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Interdite d’aller en Israël durant 10 ans, une militante juive américaine se sent « trahie »

Leila Stillman-Utterback, affirme que son expulsion pour être entrée dans une zone militaire fermée afin d'aider des Palestiniens victimes de violences de la part d'extrémistes juifs montre que, pour les autorités, elle n'est pas "la bonne Juive"

Leila Stillman-Utterback récolte des olives lors d'une cueillette en Cisjordanie à l'automne 2025. (Autorisation : Stillman-Utterback)
Leila Stillman-Utterback récolte des olives lors d'une cueillette en Cisjordanie à l'automne 2025. (Autorisation : Stillman-Utterback)

JTA — Après avoir passé la nuit dans un centre de détention pour immigrants à Ramle, Leila Stillman-Utterback, toujours menottée, a récité shacharit, la prière juive du matin, à l’aube.

« Je pense que les policiers étaient vraiment perplexes parce que ça ne correspondait pas à l’image qu’ils se faisaient d’une militante », confie la jeune Américaine, âgée de 18 ans.

Aujourd’hui, après avoir été expulsée du pays, alors qu’elle est interdite d’entrée sur le territoire israélien pendant dix ans, la jeune femme originaire du Vermont ne sait pas quand elle pourra à nouveau mettre le pied au sein de l’État juif.

Le conflit qui oppose le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et la gauche juive, en Israël comme à l’étranger, a atteint de nouveaux sommets au cours de deux incidents distincts, la semaine dernière – quand des Juifs américains et israéliens ont tenté d’accompagner des Palestiniens pour les aider en cette période de récolte des olives, en Cisjordanie. Les cueilleurs ont dû faire face à des restrictions répétées de la part des soldats israéliens, et ils ont essuyé les attaques des partisans du mouvement pro-implantation.

Dans le cadre du premier incident, Stillman-Utterback et une autre jeune Juive américaine ont été accusées d’avoir contrevenu aux dispositions de leur visa touristique et d’être entrées dans une zone militaire fermée. Toutes les deux ont été placées en détention, expulsées et interdites de séjour pendant dix ans.

Quelques jours plus tard, des partisans du mouvement pro-implantation armés se sont heurtés à un groupe d’activistes juifs américains. Un Israélien qui était vêtu d’un treillis militaire a tiré une balle réelle en l’air et un rabbin a été frappé et blessé par un drone. L’incident a été filmé.

« Ces deux incidents, qui se sont succédé, ne font que prouver le péril posé par la situation actuelle et ils soulignent le fait que le gouvernement israélien a pris la décision de sanctionner les Juifs américains qui se trouvent ici parce qu’ils se soucient de cette terre et des personnes qui y vivent, plutôt que de s’attaquer aux violences horribles qui sont commises par les colons », commente la rabbine Jill Jacobs, à la tête de l’organisation progressiste juive américaine Truah, qui était sur place lors du deuxième incident, accompagnée de membres de son groupe.

Les affrontements et les expulsions d’activistes juifs américains – la majorité de ces derniers entretiennent des liens profonds avec leurs communautés juives ainsi qu’avec Israël – ont consterné les organisations juives et les personnes concernées.

Les associations rabbiniques des mouvements réformiste, conservateur et reconstructionniste américains ont diffusé un communiqué commun, où elles ont affirmé être « consternées par l’attaque qui a été commise par des colons radicaux qui ont pris pour cible un groupe de rabbins, dont des membres de nos trois organisations », en Cisjordanie.

« Nous exigeons que les agresseurs soient tenus pour responsables de leurs actes et nous exigeons que le gouvernement israélien utilise son autorité pour mettre un terme définitif à ces provocations et à ces attaques », poursuit le communiqué. De son côté, le député Gilad Kariv, rabbin réformiste, a prévu de soulever la question à la Knesset.

Des soldats de l’armée israélienne et un véhicule blindé se déploient (en haut à droite) tandis que des Palestiniens et des premiers intervenants tentent d’éteindre un véhicule incendié lors d’une attaque menée par des extrémistes israéliens contre des Palestiniens et d’autres militants qui s’étaient rassemblés pour la saison annuelle de la récolte des olives dans le village palestinien de Beita, au sud de Naplouse, en Cisjordanie, le 10 octobre 2025. (Crédit : Jaafar ASHTIYEH / AFP)

Cette année, il y a eu une augmentation du nombre d’activistes israéliens et internationaux qui ont cherché à protéger les Palestiniens qui tentent de mener à bien la récolte des olives – un pilier culturel et une bouée de sauvetage économique pour les Palestiniens ruraux qui sont confrontés à un taux de chômage élevé.

