Des scientifiques israéliens découvrent qu’en réduisant la graisse abdominale profonde, les fonctions cérébrales s’améliorent
Selon les chercheurs de l'Université Ben Gurion du Neguev, de Leipzig et de Harvard , réduire la graisse viscérale, même pendant 18 mois, peut ralentir le déclin cognitif de 5 à 10 ans
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Dans le cadre d’une étude pionnière, des chercheurs de l’Université Ben-Gurion du Neguev, en collaboration avec des scientifiques de l’Université de Leipzig et de Harvard, ont découvert que c’était la graisse abdominale profonde, et non l’obésité générale, qui pouvait entraîner une atrophie cérébrale et un déclin cognitif.
Ces résultats, validés par des pairs, constituent la plus grande et la plus longue étude par IRM jamais réalisée à ce jour sur le lien entre graisse abdominale et cerveau.
L’étude se concentre sur le tissu adipeux ectopique, la graisse corporelle qui enveloppe les organes de l’abdomen. Il s’agit d’un tissu différent de la graisse sous-cutanée, celle que l’on peut pincer sous la peau.
« Nous avons compris que la graisse viscérale abdominale était très dangereuse », explique au Times of Israel lors d’un appel vidéo la Dre Dafna Pachter, auteure principale de l’étude. Elle ajoute que ce type de graisse est plus déterminant pour la santé du cerveau que l’indice de masse corporelle ou encore le poids corporel.
La Dre Iris Shai, professeure à l’université Ben-Gurion, professeure associée à la Harvard School of Public Health et doyenne de l’Ecole de Développement Durable de l’université Reichman, a dirigé cette recherche, récemment publiée dans la revue Nature Communications.
La Dre Pachter explique que l’étude a suivi 533 adultes d’âge moyen et plus âgés entre cinq et seize ans, alors qu’ils suivaient un régime de type méditerranéen riche en légumes, fruits, poisson et poulet, sans viande rouge. Les participants consommaient également du thé vert, des noix et une minuscule plante marine appelée Mankai, ou lentille d’eau.
« La recherche a montré qu’une réduction de la graisse viscérale, même sur une période de 18 mois, pouvait diminuer l’atrophie cérébrale cinq à dix ans plus tard », souligne Pachter, et ce quel que soit le poids perdu par les participants.
Elle ajoute que les IRM n’étant pas « systématiquement disponibles », la mesure du tour de taille constituait « un outil clinique simple et facile pour évaluer la graisse abdominale ».
Une graisse viscérale plus faible, signe de meilleurs scores cognitifs
L’étude a débuté en 2010 avec une cohorte de plus de 500 participants travaillant au Centre de recherche nucléaire Shimon Peres du Neguev, à Dimona.
« C’est un lieu de travail fermé », explique Pachter. « On peut être très strict sur l’alimentation. Nous leur apportions leurs repas le matin, l’après-midi et le soir. » Les repas sains des participants étaient enrichis en Mankai, un légume vert très nutritif qui pousse à l’état sauvage en Asie du Sud-Est et est cultivé au kibboutz Beeri.
Israël est le seul pays au monde à cultiver ce légume à des fins commerciales.
Shai a joué le rôle de conseillère auprès de l’entreprise qui commercialise le produit.
Prachter précise que les chercheurs ont fait passer des IRM à leurs patients, sans oublier les analyses de sang et autres tests de leurs fonctions cognitives.
« Cela a été très difficile » de mener ce travail avec plus de 500 participants, admet-elle. « Mais c’était incroyable. »
Les scientifiques ont constaté que les participants présentant les niveaux les plus élevés de graisse abdominale viscérale présentaient une dilatation des ventricules cérébraux, ces espaces remplis de liquide à l’intérieur du cerveau, signe d’un vieillissement accéléré et signe avant-coureur de démence. En revanche, une moindre accumulation de graisse viscérale est associée à des scores plus élevés à l’Évaluation cognitive de Montréal, un outil de dépistage standardisé qui évalue la mémoire, l’attention et le langage afin de détecter les troubles cognitifs légers et la démence précoce.
« L’étude a révélé qu’une diminution du volume de tissu adipeux abdominal profond entraînait un ralentissement du déclin du volume cérébral et une amélioration des fonctions cognitives », explique au Times of Israel le Dr Amir Bashkin, directeur de l’unité d’endocrinologie et de diabétologie du Centre hospitalier de Galilée.
Bashkin n’a pas pris part à cette recherche.
« Le déclin cognitif des personnes âgées est un problème courant aux conséquences importantes », rappelle-t-il. « La réduction du volume de tissu adipeux abdominal profond grâce à des changements de mode de vie est associée à un ralentissement de la détérioration cognitive. »
L’importance de l’alimentation et de l’exercice physique
Selon Pachter, une diminution du tour de taille peut indiquer une diminution de la graisse abdominale, y compris la graisse viscérale mesurée dans l’étude à l’aide d’une IRM.
Elle a donc recommandé plusieurs stratégies, au niveau du mode de vie, susceptibles de réduire la graisse viscérale, notamment la pratique d’un exercice aérobique modéré, la réduction de la consommation de glucides simples et l’adoption d’un régime méditerranéen riche en légumes verts.
Un tour de taille considéré comme sain est généralement inférieur à 88 centimètres pour les femmes et 102 centimètres pour les hommes.
Une autre suggestion consiste à pratiquer l’entraînement par intervalles à haute intensité, lequel alterne de courtes périodes d’effort maximal, de 30 secondes à trois minutes, avec une période de récupération à faible intensité.
En plus de l’exercice, « notre foie ira mieux, notre cœur ira mieux, tout ira mieux si nous mangeons correctement », conclut Pachter. « Et c’est la meilleure façon de protéger notre cerveau. »
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