Évitant de statuer sur l’accès de la presse à Gaza, la Haute Cour fera le point avec l’État en mars
Les juges ne peuvent pas divulguer les "informations classifiées" fournies par l'État pour justifier le risque sécuritaire dans l'enclave, malgré le cessez-le-feu
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

La Haute Cour a une nouvelle fois évité de se prononcer sur le recours demandant un accès libre et indépendant de la presse à la bande de Gaza, demandant simplement à l’État de faire un nouveau point sur la situation dans deux mois.
Cette décision fait suite à une audience devant la Haute Cour lundi concernant le recours déposé par l’Association de la presse étrangère (FPA). Lors de cette audience, les juges ont semblé insatisfaits des explications fournies par les représentants de l’État concernant l’interdiction totale et continue d’accès de la presse indépendante à l’enclave.
Cette interdiction est en vigueur depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël. La FPA avait déposé un premier recours en 2024 pour obtenir un accès de la presse. Un cessez-le-feu a été conclu en octobre 2025.
L’avocat représentant l’État a déclaré qu’il ne pouvait fournir d’informations supplémentaires qu’à huis clos. La Cour a accepté de recevoir les explications du gouvernement sous cette condition. Le tribunal a également rejeté la demande de Me Gilad Shaer, l’avocat de la FPA, qui souhaitait avoir accès aux informations transmises à la Cour lors de la séance à huis clos.
Dans leur décision rendue lundi soir, les juges Noam Sohlberg, Chaled Kabub et Ruth Ronen ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas rendre publiques les « informations classifiées relatives à la sécurité » qui leur avaient été présentées à huis clos par les avocats de l’État pour justifier le maintien de l’interdiction. Ils se sont contentés de demander à l’État de fournir une mise à jour à la Cour d’ici le 31 mars.
L’équipe juridique de la FPA devrait déposer une demande auprès de la Cour afin qu’elle reconsidère sa décision dans le courant de la semaine.
Lors de l’audience de lundi, les juges ont remis en question l’argument de l’État selon lequel autoriser les journalistes à se rendre librement à Gaza mettrait en danger les troupes israéliennes, alors qu’un cessez-le-feu est en vigueur.
« Les journalistes veulent entrer librement. Quel risque représentent-ils pour les forces de Tsahal ? », a demandé le juge Kabub à Me Yonatan Nadav, l’avocat représentant l’État.
Le juge Ronen a également souligné que la situation sécuritaire avait changé depuis le dépôt des recours de la FPA en 2024, notamment en raison du cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025.
Le président américain Donald Trump a lancé la deuxième phase de son plan en vingt points la semaine dernière.
« On ne peut plus dire que le risque est le même. Il faut expliquer quelles autres conditions doivent être remplies pour autoriser l’entrée des journalistes. Il ne suffit pas d’invoquer des raisons de sécurité sans les expliquer », a déclaré Ronen.
Depuis le début de la guerre, l’armée israélienne et le ministère de la Défense ont imposé une interdiction totale d’accès à la bande de Gaza pour la presse indépendante. Ils ont toutefois autorisé les journalistes israéliens, et dans une moindre mesure les journalistes étrangers, à entrer dans certaines zones spécifiques de l’enclave en tant que reporters embarqués avec les forces de Tsahal.
L’État a fait valoir que l’entrée de journalistes dans la bande de Gaza présenterait des risques pour la sécurité des soldats et des journalistes eux-mêmes.
La FPA soutient toutefois que l’interdiction générale d’accès indépendant à Gaza pour les journalistes « contrevient aux principes fondamentaux de l’État en tant que pays démocratique et constitue une atteinte grave, disproportionnée et déraisonnable à la liberté de la presse, à la liberté d’expression, à la liberté d’exercice de la profession de journaliste et au droit à l’information ».
Le recours de la FPA, qui demande au tribunal d’ordonner au gouvernement de faciliter l’accès indépendant de la presse à Gaza pendant la guerre avec le Hamas, a été initialement déposé en septembre 2024.
La Cour a accordé à l’État neuf prolongations pour soumettre sa réponse. Lors de l’audience qui s’est finalement tenue en octobre 2025, l’État a demandé une prolongation supplémentaire de 30 jours pour informer la Cour de sa position à la suite du cessez-le-feu.
La Cour a ensuite accordé plusieurs prolongations supplémentaires à l’État, qui a finalement soumis sa réponse le 4 janvier.
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