Entre le 1er et le 27 octobre, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a recensé 126 attaques de partisans du mouvement pro-implantations qui ont pris pour cible des Palestiniens en lien avec la récolte des olives. Des attaques qui ont fait des victimes ou entraîné des dégâts matériels, voire les deux, et ce, à un rythme record. De surcroît, des ordres ont été régulièrement délivrés aux agriculteurs palestiniens, leur faisant savoir que leurs parcelles avaient été désignées zones militaires fermées, très précisément pendant les 24 heures qui devaient être dévolues à la récolte.

À la mi-octobre, Israël a arrêté et expulsé 32 militants étrangers qui accompagnaient des cueilleurs palestiniens, à proximité de Burin.

Année sabbatique en Israël

Stillman-Utterback avait rejoint dix autres Juifs — sept Israéliens et trois étrangers — dans le cadre d’une récolte solidaire, à Burin, qui était organisée par le groupe Rabbis for Human Rights, en date du 29 octobre.

Des militants de l’organisation Rabbis for Human Rights aideat des oléiculteurs palestiniens à récolter leurs olives, en Cisjordanie, en octobre 2025. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

Quand elle avait obtenu son diplôme d’études secondaires, au printemps dernier, Stillman-Utterback savait déjà qu’elle voulait aller passer une année sabbatique en Israël. La mère de Stillman-Utterback est rabbine et elle-même a travaillé dans une école hébraïque tout en passant ses étés à Eden Village, un camp de vacances juif situé dans le nord de l’État de New York. Elle a également fait partie du conseil d’administration du Jewish Youth Climate Movement (Mouvement juif des jeunes pour le climat) au lycée. Elle a aussi intégré le programme des bourses Bronfman, qui distingue les adolescents juifs particulièrement performants, il y a deux ans.

« Les repères de ma vie et une grande partie des communautés qui sont vraiment importantes à mes yeux sont tous juifs », explique Stillman-Utterback à la JTA.

Après avoir effectué plusieurs voyages estivaux en Israël au fil des ans, Stillman-Utterback avait passé l’année scolaire 2022-2023 à Jérusalem, en compagnie de sa famille. Elle avait pris part à de nombreuses manifestations en faveur de la démocratie devant la Knesset cette année-là – « qui ont été de véritables sources d’inspiration pour moi », dit-elle.

« J’ai découvert Israël à travers le prisme des valeurs juives telles que tikkun olam et b’tselem elohim« , ajoute-t-elle, utilisant les termes qui, en hébreu, signifient « action sociale » et « tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu ».

« Chaque être humain est créé à l’image de Hashem, et c’est ainsi que j’ai analysé le conflit et que je le considère dorénavant », dit-elle.

Des Israéliens participant à une manifestation de grande ampleur contre le projet de refonte judiciaire, près de la Knesset, à Jérusalem, le 20 février 2023. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Tout comme l’autre jeune femme qui a été expulsée par Israël, Stillman-Utterback était venue au sein de l’État juif, cet automne, dans le cadre du programme Achvat Amim, un programme lié au groupe de jeunes sionistes socialistes Hashomer Hatzair. Ce plan de volontariat de cinq mois, qui se base à Jérusalem, est axé sur « l’autodétermination pour tous les peuples ».

Stillman-Utterback avait participé à une demi-douzaine de récoltes avant celle qui a entraîné à son expulsion.

Avant la dernière action, les militants avaient été arrêtés par des soldats israéliens à un « checkpoint volant » qui avait été installé à l’entrée du village de Burin. Un ordre de zone militaire fermée avait été remis à l’un des organisateurs, interdisant au groupe de pénétrer dans le secteur. Selon l’un des volontaires, les activistes avaient alors pris la décision d’emprunter un autre itinéraire pour rejoindre la récolte dans un périmètre qui, selon eux, n’était pas concerné par l’ordre.

Ensuite, peu après être arrivés sur le site, les organisateurs avaient appris que leurs chauffeurs de bus avaient été arrêtés par l’armée israélienne et que leurs clés avaient été saisies. Lorsqu’ils avaient eu connaissance de la nouvelle, ils avaient amené le groupe vers les soldats, a raconté un bénévole qui était présent sur les lieux. Il s’est exprimé sous couvert d’anonymat, les autorités israéliennes ayant ensuite exigé que les militants signent une déclaration dans laquelle ils s’engageaient à ne pas évoquer l’incident en public.

