Rechercher
Analyse

En quête d’attention, les podcasteurs US attisent la colère contre Israël et contre les Juifs

Attirant un large public, des animateurs comme Tucker Carlson ou Hasan Piker tiennent en haleine leurs auditeurs pendant des heures, tenant des propos choquants, souvent à l'encontre de l'État juif. Et sans contraintes, leur influence ne fait que croître

Le streamer Hasan Piker, à gauche, montre son téléphone lors d’un live sur Twitch tandis que le producteur Mauricio Miranda filme, lors d’un événement de campagne pour Abdul El-Sayed, candidat progressiste à la primaire démocrate pour le Sénat américain dans le Michigan, le 7 avril 2026, à l’université du Michigan à Ann Arbor. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)
Le streamer Hasan Piker, à gauche, montre son téléphone lors d’un live sur Twitch tandis que le producteur Mauricio Miranda filme, lors d’un événement de campagne pour Abdul El-Sayed, candidat progressiste à la primaire démocrate pour le Sénat américain dans le Michigan, le 7 avril 2026, à l’université du Michigan à Ann Arbor. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Il y a quelques jours, les nombreux fans de Hasan Piker ont pu suivre ce streamer de gauche controversé, antisioniste convaincu, pendant huit heures et 18 minutes d’affilée, alors qu’il discutait de la guerre en Iran, des fissures qui ont permis leur apparition dans la base électorale du président américain Donald Trump et, bien sûr, d’Israël.

La majeure partie de la seconde moitié de l’émission a été consacrée à une interview et à un rassemblement en faveur de Cori Bush, une ancienne députée démocrate anti-israélienne de Saint-Louis qui se présente aujourd’hui une nouvelle fois devant les électeurs, désireuse de récupérer son siège. Les groupes pro-israéliens avaient dépensé des millions de dollars pour faire échouer la candidature de Bush en 2024 – et Piker a expliqué vendredi aux partisans de Bush qui s’étaient réunis en signe de soutien à la candidate qu’Israël s’était efforcé de « subvertir le processus démocratique ».

Le lendemain, le New York Times a publié une interview de Tucker Carlson, podcasteur controversé de droite, fervent anti-israélien, un entretien qui a duré plus de deux heures et qui a porté en grande partie sur ses opinions concernant la question d’Israël et celle des Juifs.

Carlson a ainsi estimé que Trump était retenu « en otage » par le Premier ministre Benjamin Netanyahu « et par ses nombreux partisans aux États-Unis ». Il a nié être antisémite – ce qu’il fait souvent. Il a également affirmé qu’il ne connaissait pas les « Protocoles des Sages de Sion ».

Deux jours auparavant, il avait diffusé une vidéo de deux heures, qu’il avait lui-même réalisée, dans laquelle il interviewait Marjorie Taylor Greene, ancienne députée républicaine anti-israélienne qui avait, dans le passé, partagé une séquence filmée qui disait que les « suprémacistes sionistes » cherchaient à remplacer la population blanche d’Europe par des migrants.

Carlson a également promu une autre version de cette théorie du complot, qui est appelée « Le Grand Remplacement ».

Dans son propre monologue, Carlson s’en est pris « à ceux qui nous ont poussés à entrer en guerre en faveur d’un changement de régime en Iran ». Il a ajouté : « Ce sont ces mêmes personnes – ce sont littéralement les mêmes – qui poussent les États-Unis à continuer de permettre au reste du monde de venir s’installer ici ». Parmi ces individus, a-t-il ajouté, il y a le représentant Mike Lawler, « l’auteur de l’Antisemitism Awareness Act, ou quelque chose du genre, un projet de loi sur la censure ».

Megyn Kelly (à gauche) interviewe Tucker Carlson dans son émission la veille du déclenchement de la guerre avec l’Iran, le 27 février 2026. Tous deux anciens animateurs de Fox News, ils dirigent désormais chacun une entreprise éponyme et se sont montrés de virulents détracteurs d’Israël (Capture d’écran)

Si tout cela donne une sensation de vertige, c’est parce que la situation est en effet délirante. Ce genre de propos est devenu la norme s’agissant des commentaires qui sont diffusés en ligne ou des discours politiques qui sont tenus sur internet – y compris de la part des politiciens eux-mêmes. Toute une rhétorique qui alimente l’éternel débat aux États-Unis sur Israël et sur les Juifs.

Une course à l’attention – sans aucun garde-fou

Certains des commentateurs qui ont le plus d’influence — Carlson, Piker, Joe Rogan, Megyn Kelly — s’appuient sur des audiences composées de plusieurs millions de personnes qui se connectent en ligne plusieurs fois par semaine pour les écouter parler pendant des heures, sans aucun filtre.

Et comment remplir au mieux ces heures interminables d’émission ?… L’un des moyens favorisés par les podcasteurs est assurément de disserter sans fin sur Israël. Et aujourd’hui, ce qu’ils pensent de l’État juif, de ses actions militaires depuis le 7 octobre 2023, de son traitement des Palestiniens et de son influence sur les États-Unis est désormais connu de tous (exception faite, peut-être, de Rogan, qui est plus éclectique).

