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Des chercheurs israéliens estiment que les régimes à un âge mûr sont mauvais pour le cerveau

Des scientifiques de l'Université Ben-Gurion du Neguev ont constaté que les souris d'âge moyen ayant perdu du poids présentaient les signes d'inflammation des maladies neurodégénératives comme la maladie d'Alzheimer

Le doctorant en médecine Alon Zemer, à gauche, et la Dre Alexandra Tsitrina de l'Université Ben-Gurion du Neguev. (Autorisation)
Le doctorant en médecine Alon Zemer, à gauche, et la Dre Alexandra Tsitrina de l'Université Ben-Gurion du Neguev. (Autorisation)

La perte de poids à un âge mûr est peut-être bon pour le tour de taille mais nettement moins pour le cerveau, estiment des chercheurs de l’Université Ben-Gurion du Neguev.

Ces scientifiques ont en effet constaté qu’après une obésité induite par l’alimentation chez des souris d’âge moyen, une perte de poids permettait de faire baisser la glycémie, ce qui est positif, mais provoquait aussi une importante inflammation de l’hypothalamus, une région du cerveau chargée de réguler l’appétit et l’équilibre énergétique, entre autres fonctions vitales. Pareille inflammation se retrouve dans les cas de déclin cognitif et de maladies neuro-dégénératives telles que la maladie d’Alzheimer.

Cette récente étude, dirigée par le doctorant Alon Zemer et la Dre Alexandra Tsitrina, de l’Université Ben-Gurion du Neguev, sous la direction du professeur Assaf Rudich, membre du laboratoire de recherche sur l’obésité et du professeur Alon Monsonego, du laboratoire de neuro-immunologie, a été publiée dans la revue à comité de lecture Gero-Science.

Ces découvertes inattendues soulèvent de nouvelles questions sur la perte de poids à la quarantaine et son impact sur la santé cérébrale.

« La perte de poids demeure essentielle pour restaurer la santé métabolique liée à l’obésité », explique Zemer au Times of Israel lors d’une conférence téléphonique avec Rudich. « Mais il faut comprendre l’impact de la perte de poids sur le cerveau à la quarantaine et veiller à ce que la santé cérébrale ne soit pas altérée. »

Les personnes d’âge moyen « sont toujours plus encouragées à perdre du poids, que ce soit en faisant un régime, en prenant des médicaments contre l’obésité ou en se faisant opérer », ajoute Rudich. « Les résultats montrent qu’il faut prendre garde à ne pas déclencher une réponse inflammatoire indésirable dans le cerveau pendant la phase active de perte de poids. »

Des études sur la prise de poids, mais pas sur la perte de poids

On estime que 64 % des Israéliens sont obèses ou en surpoids, selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé.

Rudich explique que Zemer et lui ont constaté que la plupart des recherches fondamentales utilisant des modèles murins ne se posaient pas la question de ce qui se passe dans le corps après une perte de poids.

« La plupart des recherches portent sur la prise de poids des jeunes souris », précise-t-il. « Nous avons voulu étudier les processus à l’oeuvre lors d’une perte de poids, et non lors de la prise de poids, particulièrement chez des sujets d’âge mûr. »

Dans cette étude, les chercheurs ont surveillé la prise et la perte de poids chez les jeunes souris, comparables à celles des humains de 20 ans, ainsi que chez les souris d’âge moyen, comparables à celles de sujets âgés de la quarantaine et plus. (Une année de souris équivaut à 40 années humaines.)

Le Professeur Assaf Rudich du laboratoire de recherche sur l’obésité, à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Ben-Gurion. (Autorisation)

« Nous leur avons donné un régime riche en graisses et elles ont vraiment pris du poids », souligne Zemer. « Elles ont presque doublé de poids au bout de huit semaines de ce régime. Nous les avons laissées manger autant qu’elles le voulaient. Au bout de huit semaines, nous avons radicalement changé les conditions. La moitié du groupe des souris nourries avec un régime riche en graisses est revenue à un régime contrôlé, et nous les avons laissés perdre du poids naturellement. »

Selon les scientifiques, les souris les plus jeunes et les plus âgées ont rapidement perdu du poids et leur corps est redevenu plus sain, avec un taux de sucre sanguin revenu à la normale dans les deux groupes. Dans la mesure où l’hyperglycémie peut entraîner un diabète, le fait de la faire baisser est bénéfique pour le corps.

