Rechercher

Des rayons de lait vides alors que les producteurs intensifient leur lutte contre la réforme

Les producteurs acceptent de reprendre provisoirement l’approvisionnement en lait cru, mais les convois de protestation vers Jérusalem restent prévus mercredi

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Un client passe devant des rayons vides marqués « lait à prix contrôlé » dans un supermarché Shufersal de la ville de Haïfa, dans le nord du pays, le 3 février 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)
Un client passe devant des rayons vides marqués « lait à prix contrôlé » dans un supermarché Shufersal de la ville de Haïfa, dans le nord du pays, le 3 février 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les clients et le personnel d’un supermarché Shufersal de Haïfa semblaient déconcertés mardi devant des rayons, d’ordinaire remplis de briques de lait à prix contrôlé par le gouvernement, désormais vides.

« Une petite palette de briques est arrivée ce matin », a indiqué la vendeuse derrière le comptoir des fromages, en montrant de ses bras qu’elle mesurait moins d’un mètre de large. « Les clients n’étaient autorisés à acheter que deux briques chacun. »

Parmi les rares personnes passant devant les étagères vides, un immigrant originaire de l’ex-Union soviétique a dit qu’il ne savait pas pourquoi il n’y avait pas de lait et qu’il n’avait jamais entendu parler de la réforme controversée du ministère des Finances concernant la filière laitière. Une autre cliente a dit en avoir entendu parler, sans en connaître les détails.

À la caisse, une cliente élégamment vêtue a avoué ne pas avoir « la moindre idée » de la raison pour laquelle les rayons étaient vides. « Quelqu’un m’a dit que cela avait un rapport avec les producteurs laitiers », a-t-elle ajouté.

« Oui, il y a eu de nombreuses plaintes », a confirmé le caissier. « Mais personne ne sait pourquoi il n’y a pas de lait. Pouvez-vous nous expliquer ? »

« Les producteurs laitiers sont en grève pour protester contre une réforme que Bezalel Smotrich veut faire adopter », a répondu une journaliste du Times of Israel, en référence au ministre des Finances.

« Je déteste Smotrich », a lancé une autre personne dans la file. « Il ne pense pas aux gens ordinaires. »

Des rayons de lait Tnuva avant la grève, à la succursale de Shufersal Deal Katzrin, sur le plateau du Golan, le 2 mai 2023. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Des scènes similaires ont été observées dans tout le pays mardi, à la suite de la décision du Conseil laitier – qui régule le secteur et rassemble représentants du gouvernement, agriculteurs et producteurs – de mettre à exécution sa menace de suspendre la fourniture de lait cru.

Un porte-parole de Shufersal a indiqué que les rayons étaient vides dans l’ensemble du réseau.

Les entreprises de transformation laitière Tnuva et Strauss n’ont pas souhaité commenter.

Mardi soir, le Conseil laitier a accepté la demande du ministre de l’Agriculture, Avi Dichter, de reprendre provisoirement les livraisons de lait cru.

Les manifestations prévues mercredi, avec de grands convois destinés à perturber la circulation et à converger vers la Knesset à Jérusalem, devaient toutefois se dérouler comme prévu.

Le convoi principal partira de Latroun, au nord-ouest de la capitale, à 10 heures, empruntera la Route 1 et arrivera à la Knesset pour une manifestation de masse prévue à 11 h 30. Un convoi de tracteurs partira quant à lui du carrefour de Masmiya, dans le sud d’Israël, à 8 h 30, pour atteindre Ein Karem, dans la banlieue ouest de Jérusalem, à 11 heures, puis rejoindre la Knesset à midi.

Des ouvriers traient des vaches, au kibboutz Ginosar, dans le nord d’Israël, le 3 février 2026. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

« La véritable tragédie, ce n’est pas le lait renversé »

Alors que les revendications et les contre-revendications s’enchaînaient entre représentants agricoles et Smotrich, le ministère des Finances a annoncé que ce dernier avait l’intention de signer « dans les prochains jours » un décret supprimant « pour une période prolongée » les droits de douane sur les produits laitiers importés.

La grève du lait marque une nouvelle étape dans le mouvement de protestation des agriculteurs contre la réforme du secteur menée par Smotrich.

Dans le cadre d’un plan plus large censé réduire le coût de la vie, Smotrich souhaite supprimer le mécanisme de coordination centralisé qui structure l’industrie laitière depuis la création de l’État. Il entend réduire la production annuelle de lait de 1,5 milliard de litres à environ 1 milliard, diminuer de 15 % le prix payé aux agriculteurs par les transformateurs et supprimer des droits de douane pouvant atteindre 40 %, afin d’ouvrir davantage le marché aux produits laitiers importés. Le plan, approuvé par le gouvernement en décembre, doit encore être validé par la Knesset.

Les producteurs laitiers et leurs partisans manifestant contre la réforme du secteur laitier menée par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, au carrefour HaGoma, près de la ville de Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, le 5 janvier 2026. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Les agriculteurs affirment que la réforme entraînera des pertes d’emplois massives et affaiblira la sécurité alimentaire nationale. Ils demandent plutôt à Smotrich de s’attaquer aux monopoles qui dominent la transformation et la distribution des produits laitiers. Smotrich a lui-même reconnu lundi devant la Knesset que trois entreprises – Tnuva, Tara et Strauss – contrôlaient 85 % du marché.

Amit Yifrach, secrétaire général du Mouvement Moshav et président de la Fédération des agriculteurs israéliens, a déclaré que « Smotrich peut vendre des lois et proférer des menaces, mais il ne peut pas brader la sécurité alimentaire ni nos agriculteurs. Abandonner le lait israélien, c’est menacer la sécurité alimentaire en cas de nouvelle guerre. Cette politique nous a poussés à bout. La véritable tragédie, ce n’est pas le lait renversé, mais la fermeture des fermes et la dépendance totale aux importations de pays comme la Turquie. »

La Turquie, autrefois grand exportateur de tomates vers Israël, a gelé ses contrats au cours de la guerre de Gaza déclenchée par le pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich s’adressant aux législateurs avant la première lecture du budget de l’État 2026, le 28 janvier 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Mardi après-midi, Smotrich a publié une déclaration sur Facebook dénonçant les « monopoles et cartels » qui, dit-il, ont tenté pendant des mois de faire croire aux Israéliens « que ma réforme du secteur laitier nuirait à la sécurité alimentaire et à l’approvisionnement en lait ». Il a averti que « personne ne nous menacera », tout en assurant que son plan visant à démanteler les cartels garantirait un approvisionnement abondant en lait à bas prix.

Selon le Conseil laitier, 660 exploitations laitières opèrent actuellement dans le pays, chacune employant en moyenne sept personnes. Environ 400 d’entre elles sont situées le long des frontières israéliennes, selon les agriculteurs.

Outre la production de plus de 1,53 milliard de litres de lait par an, l’industrie laitière emploie quelque 15 000 personnes, dont vétérinaires, fournisseurs d’aliments pour animaux et chauffeurs routiers.

Les prix des produits les plus basiques sont fixés par le gouvernement, notamment le lait à 3 % et 1 % de matière grasse vendu en sachets et en briques, le fromage blanc à 5 %, la crème liquide à 38 %, les crèmes fraîches Eshel et Gil, ainsi que les fromages jaunes classiques comme l’Emek.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.