Hambourg : Un campement anti-Israël autorisé dans un parc d’où les nazis déportaient les Juifs
Organisée à l’occasion du Jour de la Nakba, cette action indigne les Juifs de la région, qui la qualifient "d'affront aux victimes de la Shoah"
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JTA — Cette semaine, des militants anti-Israël de Hambourg ont été autorisés à établir un campement, visant à évoquer le déplacement des Gazaouis au sein de l’enclave de Gaza, dans un parc d’où des Juifs avaient été déportés durant la Seconde Guerre mondiale, – une autorisation obtenue à l’issue d’une bataille juridique.
Un tribunal allemand a ainsi autorisé l’installation du campement « Bridges of Resistance » du 9 au 16 mai dans le parc public de Moorweide, où, selon la Fondation des Mémoriaux de Hambourg, les nazis avaient parqué plus d’un millier de Juifs locaux en vue de leur déportation vers le ghetto de Łódź en octobre 1941.
L’établissement de ce campement est survenu dans le cadre de manifestations à l’échelle nationale du 78ᵉ anniversaire de la « Nakba » – ou « catastrophe » en arabe. Il s’agit d’un terme désignant le déplacement des Arabes lors de la création de l’État d’Israël et de la Guerre d’Indépendance en 1948.
Un porte-parole des « Bridges of Resistance », Nikodem Kaddoura, a précisé au journal allemand Die Tageszeitung que le lieu avait été choisi délibérément.
Selon lui, commémorer le déplacement des Gazaouis sur un site où des Juifs ont été chassés de leurs foyers n’était pas une « provocation », mais un choix soulignant ce qu’il a appelé des « continuités » historiques.
Des Juifs locaux ont de leur côté souligné dans une lettre ouverte que son emplacement constituait « un affront » aux victimes de la Shoah.
Le Grand Rabbin de Hambourg, Shlomo Bistritzky, a pour sa part exhorté les autorités locales à prendre des mesures contre le campement, déclarant sur le réseau social X : « Nous, les Juifs de Hambourg, sommes profondément préoccupés par cette situation. »
La ville et la police avaient initialement cherché à déplacer le campement, mais après un recours déposé par les organisateurs, la justice de Hambourg a estimé qu’il pouvait se poursuivre.
Selon la chaîne régionale Norddeutscher Rundfunk, la Cour administrative supérieure de Hambourg a jugé que le campement « Bridges of Resistance » ne présentait pas de danger ou de risque d’actes antisémites suffisant pour justifier son interdiction.
Le campement, situé dans la partie sud de Moorweide, ne se trouve pas dans la même zone que le site historique de déportation, situé dans le coin nord-ouest du parc, a rapporté Die Tageszeitung.
La « Place des déportés juifs » est signalée par une plaque commémorative. Elle est par ailleurs séparée du campement par le bâtiment principal de l’université de Hambourg.
Le campement, qui comprend plus de dix tentes et des dizaines de participants, propose des conférences et des ateliers sur l’histoire et la culture palestiniennes, ainsi que sur les boycotts menés à l’encontre d’Israël et ce que les militants qualifient de « complicité allemande » dans le « génocide », qui serait mené selon eux contre les Palestiniens.
Israël rejette catégoriquement toute accusation de « génocide », rappelant que son armée prend des mesures drastiques pour éviter les victimes civiles, alors que le Hamas et d’autres groupes terroristes utilisent au contraire la population locale comme bouclier humain et opèrent depuis des mosquées, des hôpitaux et des écoles.
Les organisateurs ont également assuré que Hambourg était un lieu clé pour manifester, car son port est, selon eux, « un exemple parfait du rôle de l’Allemagne dans le commerce mondial des armes ».
Des militants anti-Israël ont déjà pris pour cible le port de Hambourg pour protester contre les livraisons d’armes à Israël.
« Bridges of Resistance » n’a pas répondu à la demande de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency.
Dimanche dernier, environ 150 contre-manifestants sont venus protester contre le campement, ont rapporté les médias locaux.
Certains tenaient une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Il n’y a pas de place pour l’antisémitisme et la haine d’Israël à Hambourg. »
Stefan Hensel, ancien commissaire à la lutte contre l’antisémitisme de Hambourg, a écrit sur Facebook que « beaucoup à Hambourg considèrent que la nouvelle agitation anti-Israël qui se déroule là-bas, précisément, est un signe de faillite politique et morale ».
Hensel a ajouté que certains de ces militants étaient « accusés d’avoir des positions antisémites et extrémistes ». Un groupe impliqué dans le campement, Thawra Hamburg, est par ailleurs surveillé de près par l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), l’agence de renseignement intérieure allemande, selon les avocats représentant le groupe.
Dans une lettre ouverte, les membres de la communauté juive ont exigé que « les responsables politiques de Hambourg se distancient clairement du campement, mettent fin à la haine ouverte contre Israël et les Juifs, et reconnaissent définitivement Moorweide comme un site commémoratif protégé ».
Pour que l’ensemble de Moorweide soit définitivement à l’abri des manifestations, il faudrait qu’il réponde aux exigences de la loi allemande sur les rassemblements, laquelle comprend une disposition limitant le droit de réunion. Cette disposition stipule que les sites commémoratifs « d’importance historique exceptionnelle dépassant le niveau régional » bénéficient d’une protection spéciale afin de « préserver la dignité des victimes de la violence et du pouvoir arbitraire national-socialistes ».
Selon William Nevin, professeur émérite d’histoire allemande à l’université de Nottingham Trent, la décision du tribunal de Hambourg s’est probablement appuyée sur le fait que seule une partie de Moorweide est désignée comme site commémoratif.
« Si l’on admet que les manifestants n’avaient pas l’intention de manifester dans la partie du parc dédiée à la mémoire des déportés, ni d’agir de manière irrespectueuse ou antisémite, alors la décision du tribunal peut se comprendre », a affirmé Nevin auprès de la JTA.
Les sites dédiés à la mémoire de la Shoah en Allemagne sont devenus le théâtre d’une vive controverse entre les militants anti-Israël et les autorités publiques.
En avril, la ville de Weimar avait interdit une manifestation anti-israélienne qui devait se dérouler devant l’ancien camp de concentration de Buchenwald à l’occasion de l’anniversaire de sa libération. Un tribunal local avait confirmé cette interdiction.
Les juges avaient estimé que le rassemblement risquait de porter atteinte à la dignité des victimes du nazisme. Les militants, eux, avaient assuré que leur rassemblement prévu était une veillée en hommage à toutes les « victimes du génocide et du fascisme », et qu’ils perpétuaient la mémoire de la Shoah en exhortant l’Allemagne à ne pas s’impliquer dans un autre « génocide »…
la Communauté du Times of Israël !