Des soldats israéliens montent la garde après une attaque de résidents d’implantation juifs dans le village de Burin, près de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 18 juin 2024. (Nasser Ishtayeh/Flash90)

Après que les militants ont été retenus par les soldats pendant 90 minutes, la police israélienne était arrivée et elle avait annoncé qu’elle allait placer en détention toutes les personnes qui étaient montées à bord du bus, dans la mesure où elles étaient conscientes du fait qu’elles étaient entrées dans une zone militaire fermée. Les bénévoles avaient été escortés au poste de police de l’implantation d’Ariel. Ceux qui avaient la citoyenneté israélienne ou un visa autre qu’un visa étudiant ou touristique avaient été libérés peu après.

Selon Michal Pomerantz, l’avocate des femmes qui ont été expulsées, Stillman-Utterback et une autre femme juive américaine en possession, elle aussi, d’un visa touristique avaient été conduites devant un tribunal de l’immigration à Ramle. La procédure se déroulant en hébreu, elles ignoraient qu’il s’agissait d’une procédure d’expulsion et que l’homme à qui elles s’adressaient était un juge, selon Pomerantz.

Les autorités israéliennes affirment que les activistes présents, ce jour-là, ont ignoré l’avertissement initial et qu’ils savaient qu’ils se trouvaient dans une zone militaire fermée. L’un des autres participants placés en détention a expliqué que les militants pensaient s’être déplacés dans un secteur qui n’était pas soumis à cet ordre.

« Le policier a demandé [à Stillman-Utterback] pourquoi elle n’était pas descendue du bus », raconte Pomerantz. « Je veux dire, c’était une jeune fille de 18 ans au beau milieu de la Cisjordanie. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle se trouvait ».

Photo d’Illustration : les forces israéliennes interviennent contre des agriculteurs palestiniens qui récoltent des olives dans le village de Sair, à Hébron, en Cisjordanie, le 23 octobre 2025. (Crédit : Wisam Hashlamoun/FLASH90)

Le chef du programme Hashomer Hatzair a écrit une lettre aux autorités israéliennes pour se porter garant des deux femmes, affirmant qu’elles participaient à un programme sioniste axé sur la « coexistence ». Selon Pomerantz, cette requête n’a guère eu d’effet sur les agents de l’immigration. Et le fait de dire aux autorités israéliennes qu’elles étaient juives n’a pas eu davantage d’impact.

Les deux jeunes activistes ont alors dû faire face à un choix : faire appel de la décision et passer le week-end dans une prison pour immigrants ou accepter un vol qui les emmèneraient loin d’Israël.

Elles ont accepté l’offre de quitter le pays par avion, dans la journée du vendredi.

« Elles sont en fait expulsées pour être entrées dans une zone militaire fermée pendant quelques minutes », commente Becca Strober, directrice exécutive d’Achvat Amim.

« Nous sommes traités comme des traîtres »

L’expulsion de Juifs étrangers engagés dans des actions de solidarité avec les Palestiniens est un phénomène relativement nouveau. Strober se souvient d’une action de ce type qu’elle avait menée avec d’autres en 2016 : son groupe avait alors pénétré dans une zone militaire déclarée fermée. Six militants israéliens avaient été placés en détention, note-t-elle, tandis que les citoyens américains avaient été totalement épargnés.

Ce qui s’est passé à Burin rappelle le cas de Leo Franks, un Juif britannique qui était arrivé en Israël, l’année dernière, via un visa touristique – il avait toutefois l’intention d’immigrer. Après avoir été arrêté pour ses activités auprès des Palestiniens en Cisjordanie, sa demande d’immigration avait été refusée. Il avait été sommé de quitter le territoire dans les sept jours.

« Pour un État qui se prétend juif pour tous les Juifs », dit Strober, « si vous vous présentez un jour et que vous soutenez les Palestiniens en faisant quelque chose d’aussi simple que de cueillir des olives ensemble, en fait, votre judaïsme n’a aucune importance ».

Des résidents d’implantations israéliens prennent des photos de militants étrangers et d’agriculteurs alors qu’ils tentent de perturber la récolte des olives par des agriculteurs palestiniens, dans la ville de Silwad, en Cisjordanie, le 29 octobre 2025. (Crédit : Nasser Nasser/AP)

Les groupes juifs et autres qui ont organisé des récoltes solidaires cette année ont déploré avoir été largement été dans l’incapacité de le faire, faisant remarquer l’absence – toute nouvelle – de mécanismes de coordination avec l’armée.

