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France : La justice perquisitionne les locaux de X et convoque Elon Musk

Dans le viseur : le fonctionnement de Grok, l'intelligence artificielle de la plateforme, qui a conduit à la diffusion de contenus négationnistes et de deepfakes à caractère sexuel

Logo de "X", ex-Twitter. (Crédit : Autorisation)
Logo de "X", ex-Twitter. (Crédit : Autorisation)

Elon Musk, propriétaire du réseau social X, est convoqué par la justice française pour être entendu le 20 avril dans le cadre de l’enquête sur les dérives présumées de sa plateforme, dont les locaux français sont actuellement perquisitionnés.

Linda Yaccarino, l’ancienne directrice-générale de X, est également convoquée à cette date. L’ex-responsable et Musk sont visés « en leur qualité de gérants de fait et de droit de la plateforme X au moment des faits », précise mardi la procureure de Paris, Laure Beccuau, dans un communiqué.

Parallèlement, une perquisition est « diligentée » dans les locaux français de la plateforme, ajoute la magistrate.

Ces investigations, menées par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, sont réalisées en collaboration avec l’unité nationale cyber de la gendarmerie et Europol.

La plateforme X est visée par une enquête préliminaire, ouverte à la suite de signalements dénonçant un biais dans ses algorithmes, reçus début 2025.

L’enquête a ensuite été élargie, notamment après de nouveaux signalements à l’été 2025. Ces alertes dénonçaient le fonctionnement de Grok, l’intelligence artificielle de la plateforme, qui a conduit à la diffusion de contenus négationnistes et de deepfakes à caractère sexuel.

Elon Musk, PDG de X (anciennement Twitter), quittant un forum bipartisan sur l’intelligence artificielle (IA) organisé par le Sénat américain, au Capitole, à Washington, le 13 septembre 2023. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

À ce jour, les investigations sont encore plus étendues : la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet enquête pour savoir si X s’est rendu coupable de complicité de « détention d’images à caractère pédopornographique » ou encore de « contestation de crime contre l’humanité [négationnisme] ».

Contacté par l’AFP, l’avocat de X, Me Kami Haeri, n’a pas souhaité commenter ces informations à ce stade.

Les auditions libres des dirigeants doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et, le cas échéant, les mesures de mise en conformité envisagées », souligne Beccuau. Des salariés de X sont également convoqués du 20 au 24 avril « pour être entendus en qualité de témoins ».

« Danger »

Le choix d’une audition libre plutôt qu’une garde à vue montre l’état d’esprit dans lequel la plateforme et les enquêteurs échangent pour le moment.

« La conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national », indique Beccuau.

À l’inverse, dans l’information judiciaire visant la plateforme Kick après la mort, cet été, en direct, du streamer Jean Pormanove, le parquet a émis, fin janvier, des mandats d’arrêt contre les trois gérants de fait et de droit de la plateforme, ainsi que contre la plateforme elle-même, visée en tant que personne morale.

Le ministère public a expliqué avoir été contraint d’agir ainsi car les protagonistes, convoqués, ne s’étaient pas présentés.

Laure Beccuau, procureure de Paris, s’exprimant lors d’une conférence de presse après l’enlèvement de David Balland, cofondateur de la société de crypto-actifs Ledger, et de sa compagne à leur domicile, puis leur libération par la gendarmerie, le 23 janvier 2025. (Crédit : Thibaud Moritz/AFP)

Pour X, tout est parti de signalements du député macroniste Eric Bothorel et du député socialiste Arthur Delaporte.

Ces signalements soulignaient une « réduction de la diversité des voix et des options », une plateforme qui s’éloignerait de son objectif de « garantir un environnement sûr et respectueux à tous », un « manque de clarté quant aux critères ayant conduit aux changements d’algorithmes et aux décisions de modération », ainsi que des « interventions personnelles de Musk dans la gestion de sa plateforme », ce qui constituerait « un véritable danger et une menace pour nos démocraties ».

À ce stade, la plateforme ne fait pas l’objet de poursuites pénales dans ce dossier.

Chambres à gaz

Le 22 janvier 2025, le patron de X France, Laurent Buanec, avait assuré que « X a des règles strictes, claires et publiques visant à protéger la plateforme des discours de haine », qu’il « lutte contre la désinformation » et que son algorithme « est construit de manière à éviter de vous proposer des contenus haineux ».

La plateforme est également dans le collimateur de la justice française à cause de son intelligence artificielle (IA), Grok, qui a nié, fin 2025, dans une publication vue en France près d’un million de fois, la finalité criminelle des chambres à gaz.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH), qui avait porté plainte pour cette publication, a salué de cette « avancée judiciaire » ce mardi.

« Il est plus qu’urgent que tous les responsables politiques, et en particulier ceux de gauche, comme Jean-Luc Mélenchon [LFI], Marine Tondelier [Les Écologistes], Olivier Faure [PS], Fabien Roussel [PCF] et Raphaël Glucksmann [Place Publique], aient suffisamment de courage politique pour montrer le chemin de la sortie », a déclaré à l’AFP Me Arié Alimi, avocat de la LDH.

L’avocat français et vice-président de la Ligue des droits de l’Homme, Arié Alimi, prenant la parole lors d’une manifestation organisée par des associations, dont SOS Racisme et la Fondation des femmes, pour dénoncer l’antisémitisme, à Paris, le 20 juin 2024. (Crédit : Zakaria Abdelkafi/AFP)

La justice française n’en est pas à son coup d’essai contre les géants du numérique, sur lesquels la section spécialisée du parquet de Paris mène des enquêtes.

Outre Kick et X, elle a également dans son viseur le fondateur de la messagerie cryptée Telegram, Pavel Durov, soupçonné de ne pas agir contre l’échange de contenus criminels, ainsi que des géants asiatiques comme Shein et AliExpress, à la suite de l’affaire des poupées sexuelles à l’apparence d’enfants.

« La France est le seul pays au monde à poursuivre pénalement tous les réseaux sociaux qui offrent un certain degré de liberté à leurs utilisateurs. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas un pays libre », a d’ailleurs estimé Pavel Durov sur ses réseaux sociaux.

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