutons, des chèvres ou des bovins sur de vastes étendues de terre, est devenue ces dernières années une tactique largement utilisée par les militants pro-implantations, en coordination avec les conseils régionaux des implantations et les implantations elles-mêmes, dans le but avoué d’exercer un contrôle sur de vastes portions du territoire de Cisjordanie.

Ces avant-postes sont souvent établis sur des terres dites « d’État » – c’est-à-dire des terres qui ne sont pas des propriétés privées -, ce qui leur permet d’échapper à une expulsion immédiate par les services de sécurité. Mais même ces avant-postes sont construits sans l’autorisation du gouvernement ; ils sont donc illégaux au regard de la loi israélienne.

La création de ces avant-postes agricoles s’accompagne souvent de violences commises par leurs résidents à l’encontre de la population civile palestinienne locale. Elle a entraîné, ces dernières années, le dépeuplement de nombreux villages palestiniens ruraux.

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