Les organisateurs de Rabbis for Human Rights disent qu’à leur arrivée dans les oliveraies palestiniennes, dans la majorité des cas, un ordre de zone militaire fermée leur a été remis. Pomerantz et une équipe d’avocats sont chargés, depuis trois ans, de défendre un dossier encore en cours devant la Cour suprême israélienne, où ils affirment que le principe des zones militaires fermées est utilisé à mauvais escient – à des fins politiques et non à des fins de sécurité.

« Notre capacité à être protégés par l’armée s’est véritablement effondrée », s’exclame l’un des autres volontaires juifs qui a été placé en détention à Burin. « Et c’est d’autant plus le cas avec cette coalition qui est dirigée par Netanyahu, nous sommes traités comme des traîtres. Nous sommes traités comme des suspects, comme des anarchistes, comme des personnes venues avec une sorte d’agenda étranger ».

« Mais nous l’affirmons : Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour le bien de la société israélienne autant que pour permettre la libération des Palestiniens », ajoute ce bénévole.

Dans un communiqué commun qui a été émis par l’armée israélienne et par la police israélienne après l’incident, les autorités ont indiqué avoir mené une opération à Burin en collaboration avec l’Autorité de la population et de l’immigration après avoir découvert la présence d’activistes israéliens et étrangers dans la zone qui « mettaient en danger la sécurité publique et qui provoquaient des tensions sur le terrain ». Par la suite, elles se sont efforcées de « localiser et d’arrêter les éléments étrangers qui étaient impliqués dans des provocations qui perturbaient l’ordre public ».

Photo d’illustration : des soldats israéliens s’approchent alors que des agriculteurs palestiniens et des bénévoles étrangers tentent de récolter des olives près du village de Turmus Ayya, en Cisjordanie, le 28 octobre 2025. (Crédit : Zain JAAFAR / AFP)

Le communiqué a aussi noté que les deux femmes avaient, semble-t-il, violé les dispositions de leur visa touristique.

Jacobs, la femme rabbine, a fait savoir que Truah, cette année, avait organisé un voyage de trois jours en Cisjordanie afin d’assurer une « présence protectrice » en réponse à l’évolution de la situation sur le terrain.

« La violence des colons s’est considérablement renforcée, ces deux dernières années, pendant la guerre », a dit Jacobs lors d’un entretien avec la JTA. « Après avoir observé les choses, alors qu’un grand nombre de nos collègues israéliens et palestiniens avaient été affectés par ces violences, il a fallu que nous trouvions le temps nécessaire pour qu’un groupe d’entre nous au moins vienne ici – et ce, même si nous ne pouvons pas être présents ici tous les jours en tant qu’Américains ».

En collaboration avec Rabbis for Human Rights sur le terrain, Jacobs et huit autres rabbins – dont plusieurs s’étaient déjà rendus en Israël pour assister au Congrès sioniste mondial – ont d’abord participé à la récolte des olives dans le village palestinien de Battir avant de passer la nuit avec des bergers palestiniens dans la vallée du Jourdain. Ces bergers ont fait état d’une vague d’agressions physiques de la part des partisans du mouvement pro-implantations israélien, qui les empêchent le plus souvent de faire paître leurs troupeaux sur des terres qui sont désormais souvent situées dans des zones de tir militaires ou à proximité d’implantations et autres avant-postes israéliens.

Mardi, le groupe s’est ensuite rendu dans les champs près de Deir Istiya pour cueillir des olives avec les Palestiniens locaux, rejoignant d’autres militants solidaires, dont certains portaient des signes distinctifs de la religion juive, arborant des tzitzit et des kippot. Les Palestiniens locaux n’avaient pas pu accéder à leurs oliveraies, cette année, en raison des restrictions imposées par les soldats israéliens et par les résidents d’implantations locaux. Les rabbins et les Palestiniens ont réussi à cueillir les olives pendant un court moment, un drone vrombissant dans le ciel. Le drone s’est régulièrement approché des cueilleurs.

Un drone vole au-dessus des têtes tandis que des volontaires juifs participent à la récolte des olives en Cisjordanie, le 4 novembre 2025. (Autorisation de Jill Jacobs)

Il a aussi plongé, heurtant le rabbin Dana Sharon, de Rabbis for Human Rights, lui laissant une profonde entaille à l’épaule.

