Qu’est-ce qu’Israël a signé vendredi ?
Opposition des ministres d’extrême droite ; une annexe classifiée évoque la fin de la guerre à Gaza ; Kushner et Witkoff saluent le rôle décisif de l’armée et de Netanyahu dans l’accord
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu a approuvé vendredi matin une résolution gouvernementale sur Gaza prévoyant la libération de tous les otages sous trois ou quatre jours, en échange de la remise en liberté de prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité, malgré les vives objections des partenaires d’extrême droite de la coalition.
Présentée par le bureau du Premier ministre comme un « cadre pour la libération des otages », la résolution, de six pages, comprend une annexe classifiée contenant un accord signé plus tôt dans la journée par Israël, le groupe terroriste palestinien du Hamas et les médiateurs à Charm el-Cheikh. Ce document stipule que « la guerre prendra fin immédiatement après l’approbation du gouvernement israélien ».
Un membre haut placé de l’équipe de négociation israélienne a confirmé au Times of Israel que le document de Charm el-Cheikh faisait bien partie de la résolution approuvée par le gouvernement. Signé par le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer au nom du gouvernement israélien, le texte a été présenté aux ministres et discuté durant la réunion, ont indiqué deux d’entre eux au Times of Israel.
Cependant, un haut responsable du gouvernement a précisé que les ministres n’avaient voté que sur la « première phase » du plan global du président américain Donald Trump pour la paix à Gaza. Ils n’auraient pas examiné ni approuvé l’ensemble du plan, et n’auraient donc pas avalisé la fin de la guerre. Selon ce responsable, les ministres ont validé un accord prévoyant la libération de tous les otages détenus par le Hamas, incluant la libération de terroristes palestiniens, un redéploiement de l’armée israélienne à Gaza, un cessez-le-feu et une augmentation de l’aide humanitaire.
Dans un message vidéo diffusé vendredi après-midi, Netanyahu a déclaré que cette décision constituait un « accord pour la libération des otages ».
Fin septembre, lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison-Blanche, Netanyahu avait publiquement soutenu le plan de Donald Trump pour Gaza, affirmant qu’il « répondait aux objectifs de guerre d’Israël ».
À la suite de la décision gouvernementale, Tsahal a commencé à se repositionner sur de nouvelles lignes de déploiement à l’intérieur de la bande de Gaza, avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Le Hamas disposera alors de 72 heures pour libérer tous les otages, vivants ou morts. (Le groupe a précisé qu’il pourrait ne pas être en mesure de localiser tous les corps des otages tués, ce dont Israël a été informé.)
Le bureau du Premier ministre a annoncé l’approbation de la résolution, sans toutefois publier immédiatement le résultat du vote. La décision a été rejetée par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, le ministre du Néguev, de la Galilée et de la Résilience nationale Yitzhak Wasserlauf, ainsi que par le ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu, tous trois membres du parti d’extrême droite Otzma Yehudit.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich et la ministre des Implantations et des Projets nationaux Orit Strock, du parti HaTzionout HaDatit, ont également voté contre, tandis que le ministre de l’Immigration Ofir Sofer, issu de la même formation, a voté en faveur de la résolution.
Le document signé à Charm el-Cheikh par Ron Dermer au nom d’Israël, par les représentants du groupe terroriste palestinien du Hamas et par les médiateurs, reprend dans ses grandes lignes le plan de paix pour Gaza proposé par le président américain Donald Trump. Selon Kan News, qui a révélé l’information, la première clause stipule que « le président Trump annonce la fin de la guerre dans la bande de Gaza et les parties ont convenu de mettre en œuvre les mesures nécessaires à cette fin ».
Alors que les ministres israéliens se réunissaient à Jérusalem, Trump déclarait à son propre cabinet, depuis la Maison-Blanche : « Hier soir… nous avons mis fin à la guerre à Gaza. » De son côté, le chef de la délégation du Hamas aux pourparlers en Égypte, Khalil al-Hayya, a affirmé : « Nous avons reçu des garanties des médiateurs et des Américains que la guerre est terminée pour une durée indéterminée. »
S’adressant à son cabinet, Netanyahu a déclaré qu’Israël était « sur le point d’obtenir » le retour de ses otages.