Les souris plus âgées ont perdu près de 60 % de leur excédent de poids. Mais en examinant de plus près leur cerveau, les scientifiques ont mis en évidence une neuro-inflammation des microglies, les cellules immunitaires du cerveau chargées notamment de réguler le développement cérébral et les réseaux neuronaux.

De gauche à droite, la microglie des souris d’âge moyen. L’obésité augmente le volume et la complexité structurelle des cellules. Lors de la perte de poids, au lieu de revenir à leur structure initiale, les cellules sont plus enflammées. (Autorisation)

« Le cerveau des personnes d’âge moyen semble sensible à cette perte de poids et, pendant la période de perte de poids, il réagit par une neuro-inflammation accrue, pire que celle provoquée par l’obésité », explique Zemer. « C’est un phénomène qui se trouve à l’âge mûr mais apparemment pas chez les sujets jeunes adultes. »

Étude des changements aux niveaux moléculaire et structural

Selon Tsitrina, la microscopie avancée et l’analyse computationnelle avancée des images ont permis de mettre en évidence des changements importants au niveau de la microglie.

Elle explique que l’étude donne un aperçu de la réponse adaptative du corps à la perte de poids suivant deux dimensions complémentaires : celle du niveau moléculaire, en examinant les signaux à l’intérieur des cellules, et celle du niveau structurel, en examinant la forme et l’activité des cellules cérébrales. Autant de résultats qui ont de « possibles répercussions sur la santé », ajoute-t-elle

De gauche à droite : les souris jeunes et d’âge moyen ont été nourries avec un régime inducteur d’obésité pendant huit semaines, après quoi le groupe dit « perte de poids » a repris son régime habituel. Les diagrammes circulaires montrent qu’au lieu d’inverser les gènes induits par l’obésité, la plupart des gènes de l’hypothalamus aggravent l’effet de l’obésité lors de la perte de poids (en rouge). En bas à gauche : analyse microscopique de l’hypothalamus montrant que la microglie (verte) augmente de volume. En bas à droite : analyse microscopique avancée de la microglie (deux exemples de chaque groupe). Le volume de microglie individuelle augmente avec l’obésité et augmente encore par la perte de poids chez les souris d’âge moyen. (Autorisation)

Les chercheurs sont bien conscients que les personnes veulent « réduire les risques associés à l’obésité », rappelle Rudich.

« Mais il faut regarder cela de près car, parfois, on obtient des résultats surprenants qui nous poussent à réfléchir dans de nouvelles directions. La recherche ne fait pas qu’apporter des réponses, elle soulève aussi de nouvelles questions. »

« L’étude démontre que les pertes de poids ne sont pas toutes les mêmes », résume le Dr Amir Tirosh, du Centre d’endocrinologie et de recherche sur le diabète du Centre Hospitalier Sheba, qui n’a pas pris part à cette étude.

Dans une réponse écrite adressée au Times of Israel, Tirosh indique que, dans la mesure où l’étude est adossée à un modèle murin et doit être validée chez l’humain, « nous allons avoir besoin d’autres études pour comprendre les effets de long terme de cette inflammation cérébrale résiduelle. »

Le Dr Amir Tirosh, membre du Centre de recherche en endocrinologie et diabète du Centre Hospitalier Sheba. (Autorisation)

Selon Zeme, l’équipe de recherche s’est lancée dans une nouvelle étude pour examiner les différentes zones de l’hypothalamus et mieux comprendre ce qui se passe avec ces cellules, et notamment les processus à l’oeuvre, réversibles ou non.

« Nous voulons comprendre ce qui se passe lorsque les sujets perdent du poids et, six mois plus tard, reprennent tout le poids précédemment perdu », souligne Zemer.

« Cette perte de poids a-t-elle au final un effet bénéfique ? Ou est-il préférable de garder un poids stable ? Est-il bon pour la santé d’être mince, ou tout du moins moins en surpoids, même temporairement, pendant quelques années ? »

« La perte de poids nécessite une étude plus approfondie », conclut Rudich.

« Peut-être faudra-t-il faire quelque chose pour protéger le cerveau des personnes d’âge moyen qui luttent contre l’obésité. »

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