Et ils ne cessent de parler d’Israël, ressassant sans relâche leurs opinions négatives à une quasi-unanimité. Ce qui engendre, par effet de ricochet, une deuxième série de débats sur les propos qu’ils ont pu tenir : Était-ce antisémite ? Comment ces paroles et ces idées sont-elles susceptibles de s’inscrire dans la politique américaine actuelle ?

Cette focalisation outrancière dans son envergure ne s’explique pas uniquement par le fait qu’Israël fait constamment la Une de l’actualité. C’est aussi parce que c’est un sujet qui suscite facilement l’indignation.

Dans le milieu médiatique actuel et avec un choix qui semble infini en matière de podcasts, de flux en continu, de chaînes câblées et de publications — il est de plus en plus difficile de capter réellement l’attention du public.

Force également est de constater que les commentateurs ont longtemps tenu en haleine leur auditoire en tenant des propos scandaleux (pensez à feu Rush Limbaugh).

Aujourd’hui, les podcasteurs qui se sont constitué un public fidèle sont souvent des personnalités qui diffusent et qui publient sans cesse des contenus — et qui savent ponctuer ces derniers de propos choquants ou provocateurs qui font dresser l’oreille de leurs abonnés, avec des extraits d’émission susceptibles d’être partagés sur les réseaux sociaux et de faire le buzz.

De gauche à droite, Jon Lovett, de « Pod Save America », Jessica Tarlov, coanimatrice de « The Five » sur Fox News, Tim Miller, de « The Bulwark Podcast », Hasan Piker, et Symone Sanders Townsend, coanimatrice de « The Weeknight » sur MSNBC, s’expriment lors de la Crooked Con, le 7 novembre 2025, à Washington. (Crédit: AP Photo/Jacquelyn Martin)

« Les gagnants dans cette course à l’attention, aujourd’hui, sont généralement des personnes qui ont tenu des propos scandaleux dans le passé — ou qui continuent de les tenir aujourd’hui », écrit Ezra Klein, chroniqueur au New York Times et podcasteur, qui diffuse lui-même ses propres émissions d’une heure tous les deux jours, dans une récente chronique qui prend la défense de Piker.

« Quand on a affaire à des podcasteurs ou à des streamers qui s’expriment, sans structure et sans préparation, pendant des heures chaque semaine, voire tous les jours, il y a tellement de choses qui sont dites qu’il est presque inévitable de pouvoir en tirer tout un dossier de déclarations qui se distinguent par leur stupidité », ajoute-t-il.

« Je n’ai aucune obligation de me ‘distancier’ de qui que ce soit. Je dirige ma propre entreprise de médias et ma propre émission ».

Il n’y a pas si longtemps, des propos scandaleux auraient entraîné le licenciement de l’animateur de talk-show qui les auraient prononcés. En 2023 encore, Carlson avait été écarté sans ménagement de son émission nocturne sur Fox News, une émission pourtant populaire, après une litanie de déclarations offensantes.

Mais les garde-fous ont disparu. Carlson est désormais à la tête d’une chaîne indépendante qui porte son nom et qui enregistre plus de vues que ce n’était le cas de son émission sur Fox. Il ne peut plus être licencié – peu importe qui il sera amené à insulter. Piker diffuse ses contenus sur la plateforme de jeux vidéo Twitch, et non sur une chaîne d’information câblée. Et se connecter à des contenus antisémites ou anti-Israéliens n’entraîne dorénavant aucun prix à payer, socialement parlant, pour un public fidèle qui écoute ce genre d’émissions dans l’intimité de sa voiture, à son domicile, ou encore avec des AirPods.

Kelly est une autre ancienne star de Fox News qui s’est depuis mise à son compte. Dans un post qui avait été diffusé l’année dernière sur le réseau social X, où elle expliquait pourquoi elle-même ne désavouait ni Carlson, ni l’influenceuse d’extrême droite antisémite Candace Owens, elle avait écrit : « Je n’ai aucune obligation de me ‘distancier’ de qui que ce soit. Je dirige ma propre entreprise de médias et ma propre émission ».

Les politiciens ne sont pas en reste

Il n’y a pas que les podcasteurs et les streamers qui envahissent sans cesse l’espace médiatique. Depuis une dizaine d’années ou plus, c’est aussi le cas des politiciens.

Trump, qui a su comprendre, exploiter et façonner l’écosystème médiatique américain mieux que quiconque, est lui-même à l’origine d’un flux de contenus inépuisable. Il écrit tout au long de la journée sur Truth Social, influençant l’avenir de la guerre en Iran et d’autres événements mondiaux. Et quand il ne le fait pas, c’est qu’il est en train d’accorder des interviews omniprésentes aux médias ou de tenir des points presse.

Le candidat au Sénat américain Graham Platner prend la parole lors d’une assemblée publique au Franco Center de Lewiston, dans le Maine, le 15 octobre 2025. (Libby Kenny/Sun Journal via AP)

Les activités des politiciens sur les réseaux sociaux – passées et présentes – sont régulièrement scrutées depuis de nombreuses années. La dernière personnalité à avoir été placée sous les feux de la rampe a été Graham Platner, candidat démocrate au Sénat du Maine, un fervent détracteur d’Israël qui a essuyé de vives critiques pour un tatouage nazi, pour ses éloges en ligne des manœuvres militaires du Hamas et pour une série de propos controversés – il a, par exemple, laissé entendre que les choix susceptibles d’être faits par les femmes étaient à l’origine des agressions sexuelles dont elles étaient victimes.

