Comment les radicaux pro-implantations organisent la violence pour expulser les Palestiniens
Les habitants de l'avant-poste d'Or Meir exposent et fêtent l'expulsion des Bédouins de la région ; la famille Musabah dit avoir tout perdu dans l'incendie de sa propriété en juin
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DEIR DIBWAN, CISJORDANIE (Reuters) — L’avant-poste juif d’Or Meir n’est pas grand. Composé d’une poignée d’abris préfabriqués blancs, il se trouve au bout d’un court chemin de terre sur une colline menant à la Route 60, une artère majeure qui traverse la Cisjordanie.
Au fil du temps, ces modestes habitations sont devenues de vastes lotissements israéliens, dans le cadre d’un plan que les membres du cabinet israélien reconnaissent avoir mis en œuvre pour empêcher la création d’un État palestinien.
Un processus qui peut s’avérer violent. Une famille bédouine a ainsi déclaré à Reuters que des assaillants venus d’Or Meir, lançant des cocktails Molotov, les avaient chassés l’an dernier d’un terrain situé à proximité, qui appartenait à des Palestiniens. Les membres de la famille craignent désormais de ne jamais pouvoir y retourner.
Sur sa chaîne Telegram, la communauté des résidents d’Or Meir, pour sa part, célèbre l’expulsion des bergers bédouins et montre la détermination de ces partisans du mouvement pro-implantations à s’assurer un contrôle durable sur ce qu’ils appellent un territoire « stratégique ».
Cette année a été l’une des plus violentes jamais enregistrées en termes d’attaques civiles israéliennes visant des Palestiniens en Cisjordanie, selon les données des Nations unies, qui font état de plus de 750 blessés et rapporte une propagation rapide des avant-postes sur tout ce territoire que les Palestiniens espèrent voir former le cœur d’un futur État.
L’ONG israélienne La Paix maintenant a recensé 80 avant-postes construits en 2025. Le nombre le plus élevé depuis que l’organisation a commencé à tenir des registres, en 1991. Le 21 décembre, le cabinet a approuvé 19 nouvelles implantations, parmi lesquelles d’anciens avant-postes. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé que l’objectif de cette mesure était de bloquer la création d’un État palestinien.
Depuis des décennies, des groupes de partisans du mouvement pro-implantations construisent des avant-postes sur des terres de Cisjordanie sans autorisation officielle de l’État. Des camps qui sont parfois démolis par les autorités israéliennes en Cisjordanie, mais qui réapparaissent souvent et, dans de nombreux cas, finissent par être acceptés par Israël comme des implantations officielles. Smotrich a encouragé les efforts visant à légaliser davantage d’avant-postes.
La communauté internationale — à l’exception des États-Unis sous la présidence de Donald Trump — considère que les implantations israéliennes en Cisjordanie sont illégales au regard du droit international. Israël, qui a conquis cette région avec la guerre des Six Jours, en 1967, conteste cette position, invoquant les liens historiques de l’État juif avec cette terre et la nécessité de la conserver pour des raisons de sécurité.
« Depuis que nous avons établi notre présence sur ces terres, nous avons chassé neuf avant-postes bédouins illégaux et remis 600 hectares aux mains des Juifs », a ainsi déclaré la communauté des résidents d’Or Meir sur son compte dans un message publié en septembre.
Reuters n’a pas pu confirmer de manière indépendante toutes les attaques contre les Bédouins ni déterminer qui a publié au nom d’Or Meir, créé il y a environ deux ans. Les partisans du mouvement pro-implantations ont refusé de s’exprimer auprès de l’agence de presse.
En réponse aux questions de Reuters sur l’intensification de la violence des résidents d’implantations en Cisjordanie, un responsable israélien a accusé une « minorité marginale », ajoutant que les attaques commises par des Palestiniens contre les Israéliens étaient sous-estimées par les médias. L’Autorité palestinienne n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Les messages publiés sur la chaîne Telegram d’Or Meir, dont le statut est public, suggèrent l’existence d’un plan bien organisé pour s’emparer de terres. Une conclusion corroborée par l’examen, par Reuters, d’une dizaine d’autres groupes Telegram et WhatsApp représentant des communautés similaires, par trois entretiens avec des résidents d’implantations et des groupes pro-implantations, ainsi que par des reportages sur le terrain autour d’Or Meir et d’une nouvelle implantation.
