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Des vétérans jettent des médicaments lors d’une réunion à la Knesset consacrée au suicide

Les anciens combattants regrettent que les autorités n'en fassent pas plus contre le suicide des victimes de stress post-traumatique. Le ministère de la Défense admet d'"importantes lacunes"

Illustration : Des anciens combattants souffrant de stress post-traumatique prennent la parole lors d'une réunion de la commission des finances de la Knesset, le 14 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Illustration : Des anciens combattants souffrant de stress post-traumatique prennent la parole lors d'une réunion de la commission des finances de la Knesset, le 14 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une réunion de la Knesset consacrée à la prévention du suicide chez les soldats et anciens combattants a dégénéré, lundi matin, lorsque des anciens combattants ont déversé des sacs de médicaments sur la table en disant qu’il y aurait encore plus de suicides au moment des fêtes si les choses ne changeaient pas.

« Cela fait des années que nous nous morfondons, ces fêtes vont être un déclencheur pour certains », a crié un ancien combattant tandis que d’autres jetaient des boîtes et des sacs de médicaments tout autour de la pièce dans laquelle s’était réunie la commission du travail et du bien-être de la Knesset, signe de la profonde détresse de nombre d’entre eux qui ont vécu un traumatisme sans pour autant avoir bénéficié d’un traitement approprié.

« Il y a cinq ans de cela, je vous mettais déjà en garde contre ces suicides. Vous n’avez rien fait. Vous n’avez absolument rien fait », a déclaré l’ancien combattant en évoquant la hausse du nombre des suicides d’anciens combattants et de soldats depuis le début des combats à Gaza.

La présidente de la commission, Michal Woldiger (HaTzionout HaDatit), a répondu, visiblement exaspérée, que les anciens combattants pouvaient continuer à jeter des pilules s’ils le voulaient, ajoutant « Nous voulons vous aider. Mais je ne peux pas discuter comme ça. »

En début de réunion, Mme Woldiger a déclaré que cette hausse du nombre des suicides n’était le seul fait des anciens combattants.

« La guerre exacerbe les besoins et, malheureusement, nous faisons face à une forte augmentation des appels à l’aide, de la détresse et du nombre de suicides, aussi bien au sein de la société civile que de l’armée israélienne. Lors de précédentes réunions, nous avons déjà mis en garde contre l’existence de lacunes en matière de détection, prévention et traitement, mais les choses ne se sont pas assez améliorées », a-t-elle déclaré.

Une forte augmentation des suicides

Alors que le taux de suicide des soldats qui effectuent leur service obligatoire reste stable, celui des réservistes – dont le nombre a considérablement augmenté depuis le pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023 – a beaucoup augmenté.

En janvier dernier, l’armée israélienne a annoncé une augmentation du nombre de suicides présumés, au sein de l’armée, depuis le début de la guerre, avançant le chiffre de 28 soldats suicidés depuis que le groupe terroriste a attaqué Israël – auxquels s’ajoutent 10 suicides présumés en 2023 avant le pogrom.

Le nombre de suicides est en forte hausse par rapport aux années précédentes. En 2022, l’armée israélienne en avait en effet enregistré 14 et en 2021, 11.

A LIRE : Suicides dans l’armée, symptômes d’un système en souffrance 

L’armée israélienne a indiqué avoir relevé le nombre de ses agents de santé mentale, ouvert des lignes d’assistance téléphonique accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et augmenté la capacité d’accueil de ses unités de stress au combat et de soins associés au syndrome de stress post-traumatique, y compris dans les zones de combat.

En outre, le chef de la direction du personnel de Tsahal, le général de division Dado Bar Kalifa, a demandé la création d’un groupe d’experts pour « examiner la réponse apportée aux soldats démobilisés et aux réservistes qui ne sont pas en service actif et qui ont mis fin à leurs jours suite à leur service militaire ».

Des soldats israéliens blessés arrivent aux obsèques d’un de leurs camarades au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 8 juillet 2025. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Le nombre de suicides a continué d’augmenter en 2025 : le brigadier-général Amir Vadmani, chef d’État-major de la Direction du personnel de Tsahal, avait ainsi déclaré aux députés, le mois dernier, que début août, 37 suicides avaient été enregistrés depuis 2024, dont 16 cette année.

Selon les conclusions d’enquêtes militaires internes publiées le mois dernier, les suicides les plus récents sont liés à des traumatismes psychologiques infligés lors du conflit actuel, que ce soit du fait de déploiements de longue durée dans des zones de combat, d’expériences difficiles ou de la mort d’amis.

Suite à ces conclusions, l’armée israélienne a indiqué avoir pris des décisions organisationnelles et accru son effort en matière de santé mentale.

Elle serait en ce moment-même en train de former ses commandants à la détection précoce des signes de détresse de leurs troupes et de relever très significativement le nombre des personnels affectés à la santé mentale – plus 200 pour les soldats d’active et plus 600 pour les réservistes – qui s’ajoutent au millier de personnes déjà mobilisées sur ces questions depuis le début de la guerre.

« Mettez un terme à tout cela ! »

Lors d’une autre réunion sur la question, cette fois dans le cadre de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, lundi après-midi, Itzik Saidyan, un ancien combattant de Tsahal qui a tenté de s’immoler par le feu devant un bureau du ministère de la Défense pour les soldats blessés, il y a de cela quatre ans, a reproché au gouvernement de ne pas avoir pris la question à bras le corps.

« Cela fait plus de 15 ans que l’on parle de la prise en charge des victimes de traumatismes au combat. Une réunion chasse l’autre. Quand allez-vous comprendre que nous ne voulons plus de débats et qu’il vous faut vous concentrer sur ça et pas autre chose ? », a-t-il questionné en pressant les députés à « mettre un terme à tout cela ».

Le président de la commission, Boaz Bismuth (Likud), a demandé à Saidyan de servir de conseiller sur la question.

Itzik Saidyan (au centre) prend part à une réunion de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, le 15 septembre 2025. (Noam Moskowitz, porte-parole de la Knesset)

D’autres victimes de traumatismes ont exigé des mesures, comme par exemple un système d’urgence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, un accès plus facile aux travailleurs sociaux et une formation des familles sur la façon de communiquer avec leurs proches confrontés à des traumatismes.

Selon Limor Luria, cheffe de la division de réhabilitation du ministère de la Défense, le service qui l’emploie a pris en charge 20 000 soldats blessés lors de cette guerre, ces deux dernières années, dont 56 % font face à des problèmes de santé mentale.

« Nous nous attendons à ce que des dizaines de milliers d’autres les rejoignent », a-t-elle déclaré en expliquant que si le ministère avait « considérablement étoffé son offre de services », il demeurait « d’importantes lacunes, à commencer par la pénurie de thérapeutes, en particulier dans les zones périphériques ».

Emanuel Fabian et Stav Levaton ont contribué à cet article.

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