Trump a remporté deux élections présidentielles malgré (ou peut-être grâce à) sa présence – grossière et sans filtre – sur les réseaux sociaux. Et l’historique d’Internet de Platner ne lui a pas encore porté préjudice : il est désormais le candidat démocrate présumé qui va se présenter dans un état bleu, à l’approche d’une élection qui devrait être couronnée de succès pour son parti.

A l’ère des publications et des diffusions en continu incessantes, les politiciens comme les podcasteurs se défendent mutuellement. Certains responsables démocrates ont bien désavoué Piker suite à ses éloges du Hamas et aux propos antisémites qu’il a tenus (il a exprimé ses regrets après avoir qualifié les Juifs ultra-orthodoxes de « consanguins » et il affirme condamner l’antisémitisme).

Mais de nombreux autres politiciens participeront à son émission ou, comme Bush, l’inviteront à leurs rassemblements.

Carlson s’est exprimé à l’occasion de la Convention républicaine de 2024 et, avant sa récente rupture avec Trump, il se rendait régulièrement au Bureau ovale.

Issus de la même tribu

Il n’est guère surprenant que des commentateurs proches des démocrates – comme le sont Klein ou l’émission populaire Pod Save America – aient invité Piker ou qu’ils aient choisi de prendre sa défense. Leurs opinions divergent (notamment sur la question d’Israël), mais tous font fondamentalement partie de la même tribu de podcasteurs libéraux-progressistes.

Il est donc logique qu’ils soutiennent mutuellement leur droit de rester à l’antenne.

Le streamer Twitch Hasan Piker interviewe Zohran Mamdani pendant sa campagne pour la mairie de New York, le 7 avril 2025. (Capture d’écran via YouTube/ via JTA)

La même dynamique est à l’œuvre à la droite de l’échiquier politique. Kelly a été critiquée pour avoir refusé de condamner Carlson. Et pour prendre la défense de leur amitié, elle a mis le doigt sur l’une des racines du problème.

« Je l’aime, nous sommes amis », a-t-elle expliqué au mois d’octobre dernier. « Je ne pense pas du tout qu’il soit antisémite. Je n’écoute pas toutes les émissions de Tucker… Je n’ai pas assez d’heures dans une journée pour le faire ».

Les commentateurs ne se contentent pas de se défendre les uns les autres : ils défendent également les politiciens. Jon Favreau, l’animateur de Pod Save America, a apporté son soutien sans réserve à Platner sur le réseau social X, le qualifiant « d’homme bon et honnête qui a connu des difficultés… il a mûri et il s’efforce toujours de s’améliorer ».

Et aujourd’hui, ce phénomène transcende également les clivages idéologiques — en particulier parmi ceux qui sont en désaccord sur presque tous les sujets, mais qui se retrouvent toutefois sur un seul point : celui de leur opposition à Israël.

Donald Trump s’entretient avec Tucker Carlson lors d’un spectacle du Tucker Carlson Live Tour au Desert Diamond Arena, à Glendale, en Arizona; le 31 octobre 2024. (Crédit : AP Photo/Julia Demaree Nikhinson, File).

Dans son interview accordée au New York Times, Carlson a fait l’éloge de Platner en faisant allusion à son positionnement à l’égard d’Israël : « J’apprécie vraiment ses opinions en matière de politique étrangère », a-t-il indiqué. « Et j’apprécie de voir à quel point elles diffèrent de celles de tous les autres membres de son parti ».

Il a été ultérieurement demandé à Platner s’il accepterait de participer à l’émission de Carlson. « J’ai du mal à me décider », a-t-il répondu. Il a tenu à faire, lui aussi, l’éloge de Carlson, déclarant : « Il y a certains aspects, en matière de politique étrangère, où un changement très important est en train de se faire… Il a pris position en disant qu’il était défavorable à la guerre en Iran pour des raisons morales. C’est une prise de position plus ferme sur la guerre en Iran que celle de nombreux démocrates. »

Mais il a également rejeté les théories du complot promues par Carlson.

« Il faut être critique à l’égard du gouvernement israélien », a-t-il dit. « Il faut aussi reconnaître que les États-Unis conservent encore un pouvoir immense dans le cadre de cette relation. Il ne faut pas tenir ce genre de discours : ‘Oh non, l’Amérique est complètement contrôlée par les Israéliens’… Nous ne pouvons pas laisser la porte ouverte à des théories du complot qui sont clairement antisémites ».

Il y a toutefois au moins une personne qui pense que Platner devrait accepter une interview avec Carlson, cette figure de l’extrême-droite : il s’agit de Piker, le streamer d’extrême gauche.

« Il doit absolument aller chez Tucker », a posté Piker. « Ça n’aurait aucun sens de ne pas le faire ».

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.