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Bret Stephens, défenseur d’Israël, dénonce les « terroristes juifs » en Cisjordanie

Le chroniqueur du New York Times critique la manière dont le pays gère les violences des résidents d'implantations, affirmant qu’elles menacent la sécurité et la légitimité de l’État juif

Bret Stephens, chroniqueur au New York Times, s’exprime au 92nd Street Y à Manhattan, le 1er février 2026. (Crédit: Peter Jamus/Michael Priest Photography via JTA)
Bret Stephens, chroniqueur au New York Times, s’exprime au 92nd Street Y à Manhattan, le 1er février 2026. (Crédit: Peter Jamus/Michael Priest Photography via JTA)

JTA — Bret Stephens, chroniqueur du New York Times, lauréat du prix Pulitzer et connu pour être l’un des défenseurs les plus fervents d’Israël au sein du journal, a profité de sa chronique, mardi, pour critiquer directement la manière dont le pays prend en charge les violences qui sont commises par les partisans du mouvement pro-implantation en Cisjordanie. Dans son article, il avertit que ces attaques non-maîtrisées constituent désormais une menace pour la sécurité d’Israël – et pour le sionisme lui-même.

Stephens, qui s’efforce depuis des années de lutter contre « un deux poids, deux mesures » qui, selon lui, ne s’applique qu’à Israël, écrit dans son article qu’il a pris la décision de dénoncer « les terroristes juifs », selon ses propres termes, et ce malgré sa réticence à l’idée d’alimenter la vague de condamnations internationales dont Israël fait l’objet.

« Ce n’est pas seulement parce que ce terrorisme constitue une menace pour la vie et pour les biens des Palestiniens, ou parce qu’il est un affront à l’éthique juive, ou encore parce qu’il est une souillure sur la réputation d’Israël — même s’il est tout cela », dit-il dans sa chronique. « C’est parce que ce terrorisme, en réalité, est également une menace directe pour la sécurité et pour l’existence même de l’État d’Israël, et donc pour le sionisme lui-même ».

La chronique de Stephens s’inspire largement d’une lettre ouverte qui a été adressée dimanche dernier au président américain Donald Trump par Matan Vilnai, ancien chef d’état-major adjoint de Tsahal, au nom de l’organisation « Commanders for Israel’s Security », qui représente des centaines d’officiers supérieurs israéliens à la retraite. Cette lettre soulignait que les services de sécurité israéliens s’étaient montrés efficaces contre les groupes terroristes palestiniens, mais qu’ils étaient comme paralysés s’agissant de freiner les extrémistes juifs. Elle mettait en garde contre les conséquences de l’inaction israélienne face aux agressions violentes commises à l’encontre des Palestiniens.

« A moins d’être enrayée rapidement et de manière décisive, l’escalade de la violence en Cisjordanie risque de mettre la région à feu et à sang et elle risque d’entraîner de graves répercussions pour la sécurité israélienne, mais aussi pour les intérêts régionaux des États-Unis », avait écrit Vilnai.

Dans sa chronique, Stephens évoque la vague de violences qui a pris pour cible plusieurs villages palestiniens, la semaine dernière — des extrémistes juifs auraient notamment mis le feu à une habitation et à deux mosquées, attaquant un atelier de taille de pierre — comme une preuve que le problème, loin d’être exceptionnel, est devenu dorénavant courant. Il cite les chiffres qui ont été rendus publics par l’armée israélienne, des chiffres qui montrent que les crimes à caractère nationaliste en lien avec les partisans du mouvement pro-implantations, ont augmenté, atteignant 867 incidents en 2025, contre 682 l’année précédente.

Stephens cite également les propos tenus par Eran Shamir-Borer, ancien responsable juridique de Tsahal qui travaille dorénavant au sein de l’Institut israélien pour la démocratie, et qui lui a confié que le gouvernement avait expressément refusé de placer des terroristes juifs présumés en détention administrative. Cette pratique, qui consiste à emprisonner des individus sans mise en examen formelle, est régulièrement utilisée à l’encontre de Palestiniens qui sont soupçonnés de terrorisme.

Un homme déblayant les décombres de l’une des mosquées de Cisjordanie qui ont été vandalisées et partiellement incendiées par des résidents d’implantations pendant la nuit, dans le village de Jiljilya, au nord de Ramallah, le 17 juin 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Le chroniqueur rejette les affirmations faites par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a dit considérer que ces violences étaient l’œuvre d’environ 150 « délinquants juvéniles » – des paroles qu’il a notamment prononcées au cours d’un entretien accordé à NBC, au début du mois de juillet. Stephens fait valoir qu’un gouvernement capable d’éliminer un commandant du Hamas au cœur même de l’Iran ne peut pas prétendre de manière plausible qu’il n’est pas en capacité de maîtriser quelques centaines d’individus.

