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Analyse

Droits de douane de Trump : la « start-up nation » va-t-elle perdre son avantage concurrentiel ?

La taxe de 15 % épargne, pour l'instant, une grande partie des secteurs technologiques et pharmaceutiques israéliens, mais pourraient coûter des milliards et entraîner la perte de milliers d'emplois

Sharon Wrobel

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Des oranges de Jaffa cultivées en Israël. (Crédit : Bureau de la presse gouvernementale)
Des oranges de Jaffa cultivées en Israël. (Crédit : Bureau de la presse gouvernementale)

Les exportations de marchandises israéliennes vers les États-Unis sont soumises à un droit de douane de 15 %, à la suite de l’augmentation radicale des droits d’entrée sur le marché américain décidée par le président Donald Trump et qui entre en vigueur ce jeudi. Des responsables ont averti que cette mesure pourrait entraîner des pertes d’emplois et une baisse significative des exportations.

Israël espérait que son plus proche allié et premier partenaire commercial réduirait le droit de douane imposé à un taux de base de 10 %, contre les 17 % annoncés initialement, ce qui lui aurait donné un avantage sur les autres pays soumis à des droits de douane plus élevés.

Mais les efforts de négociation entre les responsables israéliens et l’administration américaine pour accorder un traitement spécial à Israël ont jusqu’à présent échoué. Inévitablement, les exportateurs locaux de marchandises à destination des États-Unis, ainsi que l’économie en général, seront touchés par le nouveau régime tarifaire commercial. Les recettes provenant de l’impôt sur les sociétés diminueront également.

« Nous sommes sans doute dans la même situation que de nombreux autres pays. Mais nous avons perdu l’avantage dont nous bénéficions grâce à l’accord de libre-échange et nous devons désormais rivaliser avec des pays comme la Turquie, qui était auparavant soumise à des taxes et dont les coûts de production sont inférieurs à ceux d’Israël », a expliqué Ron Tomer, président de l’Association des fabricants israéliens, au Times of Israel.

« Sans cet avantage comparatif, nous sommes voués à perdre des ventes. »

« On estime que les exportations israéliennes subiront une perte annuelle de 2 à 4 milliards de dollars en raison des nouveaux droits de douane de 15 %, et si ceux-ci incluent les composants pharmaceutiques et semi-conducteurs, 20 000 à 33 000 Israéliens pourraient perdre leur emploi », a ajouté Tomer.

Pendant des années, nous avons bénéficié d’un avantage sur de nombreux pays grâce à l’accord de libre-échange conclu par Israël

« C’est quelque peu décevant, car nous étions en bonnes négociations commerciales avec les États-Unis, qui semblaient prêts à soutenir Israël », a-t-il poursuivi.

« Pendant des années, nous avons bénéficié d’un avantage sur de nombreux pays grâce à l’accord de libre-échange conclu par Israël, qui nous permettait d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane. »

« Aujourd’hui, nous avons perdu cet avantage au profit de la Turquie, du Japon, de la Grande-Bretagne et d’autres pays », a-t-il déploré.

Trump avait annoncé, en avril, un droit de douane de 17 % sur Israël, puis avait gelé toutes les mesures tarifaires pendant 90 jours afin de laisser la place à des négociations. Fin juillet, il a signé un décret fixant des taux compris entre 10 % et environ 40 % sur les marchandises importées de dizaines de pays partenaires commerciaux, dans le cadre de sa dernière tentative pour remodeler le commerce mondial en faveur des entreprises américaines. Selon lui, ces nouveaux droits de douane sont nécessaires pour réduire les déficits commerciaux des États-Unis avec bon nombre de leurs partenaires, mais aussi pour protéger les emplois et l’industrie manufacturière américains.

Ron Tomer, président de l’Association des fabricants israéliens. (Crédit : Autorisation)

La Maison Blanche a augmenté les droits de douane sur les produits canadiens à 35 %, tout en concluant des accords commerciaux avec la Corée du Sud et l’Union européenne (UE). Parallèlement, le Royaume-Uni a obtenu un droit de 10 % sur ses exportations. Outre Israël, un droit de 15 % a également été imposé au Japon, à la Turquie, à l’Islande, à la Norvège, aux Fidji, au Ghana, à la Guyane et à l’Équateur.

Les États-Unis ont conclu un accord commercial avec l’UE qui prévoit un droit de douane forfaitaire de 15 % sur la plupart des produits européens, au lieu des 30 % que Trump avait menacé d’appliquer. En revanche, l’accord comprend l’engagement de l’UE d’investir 600 milliards de dollars aux États-Unis durant le mandat de Trump.

Selon les données commerciales américaines, le commerce bilatéral total (importations et exportations de biens) entre Israël et les États-Unis s’élevait à environ 37 milliards de dollars en 2024. Les exportations de biens d’Israël vers les États-Unis, qui comprennent notamment des diamants, des denrées alimentaires, des machines, des appareils optiques et médicaux ainsi que des équipements électroniques, s’élevaient à 22,2 milliards de dollars. Les États-Unis ont exporté pour 14,8 milliards de dollars de marchandises vers Israël. Le déficit commercial s’élevait à 7,4 milliards de dollars.