Peu après, deux Israéliens armés sont arrivés, vêtus de treillis militaires et prétendant faire partie de l’équipe chargée de la sécurité au sein de l’implantation de Revava. « Le drone appartient aux [gardes de sécurité de l’implantation] ! », ont crié les hommes. Si le drone a alors été rendu à ses propriétaires, les cris ont continué, l’un des cueilleurs répondant aux insultes lancées aux activistes avec véhémence. L’un des individus venus de l’implantation a alors tiré un coup de feu en l’air avant de battre en retraite.

Peu après, des soldats israéliens en uniforme se sont approchés du groupe de cueilleurs, affirmant que les deux Israéliens armés leur avaient dit que les rabbins et les cueilleurs d’olives leur avaient pris leur drone avant de les agresser. Des soldats qui se sont radoucis lorsqu’ils ont vu les vidéos prouvant le contraire.

Le choc entraîné par cette rencontre a été palpable parmi ce groupe de rabbins américains en visite, qui appartiennent à des congrégations reconstructionnistes, réformistes et conservatrices. Évoquant le coup de feu, un rabbin stupéfait a alors demandé à un Israélien qui travaillait pour Rabbis for Human Right : « C’était une balle à blanc, n’est-ce pas ? »… Ce n’était pas le cas.

S’ils n’ont pas été identifiés, les deux hommes semblent parfaitement illustrer une tendance où il est de plus en plus difficile de faire réellement la différence entre résidents d’implantation et soldats.

Les forces de sécurité israéliennes empêchant les Palestiniens d’accéder à leurs terres pour récolter les olives, dans le village de Kobar, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 18 octobre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Dans une déclaration faite auprès de la JTA, Tsahal a dit avoir identifié les hommes qui avaient abordé le groupe de prime abord et qui étaient, en réalité, des militaires.

« Des soldats de l’armée israélienne ont utilisé un drone qui a percuté des personnes qui cueillaient des olives », a noté le communiqué. « L’incident fait actuellement l’objet d’une enquête ».

Selon l’armée , les soldats sont arrivés « pour récupérer le drone et ils ont tiré des coups de feu en l’air ». L’incident a été « inhabituel » et les troupes, à cette occasion, ont fait preuve »d’un comportement qui n’était pas professionnel », a continué Tsahal, qui a ajouté que des « mesures disciplinaires » seraient prises sans donner plus de détails.

Jacobs raconte que différents soldats en uniforme étaient présents dès le début, lorsque le groupe a commencé la récolte. D’après le récit de la rabbine, ces soldats n’ont rien fait quand le drone s’est approché et quand les hommes armés ont affronté le groupe.

« Je ne pense pas que cet [incident] soit inhabituel », affirme-t-elle. « Les colons en uniforme de l’armée israélienne harcèlent les Palestiniens tous les jours et parfois, ils les blessent et ils les tuent. Ce qui était inhabituel, c’est que ce groupe comprenait des rabbins américains et israéliens, ce qui est probablement la raison pour laquelle l’armée israélienne répond à vos demandes de commentaires ».

Des gardes-frontières israéliens discutantant avec des résidents d’implantations qui tentent de perturber la récolte des olives dans une oliveraie, près du village palestinien de Silwad, au nord-est de Ramallah, en Cisjordanie, le 29 octobre 2025. (Crédit : Zain Jaafar/AFP)

Pour sa part, la rabbine Sarah Reines, du Temple Emanu-El à New York, revient sur son voyage de trois jours en Cisjordanie. Elle dit s’être sentie encouragée par les communautés palestiniennes qu’elle a rencontrées, et elle précise qu’elle est déterminée à poursuivre son travail de solidarité.

Reines salue « la résilience de ces personnes et leur capacité à faire la différence entre les Israéliens qui les menacent et qui leur font du mal, ceux qui sont neutres et ceux qui sont leurs amis ».

Elle ajoute : « Les dangers croissants ne font que renforcer ma détermination à représenter les valeurs juives les plus élevées que sont le respect, la bienveillance, la paix et la préservation de la vie sur la terre que les Juifs considèrent comme leur patrie ».

Dans le cas de Stillman-Utterback, son expulsion et son interdiction de séjour lui ont laissé un « sentiment de trahison » qu’elle est en train de surmonter depuis son retour aux États-Unis.

« Cela m’a fait comprendre que, même si je suis juive dans un État qui a été créé pour les Juifs, je ne suis pas la bonne Juive, ou peut-être même pas juive du tout, aux yeux de l’État, de l’armée et de la police », déclare Stillman-Utterback.

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