Guerre à Gaza : des artistes multiplient les appels au boycott culturel d’Israël
Selon le célèbre scénariste israélien Hagaï Levi, interrogé en septembre par l'AFP, "90 % des personnes dans la communauté artistique" israélienne sont opposées à la guerre
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De plus en plus d’artistes, cinéastes, musiciens ou écrivains occidentaux appellent récemment à un boycott culturel d’Israël en raison de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza. Ces actions rappellent le blocus contre l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid, selon des chercheurs.
Pétitions, appels au boycott, déprogrammations, annonces de non-participation au concours de l’Eurovision : dans un contexte de fortes tensions politiques internationales, des artistes tentent d’exercer une pression publique pour afficher leur soutien aux Palestiniens.
« Il ne fait absolument aucun doute dans mon esprit qu’à l’échelle mondiale, nous sommes à un point de bascule », déclare à l’AFP l’acteur britannique Khalid Abdalla (« Les Cerfs-volants de Kaboul », « The Crown »), l’un des signataires d’une pétition appelant à un boycott des institutions cinématographiques israéliennes.
À l’initiative du groupe Film Workers for Palestine, cette lettre ouverte a recueilli des milliers de signatures, dont celles d’Emma Stone, Joaquin Phoenix et Olivia Colman, qui se sont engagés à rompre leurs liens avec ces institutions qu’ils accusent d’être « impliquées dans le génocide ».
Le festival de Venise, au début du mois, tout comme la cérémonie des Emmy Awards, cette semaine, ont été le théâtre de nombreuses déclarations de solidarité avec Gaza. L’acteur espagnol Javier Bardem y est notamment apparu avec un keffieh en soutien aux Palestiniens.
Jeudi, le groupe britannique de trip-hop Massive Attack a annoncé son intégration au collectif musical « No Music for Genocide », qui réunit plus de 400 labels et musiciens engagés dans le blocage du streaming de leurs chansons en Israël.
Le chef d’orchestre israélien Ilan Volkov a, lui, annoncé la semaine dernière, lors d’un concert en Grande-Bretagne, qu’il ne se produirait plus dans son pays natal.
« Basculement »
Ces voix de personnalités influentes émergent dans un climat jusqu’alors très clivé. Cet été, le groupe de rap nord-irlandais Kneecap a été au centre de l’attention médiatique, d’abord en raison de l’annulation de ses concerts en raison de ses positions radicales hostiles à la politique d’Israël, puis à la suite de l’ouverture d’une enquête antiterroriste visant l’un de ses rappeurs pour avoir brandi un drapeau du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, organisation interdite au Royaume-Uni.
« Il y a eu un basculement de la mobilisation au printemps, lorsque le monde a vu les images de la famine à Gaza », analyse pour l’AFP Hakan Thorn, universitaire suédois de l’université de Göteborg.
Selon le sociologue, qui a consacré un ouvrage au mouvement de boycott en Afrique du Sud, « nous assistons à une situation comparable au mouvement de boycott contre l’apartheid » dans ce pays.
Le boycott international du gouvernement suprémaciste blanc d’Afrique du Sud a commencé au début des années 1960 après le massacre de manifestants noirs par la police dans le township de Sharpeville.
Il a culminé avec des artistes et des équipes sportives refusant de s’y produire, tandis que ceux qui s’y produisaient, comme Queen ou Frank Sinatra, faisaient face à de vives critiques publiques.
Selon Thorn, de nombreuses personnalités publiques ont été réticentes au début à s’exprimer sur la situation à Gaza.
« L’histoire de l’Holocauste et les accusations d’antisémitisme visant le mouvement pro-palestinien ont été un obstacle sérieux à une mobilisation plus large contre les agissements actuels d’Israël », estime-t-il.
Israël est en guerre contre le Hamas depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut des communautés du sud d’Israël, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Israël a réagi en lançant une campagne militaire dont l’objectif vise à détruire le Hamas, à l’écarter du pouvoir à Gaza et à libérer les otages. Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent 50 otages, dont 47 des 251 personnes enlevées par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. Vingt d’entre eux seraient encore en vie.
Le ministère de la santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, affirme que plus de 64 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent. Ce bilan, qui ne peut être vérifié et qui ne fait pas la distinction entre terroristes et civils, inclut les quelque 20 000 terroristes qu’Israël affirme avoir tués au combat et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.
Inquiétude des artistes israéliens
En Israël, de nombreux artistes s’inquiètent des conséquences de ces mouvements.
Selon le célèbre scénariste israélien Hagaï Levi (« En thérapie », « Scènes de la vie conjugale »), interrogé en septembre par l’AFP, « 90 % des personnes dans la communauté artistique » israélienne sont opposées à la guerre.
« Les artistes [israéliens] luttent, et les boycotter les affaiblit en réalité », a-t-il mis en garde.
Si le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud est évoqué par les militants actuels contre la guerre à Gaza, l’histoire a montré qu’il avait fallu 30 ans avant que le régime ne tombe, ce qui révèle les limites des campagnes de pression internationale.
« Au début des années 1970, le boycott était le principe fondateur d’un mouvement mondial anti-apartheid qui s’identifiait comme tel, mais ce mouvement à lui seul ne suffisait pas », déclare David Feldman, qui dirige l’Institut d’étude de l’antisémitisme au Birkbeck College de l’université de Londres.
La chute du régime de l’apartheid a été causée par l’asphyxie progressive de l’économie sud-africaine, alors que les entreprises et les banques se retiraient, tandis que la fin de la guerre froide augmentait considérablement l’isolement du pays.
la Communauté du Times of Israël !