« Nous nous sommes battus pendant ces deux années pour atteindre nos objectifs de guerre », a-t-il déclaré, entouré des principaux conseillers de la Maison-Blanche, Steve Witkoff et Jared Kushner. « L’un de ces objectifs essentiels est de ramener les otages – tous les otages, vivants ou morts. Et nous sommes sur le point d’y parvenir. »
Netanyahu a souligné qu’Israël « n’aurait pas pu y parvenir sans l’aide exceptionnelle du président Trump et de son équipe, Steve Witkoff et Jared Kushner. Ils ont travaillé sans relâche avec Ron [Dermer] et notre équipe. Et cette coopération, conjuguée au courage de nos soldats entrés dans Gaza, ainsi qu’à la pression militaire et diplomatique qui a isolé le Hamas, a rendu ce résultat possible », a-t-il affirmé.
Witkoff et Kushner ont joué un rôle clé dans la négociation de l’accord et ont tous deux assisté à la réunion du cabinet israélien qui l’a approuvé.
וידאו: דברי ראש הממשלה בנימין נתניהו בישיבת הממשלה לאישור מתווה שחרור החטופים, יחד עם השליח המיוחד סטיב וויטקוף וחתנו של נשיא ארה״ב ג׳ארד קושנר. pic.twitter.com/OFz7xy0iZe
— ראש ממשלת ישראל (@IsraeliPM_heb) October 9, 2025
Kushner, gendre du président américain Donald Trump, a salué les performances militaires d’Israël au cours des deux dernières années et a déclaré que « ramener les otages chez eux était une priorité pour le président Trump depuis très, très longtemps, et nous avons tous travaillé sans relâche pour y parvenir ».
« Rien de tout cela n’aurait été possible sans le courage de Tsahal et de ses soldats, pour ce qu’ils ont accompli non seulement à Gaza, mais aussi au nord, où ils ont réussi à éliminer et affaiblir considérablement le [groupe terroriste chiite libanais du] Hezbollah », a ajouté Kushner.
Il a ensuite estimé que Netanyahu « a fait un travail remarquable à cet égard, et a mené d’excellentes négociations ».
« Vous avez tenu fermement votre position, et je pense qu’entre vous et le président Trump, il y avait un large consensus sur ce que devait être le résultat final », a-t-il conclu.
De son côté, l’envoyé spécial de la Maison-Blanche, Witkoff, a félicité Netanyahu pour avoir pris « des décisions extrêmement difficiles ». Tout en reconnaissant qu’il aurait parfois souhaité que le Premier ministre fasse preuve de « davantage de souplesse », il a ajouté « qu’avec le recul, je pense que nous n’en serions pas là aujourd’hui si le Premier ministre Netanyahu n’avait pas agi comme il l’a fait. »
« On ne peut pas faire la paix avec le Hamas »
Les dirigeants d’extrême droite ont vivement critiqué l’accord. Smotrich a annoncé jeudi que le parti HaTzionout Hadatit ne le soutiendrait pas. Une source du parti a indiqué au Times of Israel qu’il n’était pas encore certain que la faction quitte la coalition.
Itamar Ben Gvir avait également déclaré avant la réunion du cabinet qu’Otzma Yehudit voterait contre la première phase de l’accord, qui prévoit la libération par Israël de prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité en échange de la libération de 48 otages israéliens retenus à Gaza.
Israël doit relâcher 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité pour des crimes terroristes, ainsi que 1 700 Gazaouis incarcérés depuis le pogrom perpétré dans le sud d’Israël, par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre.
Le parti de Ben Gvir a indiqué qu’il resterait pour l’instant dans la coalition de Netanyahu, mais a averti que si le Hamas n’était pas démantelé, Otzma Yehudit « ferait tomber le gouvernement », réitérant sa menace antérieure de quitter la coalition si le groupe terroriste « continuait d’exister » après la libération des otages.
Plus tôt cette année, Otzma Yehudit avait déjà quitté la coalition pendant plusieurs mois pour protester contre un précédent accord de libération d’otages et de cessez-le-feu.
Selon la chaîne Kan, la demande de Ben Gvir d’obtenir un droit de veto sur la libération de certains prisonniers palestiniens condamnés pour terrorisme a retardé la réunion du cabinet de sécurité ainsi que le vote ultérieur du gouvernement sur la résolution.
Le ministre ultranationaliste se serait également opposé à Witkoff et Kushner, affirmant qu’« ils ne libéreraient jamais aux États-Unis des terroristes comme ceux qui sont relâchés dans le cadre de cet accord », a rapporté la chaîne.