« Les preuves attestent qu’il existe un schéma systématique de violence », a indiqué Milena Ansari, chercheuse pour Human Rights Watch basée à Jérusalem, dont les travaux portent notamment sur les implantations en Cisjordanie.
La famille bédouine Musabah a raconté avoir été attaquée en juin, pendant la nuit, par des agresseurs venus d’Or Meir. En décembre, les restes calcinés de leur maison et d’une grange étaient encore visibles, ainsi que l’a constaté une équipe de Reuters.
« Nous vivions ici, en sécurité grâce à Dieu », a déclaré Shahada Musabah, un berger bédouin de 39 ans, qui s’est désormais réfugié dans le village palestinien voisin de Deir Dibwan. « Ils ont mis le feu, et ils ont tout détruit. Ils ne nous ont rien laissé. »
Interrogée sur cet incident, l’armée israélienne a répondu à Reuters que des dizaines de civils israéliens avaient incendié différents biens à Deir Dibwan au cours de la nuit en question, ajoutant que tous les suspects avaient pris la fuite avant l’arrivée des forces de sécurité. Un responsable du conseil municipal de Deir Dibwan a confié à Reuters que jusqu’à 60 résidents d’implantations avaient participé à l’attaque, jetant des pierres et incendiant la maison des Musabah ainsi que d’autres biens, notamment des voitures. Plusieurs villageois ont été blessés par des jets de pierres.
Au cours d’un appel téléphonique, Elkanah Nachmani, un résident d’Or Meir, a dit aux journalistes de Reuters de ne pas emprunter l’itinéraire menant à l’avant-poste depuis la Route 60 et de ne plus le contacter.
Si Nachmani a répondu à la demande de commentaires de Reuters, il n’a toutefois pas abordé les questions soulevées. Sur la chaîne Telegram d’Or Meir, les résidents ont accusé les Palestiniens d’avoir empoisonné leurs moutons en novembre 2024, une accusation réfutée par la famille Musabah.
Selon le groupe de surveillance israélien Yesh Din, sur les centaines de cas de violence commis par des pro-implantations qu’il a documentés depuis le 7 octobre 2023, seuls 2 % ont donné lieu à des inculpations.
Reuters n’a pas pu confirmer les conclusions du groupe. La police et l’armée israéliennes n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Les violences en Cisjordanie ont explosé depuis l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par l’armée israélienne ou par des résidents d’implantations depuis le début de la guerre. Tsahal affirme que la grande majorité d’entre eux étaient des hommes armés tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers morts au cours d’affrontements avec soldats, ou des terroristes ayant conduit des attentats.
Au cours de la même période, 63 civils et membres des forces de sécurité israéliennes ont perdu la vie dans des attentats terroristes en Israël et en Cisjordanie. Huit autres membres des forces de sécurité ont été tués lors d’affrontements au cours de raids dans des villes palestiniennes de Cisjordanie.
Transformer les avant-postes en implantations
Le groupe d’Or Meir a clairement affiché ses objectifs.
En novembre 2024, le compte d’Or Meir a publié un message dans lequel il annonçait qu’il visait à établir « une chaîne stratégique près de l’implantation d’Ofra », afin de créer « une présence juive continue dans les colonies ».
Dror Etkes, un militant pacifiste israélien, a fait savoir que d’autres avant-postes servaient le même objectif, fracturant la Cisjordanie et « limitant la possibilité pour les Palestiniens d’être présents dans ces lieux ».
Malgré les mesures prises par le gouvernement pour reconnaître les dizaines d’avant-postes auparavant illégaux, l’armée a affirmé à Reuters, dans un communiqué, que l’avant-poste d’Or Meir « est illégal et a été évacué à plusieurs reprises par les forces de sécurité ». Elle n’a toutefois donné aucune précision sur les raisons pour lesquelles elle considérait l’avant-poste comme illégal, ni pourquoi il avait été « évacué » — le terme utilisé par l’armée pour désigner la fermeture ou la démolition d’avant-postes en Cisjordanie.