Stephens est connu pour sa défense vigoureuse d’Israël – et il est très admiré pour cela par la communauté pro-israélienne. Il a ainsi réfuté l’accusation de « génocide » qui a été lancée à l’encontre d’Israël et il a condamné ce qu’il a qualifié de « haine hyperbolique et souvent complotiste à l’égard du pays ».

Rédacteur en chef de la revue juive conservatrice Sapir, Stephens a également été choisi pour prononcer le discours annuel sur « l’état de la communauté juive mondiale » au 92nd Street Y en début d’année.

« Je pense qu’il est vraiment important que des personnes comme Bret Stephens dénoncent les violences des colons, et je pense que cela montre également à quel point la situation est devenue terrible », a commenté la rabbine Jill Jacobs, directrice générale de Truah : The Rabbinic Call for Human Rights, dans une interview accordée à la JTA. « Même des personnes qui sont, disons-le, plutôt réticentes à l’idée de critiquer – ou qui ne critiquent presque jamais – la politique israélienne prennent désormais la parole ».

Mais elle a également laissé entendre que le problème allait au-delà d’un simple manquement à l’application de la loi ou de l’incapacité, de la part des autorités, de mettre en cause la responsabilité des partisans du mouvement pro-implantations, et qu’il était plutôt le reflet des priorités du gouvernement de droite de Netanyahu.

Illustration : La rabbin Jill Jacobs lors d’une manifestation contre les réformes judiciaires proposées par le gouvernement israélien à New York, le 21 février 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Il s’agit en réalité d’une politique gouvernementale, car ces violences ont pour objectif de s’emparer d’une partie de plus en plus grande de la Cisjordanie », a ajouté Jacobs. « On a déjà assisté non seulement à des actes de violence, mais aussi à des expulsions, avec des Palestiniens qui sont repoussés vers des zones de plus en plus restreintes – et tout cela pour aboutir, à terme, à l’annexion de la Cisjordanie, ou tout du moins d’une partie aussi importante que possible de la Cisjordanie. »

Des groupes juifs libéraux tels que Truah – notamment Torat Zedek et Bnei Avraham en Israël, ainsi que les organisations basées aux États-Unis Smol Emuni, J Street et New Israel Fund – condamnent régulièrement les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations et ils appellent les forces de sécurité israéliennes à traduire leurs auteurs devant les tribunaux. Ils participent également à des visites de « présence protectrice » en Cisjordanie, en signe de solidarité avec les Palestiniens qui sont menacés par les extrémistes juifs.

Les plus grandes organisations juives se sont montrées moins virulentes sur le sujet, même si l’American Jewish Committee et l’Union for Reform Judaism ont diffusé des communiqués qui condamnaient les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations.

De leur côté, les groupes de droite ont cherché à minimiser l’ampleur du phénomène ou ils ont fait valoir que les Juifs qui vivent en Cisjordanie avaient été provoqués par les Palestiniens qui résident à proximité. Le jour même de la publication de la chronique écrite par Stephens, le groupe de veille des médias HonestReporting a fait paraître un article affirmant que les grands journaux, chaînes de télévision et autres sites d’information accordaient une attention disproportionnée aux violences commises par les extrémistes juifs et qu’ils consacraient beaucoup moins d’articles aux attaques lancées contre des civils juifs par des Palestiniens.

HonestReporting a également cité des données officielles israéliennes qui peuvent laisser penser que les actes de violences perpétrés par des résidents d’implantations a considérablement diminué depuis le mois de mars dernier.

Illustration : Les forces de sécurité israéliennes affrontant les « Jeunes des Collines » alors qu’elles évacuent et démolissent un avant-poste illégal construit près de l’implantation juive de Metzad, à l’est de la ville palestinienne de Sair, dans le sud de la Cisjordanie, le 17 novembre 2025. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Dans sa chronique, Stephens a toutefois semblé se faire l’écho d’un sentiment de plus en plus répandu, même au sein de la droite : celui que ces violences sont condamnables et qu’elles portent encore atteinte à l’image d’Israël à un moment où la réputation de l’État juif est déjà mise à mal à travers le monde.

« Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de partisans d’Israël aux États-Unis qui soient satisfaits de la manière dont Israël a géré, ou plutôt mal géré, les violences des colons », commente David E. Bernstein, professeur à la faculté de droit Antonin Scalia au sein de l’université George Mason et commentateur régulier sur les questions juives, dans un échange par courriel avec la JTA. « A mes yeux, permettre aux colons de bafouer la loi et la politique publique, que ce soit par la violence ou en installant des avant-postes illégaux, relève de l’antisionisme dans la mesure où le sionisme implique d’accepter la légitimité de l’État israélien – et les colons radicaux qui ne le font pas ne diffèrent en rien des haredim [ultra-orthodoxes] extrémistes sur ce point ».

La semaine dernière, la Treizième chaîne israélienne a rapporté que le gouvernement avait approuvé, au mois de mars dernier, un plan de lutte contre les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations, ajoutant qu’il avait préféré le garder secret pour des « raisons politiques ».

Le reportage n’a pas précisé si ce plan avait été mis en œuvre.

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