Des familles qui ont quitté la frontière de Gaza désormais dans la ligne de mire de l’Iran
Pour les membres des communautés touchées par le pogrom du Hamas du 7-octobre, qui vivent encore hors de chez eux, les missiles iraniens aggravent le traumatisme
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Les tirs de roquette font partie de la vie d’Anat Dymshits.
Après avoir quitté l’ex-Union soviétique, enfant, elle a fait son alyah avec sa famille et elle a grandi à Kiryat Shmona, à la frontière nord, victime pendant des années de tirs de roquette Katyusha de terroristes installés au Liban.
A la fin de son service militaire, Dymshits, 36 ans, est partie étudier dans le Neguev, dans le sud d’Israël. Elle s’y est installée en 2014 avec son mari, Michael, 38 ans, posant ses valises au Kibboutz Holit, après l’opération israélienne Bordure protectrice contre l’organisation terroriste du Hamas.
Le 7 octobre 2023, jour du pogrom du Hamas, des terroristes de cette organisation se sont introduits à Holit, petite communauté isolée proche des frontières de Gaza et de l’Égypte, où ils ont massacré 15 des 150 membres.
Des hommes armés sont entrés dans la maison des Dymshits et, incapables d’ouvrir la porte du mamad, ils ont tiré sur la porte, blessant grièvement ses parents, Alla, âgée de 57 ans au moment des faits, et Iosef Rojansky, 67 ans, venus leur rendre visite, ainsi que sa fille Ofek, âgée de six ans.
Les Dymshits et deux autres de leurs enfants, Lavi, quatre ans, et Gefen, huit ans, ont été blessés par des éclats d’obus.
La famille Dymshits fait partie de la cohorte de ceux qui ont dû quitter la frontière de Gaza pour le centre d’Israël suite au 7-Octobre et qui se retrouvent désormais au cœur de la tempête iranienne, sous les tirs de missiles qui jettent plusieurs fois par jour les Israéliens dans les abris anti-aériens, en représailles à la campagne aérienne américano-israélienne contre le régime clérical iranien.
Depuis deux ans, les neuf membres de cette famille — y compris la grand-mère, Yulia Fainshtein, âgée de 88 ans — vivent dans le kibboutz Beerot Yitzhak, près de Yehud, dans le centre d’Israël. Au début, ils sont restés près des hôpitaux où se trouvaient leurs trois proches les plus grièvement blessés.
Les médecins ont dû amputer la jambe gauche d’Iosef Rojansky sous le genou et ils ont dû opérer Alla à plusieurs reprises, avant qu’elle ne puisse sortir de l’hôpital, 11 mois plus tard. Tous deux ont encore des problèmes de mobilité.
Ofek a elle aussi été opérée et elle a pu rentrer chez lui au bout de quinze jours. Depuis sa convalescence, elle souffre de trouble de stress post-traumatique et elle est sujette à des accès de colère soudains, explique sa mère. Elle suit une thérapie émotionnelle avec deux de ses frères et sœurs.
Avec un mari absent, car au travail toute la journée, Anat s’occupe de ses quatre enfants à la maison, même de l’aînée, Shani, qui a 12 ans. Ofek a été diagnostiquée TDAH, et Lavi, aujourd’hui âgée de 6 ans, est sur le spectre de l’autisme. Les cours se font via Zoom, ce qui, de l’aveu de Dymshits, n’est pas facile. A chaque alerte, ils sont supposés courir au plus vite vers un abri de quartier ou chez un voisin, ce qui rend la concentration des enfants très difficile, explique-t-elle.
Ils passent la nuit dans l’abri du quartier, précise-t-elle.
« Tout change tout le temps », poursuit-elle. « Nous retournerons à Holit, dans une autre maison, mais nous ne savons pas encore quand. »
« Les tirs de roquette font partie de la vie des enfants depuis qu’ils sont nés. Chez nous, on avait la possibilité de nous réfugier dans le mamad. Ici, il faut toujours chercher un endroit. L’armée dit qu’il n’y aura plus d’invasion terroriste, et je veux bien la croire. J’adore la région [autour de Holit], et j’ai mes amis là-bas. Les enfants sont restés en contact avec leurs amis. On ira là-bas et on verra comment ça se passe », dit-elle.
De Beeri à Tel Aviv
L’instabilité, le désir des enfants de revoir leurs amis mais aussi les craintes liées au risque de retourner à la frontière de Gaza sont des choses que la famille Stern, du kibboutz Beeri, ne connaît que trop.
Eviatar et Gal Stern ainsi que leurs trois jeunes garçons, âgés de 9, 7 et 2 ans, ont survécu à l’une des pires attaques de tous les kibboutzim, le 7-Octobre. Près d’un habitant sur dix a été assassiné à Holit et Beeri, mais Beeri est bien plus grand que le premier.
La mère de Gal Stern, Tami Suchman, a été assassinée, et sa maison à Beeri a été incendiée.
Après plus de 20 heures passées dans leur mamad, avec un voisin et le chien de la famille, les Stern ont été secourus par « l’équipe d’Elhanan ».
« En apprenant l’assaut du Hamas, les frères Elhanan et Menahem Kalmanson – rejoints plus tard par un neveu, Itiel – ont quitté Otniel, en Cisjordanie, pour venir se battre, des heures durant, contre le Hamas à Beeri et pour aider à l’évacuation de dizaines de survivants. Elhanan a été abattu le 8 octobre par des terroristes qui étaient cachés dans une des maisons du kibboutz.
Dans un premier temps, les Stern ont passé quatre jours avec la sœur de Gal dans le centre d’Israël, puis avec deux de ses frères, l’un membre de Beeri et l’autre du moshav Netiv Haasara.
Au bout de deux mois avec la communauté de Beeri dans un hôtel de la mer Morte, la famille « étouffait », explique Eviatar Stern, ce qui les a décidés à s’installer un temps à Tel Aviv pour se remettre de tout cela en famille.
Avant le 7-octobre, Stern était agriculteur – ce qui ne l’a pas empêché d’accepter de gérer Ayuna, un atelier de menuiserie sur mesure dans le kibboutz Beeri, dont le propriétaire Yonat Or, a été assassiné le jour du pogrom.
Tous les jours ou presque, Stern faisait l’aller et retour avec Beeri — ce qui peut prendre entre 90 minutes et deux heures l’après-midi — et Gal était assistante sociale pour un fonds de santé Maccabi à Tel Aviv.
Tous en thérapie, les Stern ont loué une maison et ils partagent un abri anti-aérien avec leur voisin. La veille de la rencontre avec The Times of Israel, quatre alertes à la roquette se sont déclenchées.
« Les alertes affolent les enfants », explique-t-il. « Chaque sirène les fait sursauter. Ils ont du mal à s’endormir la nuit. Nous parlons autant que possible, de leurs peurs, des cauchemars et des terroristes. Nous sommes tous anxieux et nerveux. Il n’y a pas d’école, rien de normal. »
« Gal travaille à domicile », poursuit-il. « J’essaie d’être là un peu le matin. Nous allons au terrain de jeu, où il y a des espaces protégés pour retrouver des amis. Mais nous sommes tous fatigués. C’est épuisant. »
Un des frères de Gal est déjà retourné au moshav Netiv Haasara. L’autre vit avec la communauté de Beeri, dans des logements provisoires au kibboutz Hatzerim, dans le sud d’Israël, le temps de reconstruire Beeri.
« Nous ne savons pas quelle sera la situation sur le plan sécuritaire », conclut Stern. « Nous voudrions revenir, mais nous ne savons pas encore si nous allons le faire. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