Après la dernière évacuation en date, au mois de mars, Or Meir a réapparu grâce à plus de 100 000 shekels provenant de dons, selon le site web de la communauté. Reuters n’a pas pu confirmer ces dons de manière indépendante.
Parmi les anciens avant-postes qu’Israël a officialisés comme implantations au fil des ans, plusieurs avaient été évacués auparavant par l’armée. Ofra, également situé sur la Route 60, juste au nord d’Or Meir, d’abord simple avant-poste, est aujourd’hui un important lotissement.
« Pourquoi continuons-nous ? », pouvait-on lire dans un message publié en mars par le compte Telegram d’Or Meir après l’évacuation de l’avant-poste. Suivait ensuite la réponse : « Toutes les avancées concernant les implantations ont été réalisées de cette manière. Au début, l’État refuse d’accepter toute activité sur le terrain et la combat farouchement puis, face la persévérance des citoyens, il finit par l’accepter. »
En décembre, Smotrich a déclaré que 51 370 logements avaient été approuvés pour les implantations de Cisjordanie depuis qu’il est devenu ministre à la fin de l’année 2022, des chiffres qui correspondent en partie à ce que l’ONU qualifie d’expansion la plus rapide des implantations depuis le début de son suivi, en 2017. Le bureau de Smotrich n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Le 30 septembre, le compte Telegram d’Or Meir a publié une carte indiquant l’emplacement de l’avant-poste, qui mettait en évidence une vaste zone délimitée par une frontière bleue s’étendant jusqu’aux limites de Deir Dibwan. Le groupe a annoncé qu’il s’agissait de la zone placée sous le contrôle de l’avant-poste.
Au moins quatre attaques visant des Palestiniens ont été signalées à l’intérieur de la frontière bleue, a fait savoir le conseil municipal de Deir Dibwan, affirmant que les Palestiniens ne pouvaient plus accéder à cette zone, y compris à environ 25 hectares appartenant pourtant au conseil lui-même.
Sur la carte figurent également huit marqueurs noirs, situés pour la plupart à l’intérieur de la frontière bleue, répertoriés comme « avant-postes arabes abandonnés », signalant les lieux d’où les Bédouins auraient été expulsés.
La Route 505 vers la vallée du Jourdain
La Route 60 est bordée d’implantations. Elle croise la Route 505, qui circule d’ouest en est vers la vallée du Jourdain, et qui est également bordée d’implantations, parmi lesquelles Evyatar, non loin de la ville palestinienne de Beita.
L’histoire d’Evyatar a commencé en 2019. Il s’agissait alors d’un avant-poste sous tente. Évacuée en 2021, l’implantation a été reconnue par le gouvernement en 2024. Malkiel Barhai, le maire d’Evyatar, a attribué cette approbation à Smotrich.
S’exprimant à Evyatar avec un pistolet à la ceinture, « pour sa protection », Barhai a déclaré que sa communauté était essentielle pour maintenir la Route 505 ouverte, « car nous sommes entourés de villages arabes, de villages arabes hostiles ».
Un membre de la municipalité de Beita a expliqué à Reuters que des résidents des avant-postes ou implantations environnants, incluant Evyatar, avaient tué 14 personnes dans la région entre 2021 et 2024. Reuters n’a pas été en capacité de vérifier ces décès ni d’identifier les responsables.
Le 8 novembre, Reuters a été témoin d’une attaque menée par des résidents d’implantations armés de bâtons et de gourdins et lançant de grosses pierres, alors que des Palestiniens récoltaient des olives à proximité de Beita. Deux employés de Reuters, un journaliste et un conseiller en sécurité, figuraient parmi les blessés.
Barhai a nié que les résidents de son implantation aient été à l’origine des attaques, attribuant la responsabilité de ces violences aux Palestiniens.
Samer Younes Ali Bani Shamsah, un agriculteur qui vit près d’Evyatar et dont la jambe a été cassée lors d’une attaque de résidents d’implantations, a affirmé qu’il ne quitterait pas ses terres, quoi qu’il puisse lui en coûter.
« C’est ici chez moi, c’est ma maison. Où pourrais-je aller ? », a-t-il déclaré.
Sur l’autre versant d’une colline, un autre avant-poste se dressait, surplombant une pente plantée d’oliviers.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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