Dans son nouveau livre, Kamala Harris revient sur son discours pour une trêve à Gaza
Dans ses mémoires de campagne, intitulés "107 jours", l'ex- vice-présidente explique que l'équipe de Biden a eu l'impression se faire déborder et que le président était à la peine dans les sondages en raison de son âge
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Selon les extraits publiés mercredi de son livre, qui sortira bientôt, l’ex-vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, a révélé que les proches conseillers de l’ex-président Joe Biden n’avaient pas apprécié son discours de mars 2024 dans lequel elle plaidait en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza, ajoutant que la garde rapprochée de Biden estimait qu’elle lui faisait de l’ombre.
Elle avait prononcé ce discours à l’occasion de la commémoration du Bloody Sunday, l’incident tragique de 1965 survenu à Selma, en Alabama, lors duquel des manifestants pour les droits civiques avaient été attaqués par la police.
« J’ai prononcé un discours fort sur la crise humanitaire à Gaza. Des personnes désespérées se faisaient tuer en tentant de faire main basse sur des camions chargés de vivres, ce qui m’a amenée à parler de ces familles réduites à manger des feuilles ou des aliments pour animaux, de ces femmes qui accouchent prématurément avec peu voire pas du tout de soins médicaux et de ces enfants qui mouraient de malnutrition et de déshydratation », se souvient Harris dans un extrait publié dans The Atlantic de son livre très attendu 107 Days.
« J’ai redit mon soutien sans faille à la sécurité d’Israël et appelé le Hamas à libérer les otages et accepter l’accord de cessez-le-feu qui était alors sur la table. J’ai également appelé Israël à garantir un meilleur accès à l’aide », poursuit-elle.
« Ce discours avait été relu et validé par la Maison Blanche et le Conseil de sécurité nationale. Mais il est devenu viral et l’aile ouest s’en est offusquée. Manifestement, on m’en a voulu d’avoir trop bien fait », affirme Harris.
Le discours a en effet fait la une des journaux car c’était manifestement la toute première fois que les États-Unis demandaient le un cessez-le-feu à Gaza. Cette phrase a été immédiatement saluée par les acclamations du public présent – à tel point que les applaudissements ont couvert la précision apportée par Harris, à savoir son aspiration à une trêve de six semaines, pas davantage.
Certains avaient alors tendance à la considérer comme favorable à une approche légèrement plus dure que celle de Biden envers Israël – ce que leurs deux services avaient à l’époque nié.
Ce discours a mis en évidence la déception de Harris, non pas tant à l’égard de Biden mais de son cercle professionnel proche.
« Ils avaient une pensée à somme nulle : si elle brille, alors lui non. Ils n’ont pas compris que si je faisais des choses qui étaient appréciées, alors il en bénéficiait. Que, compte tenu des inquiétudes suscitées par son âge, ma réussite en tant que vice-présidente était cruciale. Qu’il ferait donc la bonne chose en me choisissant et garantirait que, quoi qu’il arrive, le pays était entre de bonnes mains », écrit-elle dans ses mémoires.
« Ma réussite était aussi la sienne. Ce que son équipe n’a jamais compris. »
Dans ce même extrait, on lit que Biden, en difficulté dans les sondages en raison de son âge avancé, avait « déjà commencé à couler [en 2024] en raison de ce qui avait été perçu comme un chèque en blanc à Benjamin Netanyahu à Gaza ».
L’ex-vice-présidente écrit qu’il aurait été « imprudent » de laisser Biden se présenter à un second mandat et que l’homme, âgé de 81 ans, était « fatigué », ce dont témoignaient ses fréquents faux-pas.
Harris, qui est aujourd’hui âgée de 60 ans, reproche par ailleurs à l’équipe de Biden, à la Maison Blanche, de ne pas l’avoir soutenue et même, parfois, de lui avoir mis des bâtons dans les roues.
A la surprise de tous, Biden s’est retiré de la course en juillet 2024, quelques semaines après un débat désastreux face à Trump qui avait soulevé des questions sur son âge et son acuité mentale.
Harris nie l’existence d’un complot pour cacher l’état de santé de Biden tout en expliquant qu’il était patent qu’il y avait des problèmes liés à l’âge.
« Mais même au pire de sa forme, il était toujours plus profondément informé, davantage capable de faire preuve de jugement et beaucoup plus compatissant que Donald Trump au mieux de sa forme », écrit-elle. « Mais à 81 ans, Joe était fatigué. C’est à ce moment-là que son âge s’est manifesté par des faux-pas physiques et de langage. »
« Mise à mal »
Harris s’en prend par ailleurs aux membres de la Maison-Blanche qui, selon elle, n’ont rien fait pour l’aider lorsqu’elle était vice-présidente en écrivant que l’équipe de Biden ne souhaitait pas qu’elle fasse de l’ombre au président.
« Lorsqu’on me reprochait des choses injustes ou inexactes, le premier cercle du président semblait satisfait. Apparemment, ils avaient décidé que c’était une bonne choses que je sois mise à mal », écrit Harris en ajoutant qu’elle avait « endossé la responsabilité » de la politique frontalière de Biden, sur laquelle Trump a capitalisé lors de l’élection.
Harris semble s’être émue que Biden mentionne à peine son nom lors de son discours télévisé depuis le Bureau ovale lors duquel il a annoncé sa décision de se retirer de la course, avant d’en faire la candidate démocrate officielle.
« Cela fait neuf minutes que cette allocution longue de 11 minutes avait commencé », écrit-elle.
Harris sera ensuite être défaite par le républicain Trump après la plus courte campagne présidentielle de l’histoire moderne des États-Unis, à peine plus de trois mois – les « 107 jours » du titre de ses mémoires.
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