« Vous ne pouvez pas faire la paix avec le Hamas ! Ils veulent nous assassiner », a lancé Itamar Ben Gvir.
En réponse, Jared Kushner a fait valoir que « le Hamas est désormais isolé et dissuadé partout dans le monde », ce à quoi Ben Gvir a rétorqué : « Vous feriez la paix avec Hitler ? Le Hamas, c’est Hitler. »
Selon la Treizième chaîne, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, aurait dit au cabinet : « Nous sommes les champions du monde de l’amertume », mais « c’est un excellent accord ».
Le départ éventuel d’Otzma Yehudit et de HaTzionout HaDatit de la coalition ne provoquerait pas automatiquement la chute du gouvernement minoritaire de Netanyahu, qui détient actuellement 60 sièges sur 120 à la Knesset.
Ces partis pourraient s’allier à l’opposition pour organiser un vote de défiance constructif, mais celui-ci nécessiterait le soutien de 61 députés à un gouvernement alternatif, un scénario jugé peu probable.
Un autre scénario consisterait à rejoindre l’opposition pour recueillir 61 signatures et adresser au président de la Knesset, Amir Ohana, une lettre invoquant un « changement de circonstances » afin de demander l’autorisation d’organiser un vote sur la dissolution du Parlement.
Un projet de loi soutenu par l’opposition, visant à dissoudre la Knesset et à convoquer des élections anticipées, a échoué en juin. En vertu du règlement, les députés doivent désormais attendre six mois avant de pouvoir soumettre une nouvelle proposition de dissolution.
« La guerre prendra fin immédiatement »
Peu avant le vote ministériel, Kan a publié une copie d’un accord d’une page, rédigé en anglais et signé plus tôt dans la journée à Charm el-Cheikh par Israël (représenté par Ron Dermer), le groupe terroriste palestinien du Hamas et les pays médiateurs. Ce texte correspond globalement au plan de paix en 20 étapes élaboré par le président américain Donald Trump pour Gaza.
Le document, intitulé « Mesures de mise en œuvre de la proposition du président Trump pour une ‘fin globale de la guerre à Gaza’ », détaille les principales étapes de l’accord.
La première prévoit l’annonce par le président américain de « la fin de la guerre dans la bande de Gaza » et l’engagement des parties à appliquer les mesures nécessaires à cette fin.
La deuxième stipule que « la guerre prendra fin immédiatement après l’approbation du gouvernement israélien », entraînant la cessation de toutes les opérations militaires.
La troisième étape prévoit « le début immédiat de l’entrée complète de l’aide humanitaire et des secours » dans la bande de Gaza, tandis que la quatrième indique que « Tsahal se retirera vers les lignes convenues conformément à la carte X annexée, ce retrait devant être achevé dans les 24 heures suivant l’approbation du gouvernement israélien et l’annonce du président Trump ».
Dans la cinquième étape, prévue « dans les 72 heures suivant le retrait des forces israéliennes », tous les otages israéliens, vivants ou décédés, détenus à Gaza, seront libérés.
La sous-clause suivante précise que lorsque le Hamas aura libéré tous les otages, Israël relâchera parallèlement un nombre correspondant de prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité, conformément aux listes annexées.
Une autre sous-clause stipule que « l’échange d’otages et de prisonniers se fera selon le mécanisme convenu entre les médiateurs et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), sans cérémonie publique ni couverture médiatique ».
La dernière étape mentionnée prévoit la création « d’un groupe de travail composé de représentants des États-Unis, du Qatar, de l’Égypte, de la Turquie et d’autres pays qui seront convenus par les parties, et chargé de suivre la mise en œuvre de l’accord et d’en assurer la coordination avec les deux camps ».
Avant la réunion plénière du cabinet destinée à approuver la résolution gouvernementale sur le plan Trump pour Gaza, la Knesset a été illuminée en rouge, blanc et bleu, en hommage au président américain et en prévision de sa visite prochaine.
Le président de la Knesset, Amir Ohana, a officiellement invité Donald Trump à s’exprimer devant l’assemblée, à la suite d’une invitation initiale transmise par Benjamin Netanyahu lors d’une conversation téléphonique dans la nuit de mercredi à jeudi, peu après l’annonce par Trump de la validation de la première phase du plan par les négociateurs.
Remarque : cet article a été mis à jour à mesure que de nouveaux détails sur la résolution gouvernementale approuvée par le cabinet israélien ont été rendus publics.
la Communauté du Times of Israël !