Les droits de douane de 15 % sur les marchandises israéliennes entrant aux États-Unis affecteront également l’industrie de la défense, à l’exception des produits logiciels. Selon un rapport de 2024, le secteur de la défense représentait environ 7,5 % des exportations totales d’Israël.

L’impact des droits de douane imposés par les États-Unis sur les exportations technologiques d’Israël, qui représentent 53 % des exportations totales du pays, devrait être limité, car ces droits ne s’appliqueront pas à l’exportation de services, laquelle représente environ 70 % de ces exportations. En revanche, les 30 % restants, soit les biens matériels, principalement des machines, des équipements industriels et des produits similaires, seront touchés par ces droits de douane.

On ignore encore si les États-Unis excluront les produits pharmaceutiques et les composants de semi-conducteurs israéliens, deux exportations majeures, du nouveau régime tarifaire. On espérait qu’ils en soient exemptés, car ils sont couverts par des régimes tarifaires mondiaux uniformes. Cependant, mardi, Trump a indiqué que de nouveaux droits de douane sur les produits pharmaceutiques et les semi-conducteurs importés pourraient être annoncés dès la semaine prochaine.

« Si les négociations avec les États-Unis ne permettent pas aux exportateurs israéliens d’obtenir une exemption des taxes à l’importation pour ces produits vers les États-Unis, nous allons perdre une part encore plus importante de nos activités commerciales, avec des pertes annuelles estimées à au moins 4 milliards de dollars », a déclaré Tomer.

Dans l’ensemble, cette nouvelle taxation douanière, entrée en vigueur le 7 août, entraînera une hausse du prix des produits israéliens importés aux États-Unis, tandis que les revenus et les bénéfices des exportateurs locaux diminueront, leurs dépenses restant inchangées.

Le président américain Donald Trump présentant les nouveaux droits de douane réciproques lors d’un événement à la roseraie de la Maison Blanche intitulé « Make America Wealthy Again », à Washington, le 2 avril 2025. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

En prévision de ce nouveau régime tarifaire, les exportateurs israéliens ont cherché à trouver un équilibre entre la minimisation des dommages et le maintien de leur compétitivité, afin de soutenir leur production et leurs activités commerciales.

« De nombreux exportateurs locaux nous ont fait part de leur espoir que le taux de prélèvement soit fixé à 10 % et qu’ils parviennent à trouver des arrangements pour répartir la charge de manière égale avec leurs clients américains, de sorte que chaque partie absorbe 5 % du coût », a déclaré Tomer.

« Si, à 10 %, il était encore possible de partager la charge avec les clients américains, avec un taux de 15 %, il est plus difficile et problématique d’absorber les coûts. »

Tomer a souligné que les exportateurs avaient deux options : augmenter le prix de leurs produits aux États-Unis et ainsi devenir moins compétitifs, ou le réduire pour générer un chiffre d’affaires, mais avec des bénéfices nuls ou marginaux. Les grandes entreprises ont une troisième option : développer leurs capacités de production aux États-Unis.

Kobi Zalicha, associé directeur du cabinet comptable Lion, Orlitzky & Co Moore Israel. (Crédit : Autorisation)

Kobi Zalicha, associé directeur du cabinet comptable Moore Israel – Lion, Orlitzky & Co., a déclaré que bon nombre de ses clients exportateurs locaux lui demandaient des stratégies de planification fiscale et de transfert des bénéfices pour leurs ventes aux États-Unis. Parmi ces clients, on compte des entreprises qui vendent des équipements et des appareils médicaux, ainsi que des entreprises du secteur manufacturier traditionnel, qui sont confrontées à la faiblesse du dollar américain et à de faibles marges bénéficiaires.

« Les exportateurs qui vendent directement aux États-Unis et ceux qui opèrent par l’intermédiaire de filiales américaines sont directement touchés », a souligné Zalicha.

« Certains exportateurs vendent leurs produits à des prix plus bas pour rester compétitifs, tandis que d’autres transfèrent leurs bénéfices vers leurs filiales américaines, ce qui affecte leurs revenus et leurs profits. »

« Cela signifie qu’ils paieront moins d’impôts sur les sociétés », a-t-il précisé.

Les exportateurs envisagent de délocaliser leur production aux États-Unis

Selon Zalicha, une baisse de 1 % du prix des marchandises se traduirait par une perte annuelle d’environ 170 millions de dollars de recettes fiscales pour l’État.

« Les exportateurs envisagent de délocaliser leur production aux États-Unis », a déclaré Zalicha.

« Si les droits de douane sont ramenés à 10 %, je vois mal comment ils pourraient ouvrir des usines aux États-Unis, mais s’ils restent à 15 %, cela pourrait être une option à long terme. »

Tomer a fait remarquer que ces nouveaux droits de douane imposés par Trump arrivent à un moment critique, alors que l’économie israélienne est déjà menacée par des boycotts et la suspension d’accords de libre-échange, en raison de la guerre menée depuis vingt-deux mois contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, et que les critiques sur la crise humanitaire à Gaza continuent de s’amplifier à l’échelle mondiale.

« À l’heure actuelle, exporter depuis Israël vers les États-Unis est déjà plus difficile, car l’opinion publique en Europe et dans d’autres pays se retourne contre nous », a souligné Tomer.

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